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Mohombi, figure de proue africaine dans l’univers de la musique

La trentaine débutante, Mohombi peut se targuer de déjà posséder une solide reconnaissance, notamment grâce à des collaborations avec de grands noms de la scène internationale. Portrait d’un jeune artiste talentueux qui, parti de rien, a réussi à se faire une place dans le monde de la musique.

© MOHOMBI

S’il vous arrive d’écouter la radio, de rechercher une chanson sur les nombreuses plateformes de streaming existantes telles que Spotify, voire de naviguer sur un site d’hébergement de vidéos en quête d’un air aux infl uences africaines, il y a de fortes chances pour que vous tombiez sur une mélodie composée par l’artiste aux ascendances suédoises et congolaises Mohombi.
Depuis 2011 en effet – année de la sortie de son premier album intitulé MovemMeant –, plusieurs de ses chansons se sont imposées au sommet des charts et ont parfois inclus des poids lourds de l’industrie musicale. Une industrie qui a pesé en 2018 «pas moins de 19,1 milliards de dollars, grâce notamment à l’envolée de l’utilisation du numérique qui représente plus de 59% des revenus», selon les chiffres publiés par la Fédération internationale de l’industrie phonographique. Par exemple, son premier single Bumpy Ride, sorti en 2010, a trôné dans le top 10 des classements de plus d’une dizaine de pays à travers le monde. Et il a connu un succès planétaire visionné par plus de 185 millions de personnes rien que sur YouTube. Cependant, la réussite internationale n’a pas été tout de suite au rendez-vous. Elle est le fruit d’un dur labeur influencé par un amour inconditionnel de la musique, découverte très tôt dans sa vie.

UNE FORMATION MUSICALE

«Déjà à l’âge de 7 ans, explique Mohombi, je rêvais en regardant le plafond au-dessus de mon lit que je chantais sur scène devant des millions de personnes.» Poursuivant le désir de pouvoir un jour arpenter les planches de salles de concert renommées, il s’inscrit au Rytmus Gymnasium avant de poursuivre des études au conservatoire de musique de Stockholm, d’où il sort avec une licence en chant et en musique. C’est durant cette période de formation qu’il fait ses premiers pas sur scène dans une production suédoise revisitant le spectacle mondialement connu, Wild Side Story. En 2003, avec son frère Djo Moupondo, alias DJ Djo, il met sur pied le groupe Avalon, qui se revendique «afro-viking» : un clin d’œil à leurs origines culturelles, tant africaines par leur père que scandinaves par leur mère.
Rythmé par un mariage de diverses tendances, comme le hip-hop et l’afrodance, Avalon, explique l’artiste, «produit plusieurs chansons et participe gratuitement à des centaines de concerts pour gagner en visibilité et se frayer un chemin dans ce secteur». Une période qui n’a pas automatiquement engendré le succès escompté, mais qui lui a appris, souligne Mohombi, que «s’entourer de personnes qui se soucient vraiment de toi est un des éléments majeurs de la réussite». Car, ajoute-t-il, «c’est dans ces moments où aucune porte ne s’ouvre, où l’on perd espoir et on pense à laisser tomber, que le soutien de ces gens permet de continuer à avancer.»
Grâce à cet appui, il lance avec Avalon d’autres titres et rencontre un succès non négligeable à l’échelle locale et africaine. Ainsi, les compositions Le monde bouge et Mama Africa leur valent de remporter plusieurs récompenses. Parmi celles-ci, le prix du meilleur groupe de la diaspora Europe/ Caraïbes lors des Kora All-Africa Music Awards. Il s’agit d’un événement qui attribue des récompenses aux artistes du continent suivi par près de «720 millions de téléspectateurs répartis dans 82 pays à travers le monde entier,» peut-on lire sur le site les organisateurs. Des gratifications qui augmentent la visibilité du groupe auprès du public africain et contribuent parallèlement à l’accroissement des ventes de sa musique sur le continent. Ainsi, indique le site spécialisé en musique Afrisson, en décembre 2004, l’album Excalibur, premier disque d’Avalon distribué en Afrique, est vendu à plus de 50000 exemplaires en Afrique centrale. En 2008 toutefois, le groupe se dissout et Mohombi entame une carrière solo, avant de partir s’installer à Los Angeles aux États-Unis, où il fera une rencontre déterminante pour la suite.

© MOHOMBI

CRÉATIVITÉ ET ÉCRITURE

Alors qu’il vit dans un building habité par de nombreux Suédois, l’un d’entre eux décide de le présenter à Nadir Khayat, alias RedOne. Celui-ci est un producteur d’origine marocaine de chansons de célébrités planétaires telles que Lady Gaga. Il est propriétaire du label 2101 Records, lancé en 2011 en joint-venture avec Universal Music Group. Une rencontre au cours de laquelle, révèle Mohombi, «il a instantanément compris ce que j’étais et, au lieu de vouloir changer mon art musical, a souhaité que ce dernier s’exprime par lui-même afin d’en tirer le meilleur». En un clin d’œil, l’artiste rejoint la famille de RedOne où il affûte en profondeur sa créativité musicale en, mentionne-t-il, «contribuant à la mise sur pied de chansons pour des artistes comme Michael Jackson, Lionel Richie, Jennifer Lopez, Rihanna, voire Usher, auprès du réalisateur artistique numéro 1 au monde.»
En parallèle, il écrit des chansons pour lui-même et lance ainsi en 2010 le hit Bumpy Ride. Propulsé sur le devant de la scène mondiale et réalisant son rêve d’enfance, il enchaîne les titres avec une stratégie qui caractérise, en partie, sa réussite : «Devenir sans cesse meilleur tout en restant fidèle à soi-même», confie Mohombi. Très vite, ses performances artistiques et ses tubes suivis par des millions de fans, comme Dirty Situation et Coconut Tree – chansons issues de son premier album –, lui valent une reconnaissance à l’échelle internationale, comme en témoigne sa nomination aux prestigieux MTV Europe Music Awards.

ACTIVITÉS ENTREPRENEURIALES

En 2014, il quitte Universal Music pour fonder son propre label, La Clique Music, à travers lequel il poursuit le lancement de nouveaux albums et de nouvelles musiques en collaboration avec des musiciens comme
Shaggy, Pitbull et Arash, toujours avec du succès et des nominations à la clé. Par ailleurs, il s’embarque dans une aventure entrepreneuriale africaine, notamment sur la terre qui l’a vu naître, la République démocratique du Congo. Ainsi, il y fonde en 2018 une station de radio baptisée UFM, qui devient la plus écoutée de Kinshasa. Et il ne s’arrête pas là : «Ma société d’édition vient de mettre sur pied une application de musique en streaming nommée Muska, laquelle proposera du contenu local et international», révèle-t-il.

Toujours avec son entreprise La Clique Music, il se consacre aussi au développement de chanteurs locaux. «Je suis convaincu que la RDC est un réservoir abondant et inépuisable de talents et qu’il faut mettre en place les outils adéquats, comme réguler les droits d’auteur, afin d’optimiser cette richesse», explique-t-il. En ajoutant que, peut-être plus qu’ailleurs, «la musique est consommée à chaque coin de rue. Comment cela se fait-il que la plupart des compositeurs vivent dans la misère?» Une question et un paradoxe qui méritent certainement une réponse.