Editos et chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

LE MATCH : CHINE VS ÉTATS UNIS

Malgré le coup de mou que l’économie chinoise subit depuis l’année dernière, la plupart des spécialistes estiment que le pays de Mao Zedong est toujours dans la course pour dépasser les Etats-Unis et devenir la première puissance économique mondiale.

Chronique parue dans le numéro 36 de Forbes Afrique, daté juillet/août

Certes l’Amérique continue de maintenir le leadership dans bien des domaines. Par exemple dans le classement des plus grandes fortunes de la planète publié (aux Etats-Unis) en mars dernier par Forbes – que nous reproduisons dans ce numéro –, les Etats Unis sont en tête, aussi bien par le nombre de milliardaires en dollars (251 pour la Chine contre 540 pour les Etats-Unis) que par le montant cumulé des fortunes identifiées (593 Mds de dollars pour la Chine contre 2,4 trillions de dollars pour les Etats-Unis). Mais on estime que le PIB de la Chine (10,9 trillions de dollars en 2016) devrait dépasser celui des Etats-Unis (18 trillions de dollars en 2016) à l’horizon 2028. D’ores et déjà l’empire du Milieu constitue le plus important marché de la planète pour des centaines de produits, dont les voitures, les centrales électriques, les Smartphone.  Il détient plus de 3 trillions de dollars de réserves de change, le montant le plus élevé dans le monde. Il est devant l’Amérique pour le volume des échanges commerciaux. Et Pékin est devenu pour les pays en voie de développement, l’investisseur, le bâtisseur d’infrastructures, l’équipementier et le banquier de choix.

Pourtant ces données, aussi significatives soient-elles pour caractériser la puissance économique, ne suffisent pas. La réalité est que le pouvoir économique se mesure avant tout à travers le corporate power. Les multinationales et leurs chaînes de valeurs contrôlent 80‘% des exportations mondiales et des investissements directs étrangers.
Une étude publiée par la revue Foreign Affairs* s’interroge sur la capacité des entreprises chinoises à conquérir le monde. Pour la revue américaine, « l’avenir du pouvoir économique de la Chine dépendra moins d’un PIB qui dépassera celui des Etats-Unis que des progrès des entreprises chinoises dans leur capacité à produire et vendre des biens d’équipement et de la technologie de pointe. »Or la Chine dépend encore largement des technologies occidentales. Certes elle a progressé dans ce domaine puisqu’aujourd’hui les biens d’équipement et la haute technologie représentent 25 % de ses exportations. Mais elle est encore loin d’être un acteur majeur dans les marchés de produits complexes tels que les réacteurs nucléaires, les installations éoliennes ou les avions géants. Pour Foreign Affairs, le savoir-faire chinois est encore orienté vers le dowstream, c’est-à-dire importer des technologies, manufacturer et adapter des techniques de conception et de fabrication avancées à des coûts bas. Alors que les multinationales américaines et occidentales se focalisent, elles, sur l’upstream. C’est-à-dire développer une connaissance approfondie des besoins techniques du consommateur, mettre au point des produits nécessitant une technologie de pointe, maîtriser le développement de logiciels et une gestion efficace de leurs chaînes de valeur à l’échelle globale. Ce qui explique qu’elles dominent le marché des réacteurs nucléaires, le système d’automatisation industrielle et l’industrie aéronautique.Pour Foreign Affairs, de nombreux facteurs affectent encore l’économie chinoise, notamment les faibles performances du secteur public, le poids de la dette intérieure et les limitations dans la circulation de l’information. Pour la revue, soutenir que la domination économique chinoise est inévitable n’est pas fondé.
« L’issue du match Etats-Unis vs Chine dépendra autant de l’aptitude des multinationales et des gouvernements occidentaux à capitaliser leur avantage que de la capacité de la Chine à proposer les produits et services qui vont définir l’économie du du XXIe siècle. »* « Can China’s Companies Conquer the World ? », par Pankaj Ghemawat et Thomas Hout, étude publiée en mars-avril 2016.
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