Cover Story

LES ENTREPRISES S’ENGAGENT POUR SAUVER LA PLANÈTE

À la faveur de la COP24, qui a réuni début décembre en Pologne chefs d’État et de gouvernement dans la lutte contre le réchauff ement climatique, Forbes Afrique fait un gros plan sur cette thématique d’une façon spéciale. D’une part en se joignant à 19 autres grands journaux économiques et d’autre part en publiant une série d’articles sur des initiatives originales pour sauver la planète. Du Maroc à l’Angola, en passant par le Sénégal ou l’Inde, nous avons suivi des expériences inspirantes qui prouvent qu’on peut gagner la bataille contre la pollution. À condition d’y croire et de s’engager dans l’action.

DOSSIER COORDONNÉ PAR MICHEL LOBE EWANÉ

LES ENTREPRISES, FERS DE LANCE  DU BIG BANG ÉCOLOGIQUE

PAR CHRISTIAN DE BOISREDON (FONDATEUR DE SPARKNEWS & ASHOKA FELLOW),  MATHILDE IMER (CHEFFE DE PROJET SOLUTIONS&CO) ET L’ÉQUIPE DE SPARKNEWS

Pour la quatrième année consécutive, l’opération éditoriale Solutions&Co réunit 20 grands médias économiques internationaux dans le but d’explorer et de mettre en lumière des solutions concrètes en matière de lutte contre  le changement climatique.

En 2015, les États du monde entier lançaient un signal fort en signant  l’Accord de Paris pour le climat lors de la COP21, mais la bataille face au changement climatique est très loin d’être gagnée. Des mesures concrètes de l’engagement des pays  signataires restent à préciser. C’est toute l’ambition  de la COP24 qui s’est déroulée du 3 au 14 décembre  à Katowice, en Pologne. Mais ce serait une erreur de croire que les États pourront à eux seuls endiguer  le réchauffement climatique.

REPENSER LE BUSINESS MODEL

Le dernier rapport des scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est sans appel : pour limiter notre impact sur le climat, nous devons toutes et tous nous engager pour « des changements rapides, profonds et sans précédent dans tous les aspects de la société ». Pour les entreprises, il s’agit d’un devoir moral, d’une urgence absolue, mais aussi d’une formidable opportunité pour repenser leur business model et leur place dans la société. Aux États-Unis, bon nombre d’acteurs économiques l’ont déjà bien compris et prennent le leadership climatique à la suite de la décision de l’administration américaine de se retirer de l’Accord de Paris. En témoigne l’engagement de l’ancien maire de New York et milliardaire Michael Bloomberg, qui encourage l’innovation financière bas-carbone  sur les marchés des capitaux à Wall Street. Mais si des entreprises partout dans le monde occupent le devant de la scène en alliant profit et respect de l’environnement ces dernières années, soutenues par les gouvernements locaux ou contre vents et marées, elles doivent aller encore plus loin. Elles doivent devenir le fer de lance du big bang écologique, en accélérant les solutions concrètes qui existent autour du globe pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Concrètement, pour limiter les conséquences dévastatrices du changement climatique et assurer des conditions de vie soutenables pour les différentes espèces vivantes, y compris les êtres humains, nous devons réduire de 45 % nos émissions de CO2 d’ici à 2030 par rapport à leur niveau de 2010, et atteindre la neutralité carbone avant 2050. Autrement dit, chaque gramme de CO2 émis dans l’atmosphère devra être scrupuleusement compensé, et ce, via des pratiques respectueuses de l’environnement. Cela n’est pas impossible, à en croire les scientifiques du GIEC. Certains des types de mesures nécessaires pour limiter le réchauffement à 1,5 °C sont déjà à l’œuvre dans le monde, rappellent-ils, mais il est nécessaire de revoir à la hausse leurs ambitions et d’accélérer le rythme de leur mise en place.

UN DÉFI DE TAILLE

Déployer et amplifier l’impact des solutions technologiques d’ores et déjà effectives est bien sûr un premier pas, mais pour les entreprises le défi demeure bien plus grand : elles doivent créer de la valeur et des emplois sans pousser à une consommation excessive car, faute d’une gestion adéquate des ressources naturelles et notamment des métaux rares, rappelle la Banque mondiale, « un futur fondé sur les technologies vertes […] pourrait ruiner […] les objectifs de développement durable ». C’est pourquoi Forbes Afrique s’associe à Sparknews et à 19 autres grands journaux économiques dans le monde le 3 décembre et pendant les deux semaines de la COP24, pour explorer ces solutions qui réconcilient écologie et économie dans l’opération éditoriale Solutions&Co. Leur réplication à grande échelle peut largement contribuer à atteindre les objectifs que les scientifiques nous fixent pour limiter l’impact du changement climatique. Vous, lecteurs, citoyens, dirigeants, investisseurs, consommateurs, pouvez aussi contribuer à amplifier ces solutions, pour que l’économie de demain devienne véritablement durable.

Le Sénégal met le cap sur le biogaz  et le solaire

Boostées par des programmes nationaux, des initiatives privées permettent au Sénégal de  trouver des alternatives à l’énergie traditionnelle, de  plus en plus rare et chère.

PAR JULIEN CHONGWANG, « FORBES AFRIQUE »

Adams Tidjani, professeur de physique nucléaire à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, dirige une initiative d’installation de biodigesteurs. Ces derniers et les kits solaires font partie des dispositifs déployés pour augmenter la part des énergies propres dans le mix du pays.

