Editos et Chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

La leçon béninoise

Les Béninois viennent de donner une belle leçon de démocratie à l’Afrique.

Bien que Forbes Afrique n’ait pas l’habitude de commenter les événements de l’actualité politique, ce qui s’est passé au Bénin ne peut nous laisser indifférents car, sans doute pour la première fois sur le continent, la scène politique d’un pays a été investie, capturée et sera dominée par la logique d’un homme d’affaires. Il s’agit d’un événement de taille, à inscrire dans les annales : un homme d’affaires africain a été élu président de la République. Non par un coup de force, mais au terme d’une élection démocratique. Il ne s’agit pas d’un manager, du DG d’une banque ou d’une grande firme. Il s’agit d’un créateur d’entreprise, d’un businessman à succès, d’une personnalité fortunée, la plus fortunée du Bénin, et qui, comme de juste, a été listée dans le classement Forbes Afrique des richissimes francophones. Nous avions interviewé Patrice Talon pour notre numéro spécial sur le top des personnalités les plus riches de notre zone*.

Il avait alors été le seul de notre classement à accepter de nous parler. « Le milliardaire qui ambitionne de devenir président », comme nous l’avions qualifié, avait, il est vrai, tout intérêt à se livrer. Cette élection pourrait rassurer ceux qui sont inquiets au Bénin et ailleurs en Afrique : un président élu riche ne risque pas de se préoccuper de s’en mettre plein les poches. On peut aussi présumer qu’un homme d’affaires au pouvoir comprendra, sans doute mieux qu’un autre, les défis économiques qu’il faut affronter, les enjeux de la bonne gouvernance, la nécessité d’améliorer le climat des affaires, d’encourager les investissements, de créer des emplois et de la richesse pour accélérer le développement. Lui-même déclarait dans nos colonnes qu’il a l’ambition « d’accomplir quelque chose de grand dans le domaine de la gouvernance ». Il nous rappelait qu’« un président trop puissant est un danger pour la gouvernance, il peut tenir la justice, les médias et peut mettre n’importe quel opérateur économique en faillite en Afrique…» Patrice Talon soutenait également que la mauvaise gouvernance et la toute-puissance des chefs d’Etat entravent le développement du continent : «C’est pour ça que les investissements en Afrique sont précaires et fragiles…

Personne ne veut investir à long terme parce que vous pouvez être ami avec le président aujourd’hui, et demain s’il vous en veut, à tort ou à raison, il vous met en faillite. » Nous voulons croire que le nouveau chef de l’Etat béninois saura se souvenir de ces propos. Même si ses compatriotes ne sont pas forcément prêts à lui faire un chèque en blanc. Pourtant, s’il peut bénéficier d’un a priori favorable sur le fait qu’il aura une compréhension claire des enjeux pour faire prospérer le business et permettre aux entreprises de jouer pleinement leur rôle dans le développement du pays, qu’en sera-t-il de sa politique envers les plus faibles ? Comment compte-t-il lutter contre la pauvreté, les inégalités, le dénuement des campagnes ? Comment s’y prendra-t-il pour faire avancer ce Bénin démocratique mais sous-développé, vers les rives de la prospérité ? Le défi est immense. Là où tous les politiques ou presque ont échoué sur le continent, un homme d’affaires peut-il réussir ? Monsieur Talon, tel est votre challenge !