Editos et chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

LES GRANDS PAS DU SÉNÉGAL VERS L’ÉMERGENCE

S’il faut éviter de trop s’enthousiasmer face aux avancées significatives que l’on observe du côté du Sénégal sur le plan des performances économiques, on aurait tout aussi tort de ne pas souligner que ce pays est en train de surprendre favorablement.
Ces dernières années, la presse internationale n’a souvent braqué son attention en Afrique de l’Ouest que sur les performances de la Côte d’Ivoire. Cet engouement semble s’être éteint. Aujourd’hui, c’est le Sénégal qui surprend de plus en plus d’experts, sans pour autant enflammer les médias. Ces performances sénégalaises sont mises en évidence dans une récente note confidentielle de l’unité d’analyse du risque pays de BMI Research, une filiale de l’agence de notation britannique Fitch.
Selon les rédacteurs de cette note, les perspectives de l’économie sénégalaise sont prometteuses pour l’année en cours, à la faveur d’une série de facteurs qui ont permis une croissance de 7 %. L’un de ces éléments est l’ouverture du nouvel aéroport international Blaise-Diagne à la fin de l’année dernière, qui devrait contribuer à faire du pays l’un des principaux hubs aériens d’Afrique de l’Ouest. Cet aéroport, qui a coûté 575 millions de dollars, devrait connaître cette année un trafic de 3 millions de passagers, soit le double du vieil aéroport Léopold-Sédar-Senghor en 2016. Le projet de construction d’un port adossé à l’aéroport par DP World va renforcer cette stratégie de hub. BMI Research parie aussi sur une victoire de Macky Sall, le « président réformiste », pour un nouveau mandat en 2019. Et les auteurs de la note ajoutent : « La perspective de poursuivre les réformes économiques en cours va attirer des investissements dans de nombreux secteurs, y compris des projets d’infrastructures, mais aussi dans le domaine du pétrole et du gaz, et dans la Zone économique spéciale [ZES] créée non loin de l’aéroport. » 
BMI Research prévoit un taux de croissance de 7,6 % en 2018 et 7,3 % en 2019. L’un des plus élevés de la région. L’agence ne cache pas son optimisme pour les deux prochaines années, estimant qu’un flux important d’investissements devrait se déverser sur le pays. La ZES offre des conditions fiscales avantageuses aux entreprises qui vont s’y installer et devrait constituer le futur grand pôle de développement industriel du Sénégal. Elle comprendra, outre un parc industriel, des espaces de bureaux, une plate-forme logistique, une zone commerciale et résidentielle, ainsi qu’un complexe touristique.
Ces perspectives économiques sont d’autant plus favorables que le pays va entrer dans le club des producteurs de pétrole et de gaz. Le projet de gaz naturel liquéfié devrait ainsi attirer de nouveaux investisseurs et les autorités sénégalaises entendent faire de leur pays un hub industriel gazier. Le groupe américain Kosmos a en effet confirmé la découverte d’un important gisement, Yakaar-1, qui représente environ 425 milliards de mètres cubes.
Parmi les arguments que BMI Research avance pour justifier son optimisme, il y a aussi l’amélioration significative de l’environnement des affaires. Macky Sall s’active à appliquer le Plan Sénégal émergent, dont la philosophie est notamment de renforcer la bonne gouvernance. La volonté politique affirmée de conduire les réformes jusqu’au bout et ces prometteuses perspectives conduisent la filiale de Fitch à estimer que cela va encourager les groupes internationaux à s’engager pour des investissements à long terme. Ce qui est déterminant, car le Sénégal est très endetté. Ce flot d’investissements en capital permettrait au gouvernement de ralentir, voire de réduire, la courbe de l’endettement. Entre 2007 et 2016, celle-ci est passée de 23,8 % du PIB à près de 60 %.
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