Portrait

Brian Acton : les remords  du cofondateur de WhatsApp

En 2014, lorsque Facebook s’offre WhatsApp pour 22 milliards de dollars, Brian Acton, cofondateur de l’appli, se retrouve à la tête d’une des plus grandes fortunes des ÉtatsUnis. Mais son idéalisme, comme celui de ses homologues d’Instagram, se heurtera aux appétits financiers du monstre créé par Mark Zuckerberg. Et provoquera ce qui sera peutêtre la prise de position éthique la plus coûteuse de l’histoire. Pour la première fois, Brian Acton revient sur les raisons qui l’ont poussé à tourner le dos à 850 millions de dollars.

© ROBERT GALLAGHER

Brian Acton, cofondateur de WhatsApp, est attablé dans le café du très chic Four Seasons de Palo Alto, en Californie. Seul et unique indice laissant entrevoir sa fortune : le pourboire de 20 dollars qu’il glisse après avoir avalé son café. Le solide gaillard de 46 ans, coiffé d’une casquette de base-ball et vêtu d’un tee-shirt siglé WhatsApp, refuse d’arborer tout signe extérieur de richesse et fait lui-même ses courses. Plus tôt dans la journée, il a déposé son monospace au garage pour un entretien technique. Un SMS s’affiche sur son téléphone : son concessionnaire Honda lui confirme la réception de son paiement. « Voilà ce que j’avais en tête pour WhatsApp », lance-t-il. La première messagerie instantanée au monde, à laquelle il fait référence, revendique plus de 1,5 milliard d’utilisateurs et s’est construite autour de deux valeurs centrales : le chiffrement des messages et l’absence de publicité. « Ça, c’est de l’information, une information qui a son utilité. » Dans ses mots, on décèle une certaine nostalgie. Voilà plus de quatre ans, Brian Acton et Jan Koum, cofondateurs de WhatsApp, cédaient leur société à Facebook pour 22 milliards de dollars, une acquisition parmi les plus spectaculaires du moment. WhatsApp affiche alors un chiffre d’affaires assez négligeable. En 2017, Brian Acton quittait Facebook pour, selon ses dires, se concentrer sur un projet à but non lucratif. Puis, en mars 2018, en plein scandale Cambridge Analytica, il poste un tweet qui fait le tour d’Internet et souffle ses anciens employeurs, ceux-là mêmes qui avaient fait  de lui un multimilliardaire :  « Il est temps. #DeleteFacebook » (#SupprimezFacebook). Sans autre explication. Il n’a plus tweeté depuis. Aujourd’hui, il s’exprime publiquement pour la première fois. Brian Acton a quitté Facebook sur fond de pressions exercées par Mark Zuckerberg et Sheryl Sandberg, fermement résolus à monétiser WhatsApp. À l’époque, Facebook remettait en cause le chiffrement de son application et préparait l’arrivée de la publicité et de solutions commerciales sur la messagerie. Brian Acton a claqué la porte un an avant de pouvoir acquérir la dernière tranche de ses actions. « Je leur ai dit : “OK, je vois, vous voulez prendre une autre direction. Il vaut mieux que chacun suive sa route.” Et j’ai suivi la mienne. » Cette prise de position éthique sera peut-être la plus coûteuse de l’histoire. Lorsqu’il quitte les lieux, Brian Acton fait une copie d’écran du cours de l’action. Son départ lui coûtera 850 millions de dollars.

Edition Nov Dec 2018

Pour lire l’intégralité de cet article, rendez-vous à la page 56 du numéro 52 Nov Dec 2018, en vente ICI.