Editos et Chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

La recette de La prospérité par Justin Yifu Lin

La Chine, en passe devenir la première puissance économique de la planète, est désormais un acteur incontournable de la scène économique africaine. Pourtant, peu de décideurs africains ont cherché à analyser le secret de la réussite chinoise. On se demande rarement ce que pensent ces Chinois de l’Afrique et du monde ou ce que sont leurs solutions à des problèmes qui nous concernent : le développement, la lutte contre la pauvreté, l’innovation… Notre curiosité et notre appétence de la réalité chinoise sont celles d’acheteurs, de consommateurs et d’emprunteurs. On s’interroge bien peu sur les stratégies qu’ils ont suivies pour arriver là où ils sont. Pire encore, on n’a pas cherché quelles leçons nous pourrions tirer de leur expérience.

Justin Yifu Lin est considéré comme l’un des plus éminents économistes chinois contemporains. Il a créé et dirige le centre chinois de recherche économique et a été vice-président de la Banque mondiale. Dans un livre passé inaperçu dans le monde francophone, mais qui est considéré comme une référence pour tous ceux qui réfléchissent aux problèmes de développement, il détaille ce qu’il appelle « le secret de la recette du succès » pour la prospérité et le développement. Cet ouvrage est intitulé The Quest of Prosperity. How Developing Economies Can Take Off*. Il y développe la formule qui a permis à des pays qui étaient pauvres et sousdéveloppés il y a un demi-siècle de réussir la greffe industrielle qui leur a ouvert la voie de la prospérité.

Cette recette est celle qui permet aux pays en développement d’identifier les secteurs industriels dans lesquels leur économie pourrait bénéficier d’avantages comparatifs fondés sur les facteurs de production. Des nations comme le Brésil, la Chine, la Finlande, l’Indonésie, le Japon, la Corée du Sud, Maurice ou encore la Malaisie ou le Vietnam ont connu une rapide croissance au cours de la seconde moitié du xxe siècle. Leur secret : ils ont conçu et appliqué avec succès un processus d’industrialisation qui les a fait passer d’une agriculture de subsistance à une économie moderne en faisant sortir des millions de personnes de la pauvreté.

Pour Justin Yifu Lin, sur la base des leçons de l’histoire, le secret de la réussite pour tout pays qui souhaite se développer et diversifier son industrie passe par six étapes. La première est celle où les décideurs doivent sélectionner des pays développés ayant des facteurs de production proches du leur. Deuxième étape : identifier des industries qui se sont développées dans ces pays au cours des vingt ans écoulés. Troisième palier, s’il existe des sociétés privées déjà présentes dans ces secteurs, il faut identifier les freins aux avancées technologiques et agir pour les éliminer. Dans le cas où il n’y a pas d’entreprises locales dans les secteurs retenus, les autorités doivent attirer des investissements directs étrangers (IDE) en provenance des pays identifiés dans la première étape. Dans la quatrième étape, le gouvernement doit, en plus des industries retenues, prêter attention à des entreprises privées qui se sont développées spontanément et soutenir le développement de success-stories privées dans les secteurs industriels innovants. La cinquième étape consiste à mettre en place, dans des pays sans infrastructures significatives, des zones économiques spéciales ou des parcs industriels pour favoriser la création d’entreprises industrielles et attirer des investisseurs étrangers. Enfin, dernière étape, le gouvernement doit accorder des avantages tels que des exonérations fiscales aux entreprises pionnières pendant une période limitée.

Justin Yifu Lin appelle sa recette « la nouvelle économie structurelle ». Elle offre un cadre pour repenser le développement et la politique. C’est la voie qu’ont suivie des pays comme la Chine ou l’Indonésie en Asie. C’est celle qu’expérimentent aujourd’hui en Afrique le Rwanda et l’Éthiopie. Ce livre devrait être la bible de nos économistes et de nos décideurs. Je le leur recommande vivement. * Princeton University Press, 2012.

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