Editos et chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

CAMEROUN : LE GNL PEUT-IL  RELANCER LA CROISSANCE ?

L’économie camerounaise est gravement impactée par la crise anglophone. Mais à ce jour, nul ne connaît avec précision le montant de la facture du conflit qui déchire les deux régions de l’ex-Cameroun occidental. Naturellement, la croissance a subi le contrecoup de cette crise, passant de 4,5 % en 2016 à 3,7 % en 2017, avant de descendre jusqu’à 2,6 % en 2018, selon les chiffres de la Banque africaine  de développement (BAD).

Paradoxalement, alors qu’aucune issue au conflit ne semble se dessiner – les tensions se sont plutôt amplifiées sur le front politique avec l’arrestation et la détention de Maurice Kamto, leader de l’opposition, et d’une partie de son staff –, 2019 pourrait marquer un retournement dans les perspectives économiques du pays. Selon les experts de l’agence de notation britannique Fitch Solutions, la croissance devrait connaître cette année un rebond consécutif à la montée en force des exportations de gaz naturel liquéfié (GNL). Et ce, malgré l’aggravation du risque politique mesuré par l’institution.

Fitch Solutions prévoit ainsi une croissance de 4,6% en 2019 et 5,2% en 2020. Une croissance qui sera portée par la production de gaz. Selon les experts qui ont planché sur le secteur pétrole et gaz au Cameroun, l’augmentation de la production du GNL en 2018 et en 2019 (les chiffres n’étaient pas disponibles au moment où nous mettions sous presse) devrait booster les recettes d’exportation et les revenus fiscaux. Ce boom des exportations de GNL est à mettre en relation avec le projet d’usine flottante de Hilli Episeyo, dont la production a démarré l’année dernière. Et si la production pétrolière camerounaise est plutôt sur la pente descendante à long terme, pour 2019 les prix du brent crude vont connaître une hausse autour de 60 dollars le baril. Ce qui va favoriser les recettes en or noir du Cameroun. Selon Fitch Solutions, cela devrait encourager les investissements publics. Les investissements dans le domaine des infrastructures en particulier devraient contribuer à stimuler la croissance.  Le meilleur exemple ici est celui du barrage hydroélectrique de Nachtigal, l’un des plus importants investissements de la décennie avec le port de Kribi. Estimé à 1,3 milliard de dollars, il a obtenu un financement de la Banque mondiale. L’augmentation des recettes fiscales tirées du pétrole et du gaz devrait aussi favoriser les investissements dans le secteur routier, qui sont autant de moteurs pour soutenir la croissance.

Il n’en reste pas moins que le Cameroun demeure une économie qui présente de nombreux handicaps en termes de risques opérationnels. Le pays se classe seizième dans cette rubrique en Afrique subsaharienne avec un score de 29,6 sur 100. Soulignons que le risque opérationnel mesure  les obstacles objectifs au climat des affaires.

Le risque politique est là aussi très élevé. Les violences qui ne cessent de se développer dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest anglophones ont créé un climat véritablement défavorable aux affaires, qui affecte les entreprises locales et décourage les investisseurs extérieurs. Les groupes séparatistes bloquent des routes, détruisent des infrastructures, installent l’insécurité et la peur.  Une situation que les autorités n’ont toujours pas réussi à stopper par la force militaire, qui est quasiment la seule solution mise en pratique  jusqu’à ce jour. Puisque ni le dialogue ni la concertation nationale que beaucoup appellent  de leurs vœux ne sont à l’ordre du jour.

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