Editos et Chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

La « blanchitude » des fortunes en Afrique

Numéro 40, Décembre 2016-Janvier 2017.

L’Afrique est un eldorado pour de nombreux Blancs d’origine européenne qui ont su y investir et y construire d’immenses fortunes. Qu’ils y soient des nationaux, des binationaux ou des étrangers. Le Français Pierre Castel (10,2 milliards de dollars), à 90 ans révolus, serait le n° 1 du top des Blancs les plus riches à tirer une bonne partie de sa fortune de l’Afrique. Et ceci grâce à l’activité la plus rentable de son groupe : la bière. Les Sud-Africains Nicky Oppenheimer (6,6 milliards de dollars), Christoffel Wiese (5,8 milliards de dollards) et Johann Rupert (5,3 milliards de dollars) seraient, d’après l’évaluation de Forbes, les Blancs africains les plus riches du continent. Nicky Oppenheimer est le magnat du groupe diamantaire De Beers. Christoffel Wiese, le roi de la distribution. Et Johann Rupert est, lui, le pape sud-africain du luxe avec les marques Richemont, Cartier, Van Cleef & Arpels et Mont-Blanc.

Le Français Vincent Bolloré est un autre exemple de la réalité de la «richesse blanche» en Afrique. Avec une fortune estimée lui aussi à 5,3 milliards de dollars, il serait dans le top 5 des Blancs les plus riches d’Afrique si l’on s’amusait à les classer. L’homme d’affaires breton qui a développé sur le continent la branche historique de sa société de transport et de gestion portuaire y réalise plus de bénéfices que dans toutes ses autres activités.
On compte également parmi ces Blancs qui ont fait fortune en Afrique l’Israélien Beny Steinmetz, qui s’est enrichi dans le diamant. Avec 1,26 milliard de dollars, il devance de peu son compatriote Dan Gertler, lui aussi dans le secteur minier en RDC. Celui qu’on appelle «l’ami du président» (1,24 milliard de dollars) a lui aussi misé sur le diamant.
Mais le continent compte aussi nombre de Blancs d’Afrique qui y sont nés, y ont grandi et y ont fait fortune. C’est le cas de George Forrest, «le viceroi du Katanga» à la tête du premier groupe privé congolais. L’homme, d’origine belge, est un Congolais blanc qui a vécu une bonne partie de sa vie au Congo et y a construit un conglomérat qui pèse près de 800 millions de dollars. Dans le classement Forbes Afrique, on retrouve d’autres représentants de cette «blanchitude» de la richesse. Dont deux Mauriciens qui font leur entrée dans notre classement. Ils sont comme les Sud-Africains, des Blancs d’Afrique. Il y a la famille Lagesse (205 millions de dollars). Descendants d’anciens colons français, la famille contrôle le groupe GML (commerce, tourisme, immobilier, services financiers, ingénierie…), un conglomérat de 300 entreprises. Il y a également la famille Espitalier-Noel (180 millions de dollars) une dynastie mauricienne des affaires. Notons enfin le parcours intéressant du Belge Philippe de Moerloose (110 millions de dollars) qui s’est enrichi sur le continent en développant une stratégie clairement panafricaine, que ne renierait pas un businessman nigérian ou camerounais.
Ces parcours de milliardaires, construit en Afrique par ces Blancs d’Afrique ou d’ailleurs, soulignent que ce continent, malgré la colonisation et la décolonisation, reste ouvert aux vents du monde. Même si ce monde a de plus en plus tendance à lui fermer ses portes.