Editos et chroniques La chronique de Gaston Kelman

DIASPORA : LA PALME D’OR À JAMEL DEBBOUZE

Diaspora, aujourd’hui, on en met à tous les apéros. L’Union africaine en a fait une région. Il y aurait même déjà un gouvernement dont le Premier ministre revendique un territoire de 350 millions d’âmes. Mais au-delà de ces déclarations un peu ubuesques, même si cette diaspora est essentiellement composée de populations dans une logique d’immigration, les enfants d’immigrés revêtent de plus en plus dans leur historicité, dans leur pays et dans leur relation avec les pays d’origine, dans leurs parcours de plus en plus riches – une diaspora, c’est l’excellence – les attributs des diasporas. Nous allons illustrer cela par deux exemples.

Les diasporas doivent participer au développement des pays d’origine, avec lesquels elles ont gardé des liens forts. Celles qui illustrent généralement ce concept sont les diasporas juive et arménienne – très historiques –, puis de plus en plus les diasporas chinoise et indienne, un peu plus récentes. Toutes ont gardé des liens très forts avec les pays d’origine, dont la langue et la religion. C’est un peu plus compliqué pour les pays d’Afrique, beaucoup n’ayant ni langue ni religion propres. Cependant, les diasporas en construction commencent à porter des fruits.

Jamel Debbouze, ce Micromégas des temps modernes – à l’envers bien entendu, petit par la taille et géant par le talent, les actes et le cœur – est le meilleur exemple que j’aie trouvé pour illustrer la diaspora positive. Ce comique très doué dans son art a ouvert les portes de la célébrité à une bonne dizaine d’enfants issus de l’immigration qui, sans lui, n’auraient jamais foulé les plateaux de télévision ou les parquets des salles de spectacle parisiennes. Pendant ce temps, certains voulaient refaire le monde à leur façon, en pensant, pauvres hères, que l’on ne peut exister qu’en s’opposant.

Ensuite, se tournant vers le Maroc natal de ses parents, Jamel Debbouze a produit en 2006 le film Indigènes, qui rendait hommage aux soldats nord-africains de la SecondeGuerre mondiale. Immense succès au boxoffice, pluie de récompenses. En 2011, il crée le Marrakech du rire, festival d’humour qui se tient tous les étés au Maroc et qui est le lieu où toute la France comique voudrait être vue. Voilà le Maroc, l’espace d’un instant, centre de la terre comique avec ce que tout cela peut apporter de regards positifs, de projecteurs dorés, de rentrées de devises…

L’homme n’est pas le seul à agir, que nenni! D’autres le font. À l’extrême opposé, ils ont choisi de tourner en dérision leurs terres d’origine dans une manière de cinéma que l’on qualifiera gentiment et laconiquement de médiocre. Je pousserai la charité jusqu’à ne pas donner de noms. Vous les reconnaîtrez. Ils se reconnaîtront s’ils lisent les bons journaux. Et pourtant, ils auraient pu rendre hommage aux martyrs de Thiaroye. Ils auraient pu réaliser des biographies de personnalités célèbres qui méritent la lumière, Kankan Moussa, Um Nyobè, Dona Beatriz, Alfonso Ier… Incapables de toute créativité, ils se sont engouffrés dans la facilité. Et quand vous saurez que ces enfants venus de l’Afrique subsaharienne doivent leur notoriété à Jamel Debbouze, vous vous demanderez pourquoi ils ne font pas comme le maître. Comme si la haine de soi postcoloniale était un atavisme de l’Afrique noire.