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LA PROGRESSION DU COVID-19 EN AFRIQUE

Selon l’Organisation mondiale de la santé plus de 600 cas de COVID-19 avaient été confirmés dans 34 pays d’Afrique au 19 mars, contre 147 cas une semaine plus tôt. 5 jours plus tard, au 24 mars, l’Afrique comptait officiellement 2137 cas et 62 décès. Le moins qu’on puisse dire est que la progression est en train de s’accélérer.

En Afrique francophone qui compte 18 pays le nombre total à cette même date était de 320 cas confirmés et 12 décès. 14 personnes avaient pu être guéries.

Bien que la continent ait connu une augmentation significative des cas confirmés ces dernières semaines, il y a encore moins de cas que dans d’autres parties du monde. “L’évolution rapide de COVID-19 en Afrique est profondément inquiétante et constitue un signal clair pour l’action”, a déclaré le Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour l’Afrique. “Mais nous pouvons encore changer le cours de cette pandémie. Les gouvernements doivent faire appel à toutes leurs ressources et capacités et renforcer leur réponse”.

Les premières mesures dans la stratégie de réponse sont désormais en place. La plupart des pays ont imposé des mesures de confinement plus ou moins sévères suivant les cas. Et pratiquement tous ont fermé les frontières et leurs aéroports internationaux. Partout, les écoles primaires, les lycées et les universités ont également été fermées.

Plusieurs pays ont déclaré l’état d’urgence et imposé un couvre-feu. C’est le cas du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et de la RD Congo. Les autorités congolaises ont par ailleurs décidé d’isoler Kinshasa, la capitale, du reste du pays, car avec près de 18 millions d’habitants elle est le principal foyer de contamination. Certains pays ont imposé un confinement très strict. C’est le cas du Rwanda où les autorités obligent les habitants à rester chez eux avec une fermeture de la plupart des activités.

Douze pays du continent connaissent aujourd’hui une transmission locale. Pour l’OMS il est crucial que les gouvernements empêchent la transmission locale d’évoluer vers le pire scénario de transmission communautaire durable et généralisée. Un tel scénario constituera un défi majeur pour les pays dont les systèmes de santé sont faibles. “L’Afrique peut tirer des enseignements de l’expérience d’autres pays qui ont connu une forte diminution des cas de COVID-19 en intensifiant rapidement les tests, en isolant les cas et en assurant un suivi méticuleux des contacts”, a déclaré le Dr Moeti.

Comprendre comment la pandémie COVID-19 va évoluer en Afrique est encore un travail en cours. Une tâche qui a été engagée par l’OMS, mais qui est également menée dans plusieurs pays. La réponse devra être adaptée au contexte africain – la démographie du continent est très différente de celle de la Chine, de l’Europe et des États-Unis. L’Afrique a la population la plus jeune du monde et il semble que les personnes âgées soient plus vulnérables à la COVID-19. Toutefois, une analyse préliminaire montre que les personnes souffrant de maladies sous-jacentes sont plus exposées. Dans toute la région, près de 26 millions de personnes vivent avec le VIH. Plus de 58 millions d’enfants présentent un retard de croissance dû à la malnutrition. Il est donc possible que les jeunes soient plus à risque en Afrique que dans d’autres régions du monde.

La solidarité nationale et internationale s’avère indispensable pour que l’Afrique puisse faire face à la pandémie. Jack Ma le milliardaire chinois, est un des premiers à avoir tiré le chéquier pour offrir à l’Afrique 5,4 millions de masques médicaux et 1,08 millions de test du Covid-19.

La BADEA (Banque arabe de développement pour l’Afrique) a débloqué 100 millions de dollars pour aider les pays africains à lutter contre la pandémie. Pour Sidi Ould Tah, Directeur général de la BADEA, l’institution est « consciente de la taille du défi à relever, la BADEA sera fidèle à son approche qui privilégie le partenariat. Elle s’engage à conjuguer ses efforts avec les autorités des pays bénéficiaires, les partenaires de développement de l’Afrique et les acteurs locaux ».

L’OMS de son côté soutient les gouvernements dans la détection précoce en fournissant des kits de test COVID-19, en formant des techniciens de laboratoire et en renforçant la surveillance dans les communautés. Quarante-cinq pays d’Afrique peuvent désormais effectuer des tests COVID-19 : au début de l’épidémie, seuls deux d’entre eux pouvaient le faire.

L’OMS apporte également un soutien à distance aux pays touchés pour l’utilisation d’outils de données électroniques, afin que les autorités sanitaires nationales puissent mieux comprendre l’épidémie dans leur pays. Des équipements de protection individuelle ont été expédiés dans 24 pays, et un deuxième envoi est en préparation pour les pays où des cas ont été confirmés.

Les leçons tirées de la lutte contre les épidémies précédentes sont utilisées comme base pour y répondre. Les mesures préventives de base prises par les individus et les communautés restent l’outil le plus puissant pour empêcher la propagation de la COVID-19.

Sur le plan thérapeutique plusieurs pays africains ont intégré dans leur protocole la chloroquine, un antipaludique bon marché et qui semble donner des résultats positifs. C’est le cas au Maroc, en RD Congo ou au Cameroun. Mais les autorités de Yaoundé ont choisi d’encadrer l’utilisation de ce médicament. Une circulaire du ministre de la santé indique que « toute usage dudit produit à des fins thérapeutiques est subordonné à l’obtention d’une dérogation spéciale délivrée par le ministère de la santé publique ».