Editos et Chroniques La chronique de Gaston KELMAN

Mais puisque l’Amérique  vous dit qu’elle est bien morte !

L’humanité a été victime de crimes innommables. Chaque fois, on a dit : «‑Plus jamais ça.‑» Puis on a recommencé. Il fallait trouver une solution universelle et permanente contre les monstres à visage humain. Alors en 1998, avec le traité de Rome, on a créé la Cour pénale internationale (CPI).

Cette juridiction est chargée de juger les personnes accusées de génocide, de crimes contre l’humanité, de crimes d’agression et de crimes de guerre. On a dit bravo, en se posant quand même quelques questions. Pourquoi seulement 123 parmi les 193 États membres de l’ONU ont-ils ratifié ce traité? Les 70 autres sont-ils infaillibles ou intouchables? Bénéficient-ils d’une quelconque immunité? La question revêt tout son sens quand on sait que ni les États-Unis ni la Russie ne l’ont ratifié et que les deux plus grandes nations démographiquement, la Chine et l’Inde, ne l’ont même pas signé.

Qu’à cela ne tienne. La CPI resterait puissante même contre ces récalcitrants. Certes pas totalement, mais on se contentera de ce peu. En effet, notre Nuremberg permanent, dit-on, «‑peut en principe exercer sa compétence si la personne mise en accusation est un national d’un État membre, ou si le crime supposé est commis sur le territoire d’un État membre, ou encore si l’affaire lui est transmise par le Conseil de sécurité des Nations unies‑». Ainsi, la Chine, les États-Unis, l’Inde et leurs citoyens ne sont pas à l’abri des foudres de la juridiction. Et si un Yankee s’en va faire le zouave en pays signataire du traité, il risque gros, qu’on se le dise!

Seulement voilà, l’administration Trump a jugé nécessaire de mettre les choses au clair et de renvoyer ce «machin» – comme aurait dit mon général – à sa réalité. Les ÉtatsUnis ont menacé de sanctions tout «CPIste» qui oserait s’en prendre «‑à des Américains, à Israël ou à d’autres alliés de Washington‑». Pour l’Amérique, la CPI est tout simplement «‑inefficace, irresponsable et carrément dangereuse‑».

On se souvient que la procureure de la CPI, l’implacable Fatou Bensouda, avait claironné en novembre 2017 qu’elle allait demander aux juges l’autorisation d’ouvrir une enquête sur des crimes de guerre présumés commis dans le cadre du conflit afghan, notamment par l’armée américaine. Mais l’Amérique exclut toute coopération avec la CPI et toute idée d’adhésion. «‑Nous n’allons pas coopérer avec la CPI, nous n’allons pas lui fournir d’assistance, nous n’allons pas adhérer à la CPI. Nous allons laisser la CPI mourir de sa belle mort‑», et en guise d’estocade, «‑pour nous, la CPI est déjà morte‑». On ne peut être plus clair.

À quoi sert la CPI maintenant que nous savons qu’elle est «‑inefficace, irresponsable et carrément dangereuse‑»? Ne mettons pas les formes là où personne ne les met plus. Puisque personne ne prend ce machin au sérieux, la presse n’hésitant plus à trouver ses sentences iniques, puisque l’Amérique qui gendarme l’humanité a écrit son acte de décès, je pense  que nous devons l’enterrer. Et puisque son gibet plus que moyenâgeux était quasi exclusivement dressé pour l’Afrique, il appartient à l’Afrique de la jeter dans la fosse commune de ces initiatives qui l’ont souvent desservie. Mais aussi qu’elle se fasse enfin vigilante, pour qu’il ne s’en dresse  pas une autre à la place de celle-ci.