Editos et Chroniques La chronique de Gaston KELMAN

Mai de Marie Notre Dame !

Devant certains événements, il ne reste que le silence ou l’évasion vers l’irrationnel. Car toute analyse logique devient vide de sens. C’est ce que j’ai ressenti en voyant se consumer la cathédrale NotreDame de Paris.

Le temps est passé. Le calme est revenu. C’est le moment pour un petit retour en arrière. Les flonflons des experts en tout genre se sont tus et je m’interroge. Que nous apprenaient les propos compassés ou pompeux de la horde de spécialistes qui sont venus nous raconter avec emphase une histoire que les enfants de l’école primaire connaissent : celle de Notre-Dame des couronnements et des funérailles des rois, du sacre de Napoléon, du recueillement du général de Gaulle… J’aurais tant aimé n’entendre que le silence.
Mais il y a eu autre chose. Je n’oublierai pas de sitôt. Je suis resté des heures à regarder ce spectacle. L’homme pleurait le départ en fumée d’une merveille d’architecture. Le chrétien était meurtri au plus profond de son être par l’autodafé du sanctuaire. Jésus avait prophétisé celui du temple de Jérusalem. Maigre consolation certes ! Mais de NotreDame de Paris, nous n’attendions point ces images tragiques.
Alors, j’ai été sauvé par l’évasion vers des questionnements irrationnels. Pourquoi avons-nous inauguré la Semaine sainte avec
un incendie aussi symbolique que spectaculaire ? Pourquoi la flèche de la cathédrale a-t-elle été le premier symbole attaqué par le feu ? Pourquoi son effondrement semblaitil se dérouler au ralenti ? Comment expliquer qu’aucune œuvre d’art, aucune relique, n’ait été détruite par la rage dévastatrice du feu ou les flots impétueux des extincteurs ? Pourquoi le panache de fumée était-il si blanc ?
J’ai pensé au Mont des Oliviers de Vigny. Parce que je savais que le ciel répondrait à mes questions par son éternel silence. Et moi, avaisje les moyens d’opposer le dédain à l’absence et au silence de Dieu ? Et si comme beaucoup l’ont suggéré, et les Africains en particulier, toujours à la pointe des d’interprétations mystiques – l’émotion étant nègre –, l’incendie de Notre-Dame était comme un coup de tonnerre, un assourdissant appel à l’ordre de la Divinité, face aux dérives de l’Église, de la France sa fille aînée et du monde en général. Le saurons-nous jamais !
Humaine consolation, nous nous félicitons de l’élan de générosité des riches pour que la ruine de NotreDame soit de courte durée. J’ai dit bravo. J’ai pensé dans une perspective plus profane à Kirk Kerkorian, le magnat américano-arménien qui offrit 170 millions de dollars à l’Arménie pour l’aider à se relever d’un tremblement de terre. Il y en eut bien d’autres, en Arménie ou ailleurs, comme il s’en est manifesté pour la reconstruction de Notre-Dame.
Peut-être n’ai-je convoqué ce malheur que pour louer l’élan de générosité qui s’en est suivi. Il y a eu des polémiques que je ne qualifierai pas. Je n’aime pas dire du mal de mes frères humains. Peut-être n’ai-je évoqué cette générosité que pour m’interroger sur la réaction de ces Africains nantis face aux diverses catastrophes qui frappent le continent : pandémies multiples du sida à Ebola ; catastrophes naturelles comme ces récentes inondations en Afrique australe ou les sécheresses ici et là ; folies des hommes… Peut-être suis-je passé à côté de somptueux élans de générosité et de solidarité. Peut-être pas…