Le Sénégal ambitionne de devenir le leader des énergies vertes en Afrique de l’Ouest. L’objectif ? Atteindre 30 % de renouvelable dans le mix énergétique d’ici à 2030. Dans ce contexte, des initiatives privées contribuent à développer notamment deux formes d’énergie propre : le biogaz et le solaire. Ainsi, dans le village de NgueyeNgueye, à quelque 130 km de Dakar, une initiative pilotée depuis 2011 par le Sénégalais Adams Tidjani, professeur de physique nucléaire à l’université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, permet aux populations de remplacer progressivement le bois de chauffe par du biogaz, grâce à la construction de biodigesteurs. Le biodigesteur est une sorte de chambre souterraine qui communique avec les latrines, explique Adams Tidjani. On peut y verser aussi de la bouse de vache, à travers un réservoir situé à l’extérieur et connecté au biodigesteur par des canalisations. De l’eau est ensuite ajoutée et mélangée pour permettre aux excréments de se liquéfier et de s’écouler dans la chambre souterraine. « Il se produit alors une réaction chimique appelée « méthanisation ». Le gaz ainsi produit est canalisé dans les maisons pour alimenter les réchauds et les lampes », décrit l’universitaire. Il suffit ensuite d’ouvrir la vanne d’alimentation et de frotter une allumette pour mettre le feu aux foyers du réchaud ou allumer une lampe à gaz. « Auparavant, je passais plusieurs heures  par jour en brousse pour chercher du bois pour la cuisine. À mon retour, j’étais souvent très fatiguée, relate Diouf Ndiabou, une  des bénéficiaires du programme. Depuis que nous avons le biodigesteur, je gagne beaucoup de temps. Je n’ai plus besoin  d’aller chercher du bois et je cuisine  beaucoup plus rapidement. »

INCITER LES MÉNAGES

Ce programme rejoint un projet plus large intitulé Programme national du biogaz domestique du Sénégal (PNB-SN), mis en place dès 2009 avec l’aide financière du gouvernement des Pays-Bas, qui a l’objectif « d’inciter les ménages ruraux du Sénégal à l’utilisation du biogaz domestique comme combustible de substitution à l’utilisation du bois et du charbon de bois qui sont la cause de la déforestation dans le pays », selon Matar Sylla, le coordonnateur du PNB-SN. D’après le ministère de l’Énergie du Sénégal, « un biodigesteur de 10 mètres cubes produit au moins 2,5 mètres cubes de biogaz par jour. Ce qui permet de subvenir aux besoins énergétiques de cuisson d’un ménage de 10 personnes. Cela correspond à une consommation journalière de 12,5 kg de bois de chauffe ou de 7,5 kg de charbon de bois. » Entre 2010 et 2013, plus de 650 biodigesteurs ont été ainsi construits dans 12 localités du pays. Un autre programme, le Plan Sénégal émergent (PSE), lancé par le gouvernement en 2014, met l’énergie solaire au cœur de sa stratégie. Avec 5,5 kWh/m²/jour, le pays a l’un des potentiels solaires les plus élevés  de la planète, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

PNB-SN. D’après le ministère de l’Énergie du Sénégal, « un biodigesteur de 10 mètres cubes produit au moins 2,5 mètres cubes de biogaz par jour. Ce qui permet de subvenir aux besoins énergétiques de cuisson d’un ménage de 10 personnes. Cela correspond à une consommation journalière de 12,5 kg de bois de chauffe ou de 7,5 kg de charbon de bois. » Entre 2010 et 2013, plus de 650 biodigesteurs ont été ainsi construits dans 12 localités du pays.

LE PARI DE L’ÉNERGIE SOLAIRE

L’une des entreprises qui se distinguent dans ce secteur est la start-up Ilemel Energy Solutions, créée en 2015. « Afin d’exploiter le potentiel solaire des pays d’Afrique de l’Ouest, soit 1 800 kWh/m²/an, nous avons fait le pari de l’énergie solaire pour résoudre la problématique de l’électrification », soutient Vincent NkongNjock, ancien haut cadre de l’Agence internationale de l’énergie atomique et PDG d’Ilemel. L’entreprise offre une solution en particulier aux populations des zones rurales qui ne sont pas couvertes par le réseau électrique classique, à travers la vente de kits solaires qui permettent à chaque ménage  de disposer de l’énergie de façon autonome  ou à travers la construction de réseaux solaires locaux pour l’éclairage public. Les kits solaires pour les ménages coûtent 60 000 francs CFA (environ 102 dollars) et incluent une plaque photovoltaïque, des interrupteurs, des lampes, des fiches de recharge pour téléphone portable et les câbles électriques pour effectuer l’installation. Vincent Nkong-Njock est convaincu qu’une telle solution est aujourd’hui la plus efficace et la plus économique pour les zones reculées en Afrique : « La construction d’un réseau électrique coûte environ 15 millions de francs CFA le kilomètre. Si le village se trouve à 10 km, cela fait 150 millions. Ensuite, il faudra que chaque abonné dépense pour se raccorder au réseau, avant de payer enfin ses factures mensuelles. Or, avec les kits solaires, il n’y a pas de réseau à construire et le consommateur n’a plus à se raccorder, ni de facture à régler, puisque le kit lui revient une fois qu’il l’a acheté. » À ce jour, Ilemel revendique 2,5 MW de capacité installée, dont un total de 3 000 lampadaires photovoltaïques implantés dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. L’ambition du gouvernement sénégalais d’atteindre 30 % d’énergie propre est en  train de prendre corps avec l’énergie renouvelable produite par les quatre centrales solaires photovoltaïques mises  en service ces deux dernières années. Et  en cette fin 2018, le Sénégal n’est pas loin  des 23 %. Ce qui donne du sens à des initiatives comme celle d’Ilemel.

Edition Nov Dec 2018

Pour lire l’intégralité du dossier  COP 24 , rendez-vous à la page 34-50 du numéro 52 Nov Dec 2018, en vente ICI.