Editos et chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

Le FMI, la dévaluation ou la sortie du Franc CFA…

Le FMI est de retour sur le continent avec ses plans d’ajustement structurel. Même si la potion que la fameuse institution de Bretton Woods vient d’imposer à plusieurs pays d’Afrique centrale est loin d’être aussi douloureuse que les thérapies radicales des années 1980/90, elle n’est pas sans raviver de mauvais souvenirs. Elle souligne la fragilité de la croissance qu’ont connue ces dernières années les pays africains et met en évidence un constat.

Numéro 47, daté Septembre 2017.

Ce sont les pays dotés de riches matières premières, en particulier les pays pétroliers, qui sont le plus affectés par la crise. Et les plus mauvais élèves sont ceux d’Afrique centrale, les pays de la Cémac. Ils sont affectés par la chute des cours du pétrole qui a entraîné des déséquilibres insoutenables:  déficits budgétaires et des comptes courants, chute vertigineuse de leurs réserves de change. Fin 2016, les réserves de change ne pouvaient assurer qu’à peine deux mois d’importations. Ce qui a fait monter des spéculations sur une possible dévaluation du franc CFA. Une menace qui est toujours présente.

    «Discipline budgétaire», «relance vertueuse et durable», «réduction des dépenses», «diversification économique», telle est aujourd’hui la sémantique des experts et des responsables politiques pour résumer la feuille de route à suivre.
Mais cette crise et la décision des gouvernements d’accepter de se soumettre à nouveau à l’ajustement structurel interviennent à un moment historique singulier. Les chefs d’Etat de la région ont accepté l’ajustement pour éviter la dévaluation, alors que les opinions publiques, des économistes et des intellectuels de renom dénoncent le maintien du franc CFA et appellent à créer une monnaie africaine. Le débat a atteint une telle intensité que le président français, Emmanuel Macron, a challengé les chefs d’Etat africains, en leur demandant de prendre leurs responsabilités et de créer leur propre monnaie s’ils ne veulent plus du CFA. La question qui se pose désormais aux pays de la zone franc est simple et claire? Sont-ils prêts à franchir le Rubicon?
Un document anonyme qui circule sur les réseaux sociaux, mais qu’aucune personnalité, ni des milieux «autorisés» ni des milieux intellectuels, n’assume à ce jour élabore un schéma qui constitue une sorte de guide pratique pour la création d’une monnaie africaine. Intitulé «Présentation de la nouvelle monnaie en remplacement du franc CFA», le document se décline en douze points. Parmi ceux-ci: la «délimitation de la nouvelle zone monétaire» qui serait une fusion de la BCÉAO et la BÉAC; la centralisation des réserves de change («la nouvelle banque centrale jouera le rôle actuel joué par la France et le Trésor français»). Parmi les autres points, il y a la présentation des coupures, la garantie de la convertibilité et de la transférabilité («le fonctionnement sera analogue au système actuel»), la stabilisation de la valeur de la nouvelle monnaie («Nous utiliserons avec la nouvelle monnaie 50% de nos recettes externes pour garantir sa stabilité à travers exclusivement des investissements industriels.»)
Les auteurs du document se réfugient dans un mystérieux anonymat qui laisse songeur. Mais que ce scénario existe et soit aussi détaillé et explicite devrait pousser les dirigeants d’Afrique francophone à cesser de spéculer et à prendre leurs responsabilités. Désormais, il faut qu’ils aient leur scénario, avec un agenda et une feuille de route claire. L’heure a sans doute sonné pour la quête de la nouvelle indépendance : économique, financière et monétaire, celle-là.