Portrait

Fatou N’Diaye, la bloggeuse qui défend le lifestyle black

En 2007, la jeune Fatou N’Diaye décide de se lancer dans une activité méconnue : le blogging. Son objectif principal : faire la promotion des femmes noires à travers leur lifestyle, leur réussite, leur beauté et surtout l’affirmation et l’acceptation de soi. Presque dix ans plus tard, Black Beauty Bag est aujourd’hui une référence dans l’univers du blogging afro en France. Quel est son business modèle ? Quelles sont les valeurs qu’elle défend ? Entretien.
Forbes Afrique : En vous lançant dans le blogging il y a de cela presque 10 ans, quels étaient vos objectifs de base et quels sont-ils aujourd’hui ?  
Fatou N’Diaye : Quand je me suis lancée dans cette activité, c’était la naissance des premiers blogs modes, beauté, culinaire, life style, cinéma et beaucoup d’autres domaines. Je le faisais par passion et envie de partage : c’était plus un hobby. Je voulais également pouvoir parler de beauté noire. Il faut savoir qu’à cette époque c’était assez méconnu. Je me connectais de chez moi et je partageais mes découvertes et ma vision de la beauté noire. J’ai fait partie d’une génération où lorsqu’on était adolescente ou adulte, on ne trouvait aucun magazine mainstream qui mettaient les femmes noires en avant ou qui parlaient de leurs problématiques. C’est comme si nous étions des consommatrices invisibles dans cette société françaises. En effectuant mes premiers voyages à New York ou Londres, j’ai vu le fossé qui nous séparait des pays anglophones en matière de marketing pour les femmes noires. J’ai donc décidé de me consacrer à travers cet espace à la promotion des femmes noires à travers leur life style, leur réussite, leur beauté et surtout l’affirmation et l’acceptation de soi. La seule différence entre aujourd’hui et il y a presque 10 ans, c’est que je gagne entièrement ma vie grâce à ma passion.
Votre activité est similaire à celle des magazines féminins afro sur le marché, quelle est votre particularité ?
Aujourd’hui lorsqu’on parle de bloggeurs connus et très suivis, le terme d’influenceurs est celui qui est utilisé pour parler de nous. Le mot bloggeur est devenu péjoratif pour beaucoup de personnes. Mais moi, je l’aime bien et surtout je n’en n’ai pas honte. Je suis une bloggeuse. Une bloggeuse n’est pas une journaliste. Sur un blog lorsqu’on s’adresse aux personnes qui nous lise, on emploie le mot « JE ». Nous sommes plus sur une plateforme comparable à un journal intime. On invite nos lecteurs à suivre nos aventures en images et en mots. Nous avons une certaine proximité avec nos lecteurs et c’est ce qui fait notre succès. Nous n’obéissons à aucune ligne éditoriale fixée par une rédaction, nous partageons nos coups de cœur et nos coups de gueule. Le journalisme s’apprend, mais le blogging c’est avant tout la passion pour le partage. C’est pour cela que je ne comprends pas cette opposition perpétuelle qui est faite entre les bloggeurs et les journalistes. 
A travers vos post, vous faites la promotion de plusieurs marques. Etes-vous payée pour cela ?
J’ai toujours fait la promotion sur mon blog, depuis sa création, de produits que j’aime, que j’achète et que j’affectionne. J’ai même rendu l’eau micellaire de BIODERMA et le stylo touche éclat de Yves Saint Laurent célèbres à une époque où on ne savait même pas qu’un jour les marques travailleraient avec des bloggeurs. J’ai également fait la promotion de beaucoup de marques dites afro gratuitement. Nombreuses d’entre elles se sont faites connaître grâce à un simple post sur mon blog tout simplement car j’aimais leurs produits et la philosophie des entrepreneurs derrière ces marques. Aujourd’hui que mon blog a pris beaucoup plus d’envergure, je propose aux marques de leur faire ce que l’on appelle des billets sponsorisés où la marque me paie pour faire la promotion d’un produit qui va sortir. Mais encore une fois c’est moi qui décide d’en parler ou pas. Si c’est une marque dont je connais l’ADN et que j’ai l’habitude d’utiliser, j’accepte de le faire.  Pourquoi devrai-je avoir honte d’être payée pour faire la promotion de grandes marques dont je parlais il y’a des années gratuitement ? Les bannières publicitaires sur mon blog sont payantes. Pour un habillage entier du blog, je peux facturer jusqu’à 3 000 euros par mois. Les visites qui sont faites sur mon blog me rapporte également de l’argent. Pour les post sponsorisés sur un produit je peux demander jusqu’à 1 500 euros par post. Je travaille également avec des marques sur des événements, des soirées avec mes lectrices que je facture entre 1 000 et 3 500 euros. J’ai également déjà été rémunérée pour voyager et publier des photos sur Instagram des pays que je visite. 
Pensez-vous qu’en travaillant avec vous, les marques portent un intérêt social pour la femme noire ou elles répondent juste à des impératifs commerciaux ?
Pour moi c’est un peu des deux. Que ce soit pour la blonde ou la brune c’est du marketing. On pense que les marques se sont intéressées aux femmes noires récemment, mais ce n’est pas réellement le cas. Les marques élaborent leur stratégie marketing des années à l’avance. Le problème en France, c’est que ceux qui tiennent les rênes du monde de la beauté sont de la vieille école avec une mentalité parfois colonialiste. Ensuite, qu’on le veuille ou non la télé, les magazines, les publicités font parties intégrantes de nos modes de vie. Chaque famille à une télévision chez elle, et la télévision est la vitrine sociale de notre monde. Si je ne vois pas de personnes non blanches dans mon tube cathodique alors que les rues représentent un grand brassage culturel, c’est qu’il y’a un véritable problème sociétal. Aujourd’hui, les marques qui ont pour moi vraiment réussi leur positionnement sont Estée Lauder, Clinique, MAC Cosmetic et L’Oréal qui est implanté dans des pays africains.