Editos et Chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

Douala : l’enfer ou le paradis

Douala, la capitale économique du Cameroun, n’est plus vraiment une métropole d’affaires. La ville pourrait même aujourd’hui être déclassée. Elle ne peut accueillir ni forums, ni conférences, ni congrès internationaux. Elle ne compte aucun hôtel 5 étoiles ni aucune enseigne digne de ce nom qui soit aux normes. Elle n’a pas de palais des congrès, pas de palais des sports, pas de parc d’exposition ou d’esplanade adaptée pour des événements tels que des foires, des symposiums ou des kermesses.

L’aéroport international de Douala est inadapté, vieillot, anarchique et archaïque. Ici, pas de wifi qui vous connecte au monde. La business lounge, ou ce qui en tient lieu, est désaffectée, triste, dépenaillée, et les toilettes de l’aéroport sont d’une propreté douteuse. La piste d’atterrissage présentait encore il y a peu de réels problèmes de viabilité pour la sécurité des avions. Et l’année dernière, les responsables des compagnies aériennes connectant le Cameroun, dans une lettre collective adressée au directeur général de l’établissement, ont protesté contre ces conditions.
Vous quittez l’aéroport pour nous rendre en ville. Si vous avez le malheur d’être arrivé de nuit, vous allez emprunter un bout d’autoroute (on l’appelle ici «axe lourd») plongé dans le noir. C’est que, depuis belle lurette, la Communauté urbaine de Douala a renoncé à assurer l’éclairage urbain. Douala vous accueille ainsi dans l’obscurité, qu’il y ait ou non délestage.
Il n’y a pas meilleur symbole de la dégringolade d’une ville qui fut, il n’y a pas si longtemps, la vitrine du Cameroun. Ce pourrait être la descente aux enfers de Douala. Car difficile de ne pas tomber, ici ou là, sur des tas d’ordures ménagères abandonnées. Comme il est impossible d’éviter les chaussées défoncées qui sont le cauchemar des automobilistes pris en sandwich entre des taxis déglingués et des motos-taxis aussi envahissants que teigneux, déplaisants et agressifs et qui en plus créent des embouteillages interminables tout en polluant l’environnement.
Non décidément, Douala n’est pas une ville business friendly. Et pourtant, on continue d’y faire des affaires. Fautil y voir un rayon de soleil à l’horizon? On annonce des projets ambitieux avec d’importants financements. La Banque mondiale va débloquer 130 milliards de francs CFA, précisément pour la construction d’infrastructures routières. Le consortium belgo-turc Iristone-ILCI devrait construire le futur tramway de la ville. Du moins si les bureaucrates de Yaoundé et ceux de la Communauté urbaine de Douala ne réussissent pas, comme souvent, à décourager ces investisseurs par leur appétit sans limites de commissions et rétrocommissions. Et puis, le fonds d’investissement britannique Actis, en partenariat avec la société camerounaise Craft Development, est en train d’édifier le Douala Grand Mall, pour plus de 80 milliards de francs CFA. Ils ont également prévu d’ériger le Douala Business Park.
Quant au milliardaire camerounais Colin Mukete, il se bat comme un lion indomptable pour faire sortir de terre un hôtel Radisson 5 étoiles. Mais il doit batailler pour s’affranchir des mille et un obstacles fonciers et domaniaux qui constituent l’une des mines d’or de la corruption dans cette ville portuaire. Entre-temps, le Krystal Palace construit par un autre milliardaire, Samuel Foyou, qui est en phase de finition, pourrait finalement être le premier hôtel 5 étoiles de Douala.
En réalité, cette ville à la population dynamique, industrieuse, affairiste et affairée est jalouse de son indépendance et tient en respect la cité-capitale qu’est Yaoundé. Comme le Cameroun est l’Afrique en miniature, Douala est un concentré du Cameroun et en même temps son poumon. Lorsque la ville s’essouffle, le pouls du pays prend un coup. Si elle reprend son souffle, dans un nouvel élan, Douala va contribuer à faire repartir le Cameroun. Encore faut-il que le cœur du triangle national, Yaoundé, retrouve lui aussi un nouveau souffle, du sang nouveau et une énergie nouvelle.
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