Editos et Chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

Etre milliardaire en Afrique aujourd’hui

Il y a de plus en plus de personnes riches en Afrique. Et il semble bien que, sur ce continent réputé être le plus pauvre de la planète, la richesse et les riches continuent de très bien se porter. En témoignent les enquêtes régulièrement menées par différents cabinets de recherche spécialisés. Ainsi, fin 2017, selon l’étude «­Africa Wealth Report­» réalisée par New World Wealth and AfrAsia Bank, l’Afrique comptait 148­000 individus ayant une fortune cumulée de 920 milliards de dollars.

Depuis le début du XXIe siècle, le nombre des richissimes Africains est en hausse de plus de 150%. Avec la croissance continue que l’Afrique a enregistrée au cours de la décennie écoulée, marquée dans de nombreux pays par une amélioration de la liberté d’entreprendre et du climat des affaires, la richesse est devenue quelque chose de banal. Pourtant, être riche et afficher sa richesse en Afrique reste diversement perçu. Le phénomène socio-économique attaché à la richesse renvoie à des fantasmes et à de nombreux clichés. La fortune transporte avec elle une charge de mystère enveloppée d’un halo d’opacité. Être riche dans certaines parties du continent, singulièrement dans les pays francophones, reste une réalité où la suspicion côtoie l’admiration et la fascination. En particulier quand les fortunes sont liées au pouvoir politique ou le fruit d’alliances avec lui. Mais aussi parce que le plus souvent, elles ont prospéré, justement, dans le flou et l’opacité, en débordant sur les marges de la légalité. Beaucoup de fortunes sont ainsi jugées suspectes, à tort ou à raison, par l’opinion. Ce qui fait qu’il n’y a pas à vrai dire aujourd’hui de réelle légitimité à être riche en Afrique.
Dans un tel contexte, que faut-il penser des fortunes bâties par les acteurs du secteur privé de l’économie, les hommes d’affaires? Leur fortune est-elle une addition ou une soustraction? A-t-elle un effet multiplicateur ou dévastateur sur les économies africaines?
Quand on étudie l’histoire de la richesse et des riches dans les grandes économies, comme par exemple celle des États-Unis, on comprend que dans l’univers capitaliste et de la libre entreprise, la prospérité d’une nation se construit à travers une recette qui est restée immuable au fil du temps. C’est celle d’économies bâties par les grandes figures du capitalisme que sont ses entrepreneurs. C’est le rêve de ces bâtisseurs de l’Amérique, de ces aventuriers devenus puissants pour les plus forts d’entre eux – les plus malins, les plus habiles, souvent aussi les plus retors et les plus cyniques –, c’est l’ambition de ces hommes les plus riches de leur époque, qui ont construit la prospérité américaine.
Le storytelling de leur itinéraire est aussi l’histoire de la marche vers la prospérité des États-Unis. Ce sont les John D. Rockefeller, Andrew Carnegie, Henry Ford, J.P. Morgan : les plus grandes fortunes du début du xxe siècle ont construit la grande Amérique.
Aujourd’hui, la révolution industrielle est remplacée par la révolution digitale. Une profonde mutation qui, là encore, porte la marque de milliardaires de la planète qui transparaissent dans les classements de Forbes. La plupart des grandes fortunes d’aujourd’hui, à travers leurs groupes – Microsoft, Facebook, Google, Oracle, Amazon, Bloomberg –, sont tributaires des systèmes de pointe ultrarapides destinés à assurer la transmission de l’information par voie numérique.
Les Dangote, Motsepe, Sawiris ou Dewji pourront-ils, comme les milliardaires américains, chinois ou coréens le font, bousculer notre univers, innover, créer et réinventer les contours de la société dans laquelle nous vivons?

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