Editos et Chroniques La chronique de Gaston KELMAN

La CAN, miroir de l’Afrique

La Coupe africaine des nations 2019 est désormais derrière nous. Mais que d’émotions! Le reflet de ce charme dont l’Afrique a le secret. Rien ne se passe comme prévu. C’est d’abord le Cameroun qui en perd l’organisation. L’on pense au Maroc, ce sera l’Égypte. Ce ne sera pas en janvier, mais en plein cagnard estival pharaonique, en même temps que la Coupe du monde féminine, le Tour de France cycliste, le tennis à Wimbledon. Rude concurrence et l’on se demande si l’Afrique fera le poids.

Les choses démarrent. Les gradins sont clairsemés, sauf quand l’équipe locale est sur le terrain. Puis les surprises s’enchaînent. Depuis les matchs de sélection, les Écureuils béninois en sont à la treizième rencontre sans victoire et toujours présents, ils ont résisté aux Lions camerounais pour accéder aux huitièmes, terrassé les Lions marocains, toujours sans vaincre, un penalty raté par le Maroc à la quatre-vingt-quinzième minute, des prolongations à dix, et les quarts de finale après une séance de tirs au but magique.
La planète foot tremble. Qui va donc arrêter la montée des Écureuils vers les sommets? Le vaudou béninois serait en transe. Les voyagistes européens attendent une saison faste vers Abomey, pour transporter toutes ces pèlerines noires qui iront marabouter à tire larigot pour un travail, un mari blanc… Un troisième Lion, celui de la Teranga, que le hasard a mis sur la route du petit animal arboricole, va-t-il lui aussi se faire bouffer? L’issue sera heureuse pour ce roi de la savane. Mais pendant que tout le monde suit les aventures de l’intrépide petit rongeur, les Bafana Bafana en ont profité pour sortir le pays organisateur dès les huitièmes, lui infligeant sa première défaite en ce tournoi qu’il avait survolé en phase de poule. La magie africaine!
L’Afrique existe-t-elle? Je n’en sais rien et la CAN, loin de me rassurer, a accentué mes interrogations. Elle aura vu d’un côté l’Afrique blanche et de l’autre l’Afrique noire en des airs de solidarité colorielle, que la cabale honteuse de la presse locale contre un joueur sénégalais a exacerbée. La finale opposera donc l’Afrique noire à l’Afrique blanche. Au bout, l’Algérie a gagné. Peut-être en voulait-elle plus que le Nigeria! Peut-être que sa constance au cours du tournoi a été récompensée. Car cet unique but, en tout début de match et en un lob inattendu, ne peut être qu’un don des dieux.
Un autre conflit semble devoir opposer de toute éternité les Algériens à la France, cela même quand ces «Algériens» sont français. À chaque victoire algérienne, la rue française était envahie par des foules déchaînées. Certains auraient souhaité une défaite algérienne précoce, afin qu’il y ait une seule soirée de vandalisme.
Pour la finale, ils se seraient surpassés. Bollaro Barry, jeune Guinéen, la trentaine, un récent doctorat en poche, a été immolé à Rouen par un supporter de l’Algérie parce qu’il était un de ces «sales Noirs» qu’on allait «niquer». «La force aveugle de l’abîme tire de son fouet le son aigre de l’agonie», déplorait le poète. Les mots que nous allons égrener et les trémolos qui les accompagneront seront vains. Cette exportation en terre étrangère d’un «racisme du pauvre», qui serait courant au Maghreb et que l’on craint parfois de dénoncer, est la pire barbarie jamais recensée. Que les pays concernés trouvent les moyens de l’éradiquer. Nous les en tenons désormais et plus que jamais responsables.