Editos et Chroniques La chronique de Nadia MENSAH-ACOGNY

MOÏSE

Ingénieur agronome diplômé de l’École nationale supérieure d’agronomie de Grignon, Moïse Christophe Mensah n’a connu que le sommet de la pyramide : DG de la Société nationale de développement rural (Sonader) à 29 ans, ministre de l’Agriculture à 32 ans, directeur de la FAO pour l’Afrique à 33 ans, vice-président et secrétaire exécutif du Groupe consultatif sur la production alimentaire à la Banque mondiale, puis président adjoint du Fonds international de développement agricole (FIDA).

Après avoir pris une part active dans la Conférence nationale au Bénin, il est conseiller du président, candidat aux élections présidentielles, ministre des Finances, conseiller du président de la BAD, conseiller du DG de la FAO, membre du conseil d’administration de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) sur invitation de son ami Kofi Annan, président du Service international pour la recherche agricole nationale (ISNAR), président du Centre international pour l’élevage en Afrique (CIPEA), président fondateur du parti politique IPD au Bénin, haut commissaire à la gouvernance concertée nommé sur haute recommandation des Nations unies, initiateur du Conseil national du dialogue social et de la coalition nationale pour la paix, commandeur national de l’Ordre du Bénin, pour ne citer que l’essentiel…
Grand professionnel dont la capacité de travail et l’éthique sans faille fascinaient, Moïse Christophe Mensah fait partie de ces hommes d’exception, inoubliable parce qu’il a touché tant de vies, marqué tant d’individus. J’ai fait sa connaissance à ma naissance. Silhouette élancée, svelte, élégante. Visage souriant, regard apaisant, voix douce… Ce fut le coup de foudre! Toute ma vie, il a été mon meilleur ami, mon conseiller, mon confident.
Quel immense privilège que cette complicité qui nous unissait! Je trouvais naturels les hautes fonctions qu’il occupait, ses innombrables voyages, le nombre incalculable de personnalités qu’il connaissait et qu’il recevait. Internationalement reconnu et respecté, Moïse prenait honneurs et biens matériels avec détachement, leur préférant l’humilité et la foi… Vivre auprès de cet homme illustre et sobre nous faisait parfois oublier sa dimension et croire qu’il était éternel. Jusqu’à ce fameux 1er juillet où la Grande Faucheuse est venue le chercher. La sournoise avait déjà fait quelques tentatives que nous avions déjouées, oubliant naïvement sa ténacité.
Elle s’en vint donc à l’improviste emporter notre Baobab, nous laissant désemparés, dévastés, hagards, provoquant une onde de choc parmi ses proches. Ses amis, ses collègues, ses collaborateurs, ceux qui l’ont croisé, connu, aimé, ceux qu’il a aidés, promus, soutenus, sont venus nombreux lui rendre un dernier hommage et témoigner des bienfaits de cet homme extraordinaire qui, en toute discrétion, a si généreusement accompli tant de belles choses. Alors, nous avons compris que notre patriarche Moïse Christophe Mensah était encore plus attentionné, plus humble, plus impressionnant que nous ne le pensions. Son destin a été d’agir, de rassembler, de transformer, de créer. Il nous laisse en héritage ses valeurs de partage, d’amour, de travail, de justice, de respect, de mérite et un sens aigu de la famille. «Daddy», repose éternellement en paix.