Portrait

Dispromalt en haut de l’affiche

En trente et un ans, Bonaventure Nzolantima a imposé son enseigne comme l’agence de publicité de référence et le leader de l’affichage en République démocratique du Congo. Dispromalt représente aujourd’hui plus de 60 % du marché à Kinshasa et les grandes villes congolaises.

Crédits / Dispromalt

Dispromalt a commencé comme une vraie aventure. Mais, j’y ai mis tout mon sérieux», raconte, comme pour ne pas faire mentir son prénom, Bonaventure Nzolantima, PDG de cette agence de publicité qu’il a créée en 1982 à Kinshasa, en République démocratique du Congo (RDC). Si Dispromalt a commencé plus que modestement, l’entreprise compte aujourd’hui plus de 130 employés – plus les journaliers qui viennent parfois en renfort –, dispose de bureaux, d’ateliers et de machines à la pointe de la technologie dans le secteur de l’affichage et de l’impression digitale.
Photo et Malt

Après des études de chimie à Bruxelles, Bonaventure Nzolantima suit des cours de développement photo. Le hasard fait qu’il découvre, à Anvers, une société spécialisée dans la vente de films et papier photo, au moment où une pénurie de ces produits sévit à Kinshasa. Il devient le fournisseur des grands laboratoires de la capitale et crée Disprophoto (Distribution des produits photographiques). Le commerce est prospère. «Malheureusement, Mobutu a démonétisé l’argent et j’ai fait faillite», raconte-t-il. Il cherche une issue pour se relancer. Ce sera le commerce de la bière. Au début des années 1980, il dispose d’un grand dépôt de vente et écoule trois à cinq camions par jour. Un camion peut contenir 432 casiers. Au sommet des ventes, il obtient son deuxième registre de commerce au nom de Dispromalt (Distribution des produits de malt). Mais lors de la saison sèche de 1981, il fait frais et les ventes de bière s’émoussent. «Au mois de mai, je ne vends plus que 100 casiers, voire moins. Je décide alors de fermer le dépôt», explique-t-il. Débutent alors le chômage et la débrouille.

Mais la chance lui sourit quelques mois plus tard. «C’est le 12 avril 1982 que nous avons posé notre premier panneau de 3 mètres sur 9, peint à la main, au croisement de l’avenue du 24-Novembre et du boulevard du 30-Juin », se souvient le PDG de Dispromalt. C’est par pur hasard que Bonaventure Nzolantima tombe sur ce marché. L’employé d’un restaurant lui dit que son chef est à la recherche de quelqu’un pour lui faire des panneaux publicitaires. Nzolantima n’a aucune formation en publicité ou dans l’affichage. Pourtant, il se porte volontaire. «J’avais tout de même un don en dessin. J’ai proposé une maquette de l’affiche. Je me suis fait aider par un infographiste connu sous le nom de “Moustache rouge”. Il avait le doigté, et moi les idées », raconte t-il. Le restaurateur, conquis, commande trois panneaux. Mais le déclic du business dans l’affichage et la publicité tarde à venir : Bonaventure Nzolantima investit l’argent dans le rachat de casiers de bière. Il compte reprendre son activité. Il n’en sera rien.

L’aventure publicitaire

C’est une autre commande qui le pousse à organiser son entreprise : celle de la famille Lengelo, qui vend du matériel électrique sous la marque Lengsram. « J’ai fait un panneau avec une ampoule dans une main et un slogan disant : “Lengsram, l’ami de l’œil humain” », se souvient Bonaventure Nzolantima. Le succès est au rendez-vous. « “Mettez autant de panneaux que possible à Kinshasa et venez prendre l’argent”, m’a dit monsieur Adel, l’un des associés. Je n’oublierai jamais cette phrase. » Il produit 50 panneaux qu’il installe un peu partout dans la ville. L’affaire est lancée. Dispromalt compte aujourd’hui plus de 1 500 panneaux d’affichage mis en location pour ses principaux clients : grandes brasseries, sociétés de télécommunications, banques, entreprises alimentaires et de cosmétiques.

Le PDG a appris le métier auprès de ses peintres et autres employés. « Je posais beaucoup de questions et participais à des salons consacrés à l’affichage et à la publicité. Les idées des affiches, dessins, slogans et base-lines sont le fruit de mes conceptions. Je pensais à une dizaine de slogans, et n’en gardais qu’un seul. C’était souvent le bon. » Cela fait trente et un ans que l’aventure se poursuit, avec un chiffre d’a¦aires de plus de 8 millions de dollars, malgré les nouvelles agences qui ont vu le jour depuis. « La concurrence est une bonne chose, parce qu’elle nous permet de prendre la mesure de notre niveau et des efforts à fournir. Cela nous pousse à travailler davantage », reconnaît Bonaventure Nzolantima. 

Déclinaison du business

Désormais, l’homme d’affaires est devenu la référence dans le domaine de l’affichage en RDC, où il est présent dans les 11 provinces du pays. Il s’est aussi implanté dans les grandes villes du Congo-Brazzaville. « Nous envisageons très prochainement de nous installer en Angola et au Gabon, où les demandes sont pressantes », projette-t-il. Son ambition : conquérir d’autres pays du continent. Et il se donne les moyens d’atteindre son but. « Il y a un an et demi, nous avons acquis la machine AGFA Jeti 3348, qui une capacité d’impression de 252 m2 par heure. Nous sommes les premiers à l’avoir en Afrique », se félicite-t-il.

Grâce à ses différents investissements, Dispromalt a connu des moments de forte affluence. Notamment lors des différentes campagnes électorales en RDC. « Tous les candidats sont passés chez nous pour leurs affiches et panneaux. Joseph Kabila et nous avons conçu les affiches d’Etienne Tshisekedi. En 2006, c’était la même chose pour Jean-Pierre Bemba et les autres candidats à la présidence. Sans parler des aspirants députés. Nous avons produit les affiches et banderoles de plus de 70 % d’entre eux », confie le PDG. Pour rester compétitive, l’entreprise s’est aussi équipée de matériel de sérigraphie. « Certains clients voulaient avoir des petits formats sur différents supports, autocollants, T-shirt, etc. Nous avons voulu leur offrir la solution à leurs besoins », explique Bonaventure Nzolantima. D’où la création en 1996 de Label print, l’imprimerie du groupe. Un atelier d’ajustage a également vu le jour pour la fabrication des panneaux. Et comme si cela ne suffisait pas, le businessman vient d’acquérir un hôtel à Kinshasa. Un tout qui fait la plus grande fierté de Dispromalt et de son fondateur.