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Moustapha Sy Ndiaye : « MARAZ redonne à la maroquinerie ses lettres de noblesse africaine »

Moustapha NDIAYE ©Ibrahima Traore IKT Photography (1)

À travers sa maison de maroquinerie haut de gamme MARAZ (acronyme de « La Mode Africaine Revalorisée de A à Z »), créée en 2017, le Sénégalais Moustapha Sy Ndiaye souhaite valoriser l’industrie du cuir au Sénégal et en Afrique. Un savoir-faire ancestral qu’il remet au goût du jour en intervenant sur toute la chaîne de valeur, de la conception à la formation.

Par Hawa Sidibé

FORBES AFRIQUE : Moustapha, qu’est-ce qui vous a amené à vous intéresser à la maroquinerie ?


Moustapha Sy Ndiaye : L’aventure est née d’une passion pour la chaussure et le cuir, et l’art et l’esthétique en général. Mon père est artiste peintre sous-verre et j’ai été bercé dans un environnement artistique dès le plus jeune âge. Néanmoins, ayant toujours eu le désir de fonder mon entreprise, je me suis orienté vers des études de gestion-comptabilité, avant de me spécialiser dans la gestion de projet et création d’entreprise (pur produit de l’école sénégalaise, Moustapha est aussi détenteur d’un Master 2 en Communication, créativité et technologie, NDLR).

C’est ainsi qu’en 2018, bénéficiant de l’accompagnement de la DER/FJ (Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes), MARAZ Origins a pu voir le jour. Comment a évolué la société ? Comment se porte-t-elle aujourd’hui ?

M. S. N. : Depuis 2012, j’avais déjà commencé à travailler en tant que sous-traitant dans la conception de chaussures. J’ai pris le temps de concevoir et construire mon projet et voyagé dans plusieurs pays, notamment au Maroc et en Turquie, pour découvrir les différentes techniques de travail du cuir. J’ai suivi des formations complémentaires pour parfaire mes compétences entrepreneuriales avant de me consacrer à plein temps à MARAZ, lors de son lancement en 2017. Alors en phase d’amorçage, nous avons sollicité la DER/FJ, ce qui nous a permis d’ouvrir notre atelier et une boutique à Mermoz-Sacré-Cœur (l’une des 19 communes d’arrondissement de Dakar, NDLR). MARAZ s’est ensuite développée au fil des années : de 4 employés à nos débuts, nous sommes passés à 15 aujourd’hui et notre capacité de production, qui était de 3 000 articles par an en 2017, s’éleve à plus de 15 000 articles en 2022. Cette année, nous avons ouvert notre première boutique à Abidjan, nous vendons désormais au Sénégal, en Côte d’Ivoire et à l’international grâce à notre site e-commerce. Nous faisons également de la sous-traitance pour 9 autres marques, dont 5 à Dakar, 2 à Abidjan et 2 à Paris. Nous utilisons du cuir de vachette et des peaux exotiques pour le très haut de gamme, mais aussi du cuir de poisson ou galuchat, afin de contribuer à l’économie circulaire et responsable. Des accessoires en textile ou matériaux africains nobles accompagnent aussi certaines de nos collections. Notre gamme va des chaussures aux sacs à main et de voyage, en passant par la petite maroquinerie : derrière chaque création se cache une histoire ancestrale, d’identité de nos peuples, un chemin retracé jusqu’à nos royaumes africains des siècles passés… Des formes, des couleurs, des objets qui font de nos traditions un véritable souffle d’inspiration. Avec MARAZ, la maroquinerie porte un message.

Plus qu’une entreprise, MARAZ a vocation à contribuer à valoriser l’industrie du cuir au Sénégal et en Afrique. Pourquoi et comment ?

M. S. N. : MARAZ est née d’un profond désir citoyen de créer de la richesse et de la valeur à travers le partage, l’innovation et la créativité. C’est avant tout un plaidoyer en faveur de la structuration de la chaîne de valeur du cuir et l’industrialisation de ce secteur, que j’ai notamment eu la chance de porter auprès du Président du Sénégal à plusieurs reprises, afin que le secteur devienne plus attractif et crée davantage de richesses et d’emplois pour la jeunesse sénégalaise et africaine. C’est aussi un plaidoyer pour la formation et le transfert de compétences. Nous développons actuellement un projet de création d’un centre de formation professionnelle dédié, la M Academy, qui sera opérationnel dès 2023 pour former les futurs professionnels du secteur au Sénégal, en Afrique, mais également dans les territoires français d’outre-mer. Pour mener à bien ce projet, nous sommes en collaboration avec le Bureau international du travail (BIT), la GIZ (Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit, l’agence de coopération internationale allemande pour le développement, NDLR) et l’IFC (l’International Finance Corporation, ou Société financière internationale : une organisation du groupe de la Banque mondiale consacrée au secteur privé, NDLR). Aujourd’hui, nous entamons une phase de levée de fonds historique dans le secteur de la maroquinerie au Sénégal. Un apport qui devrait nous permettre de passer à l’échelle industrielle d’ici 2023, grâce à l’accompagnement de partenaires techniques et institutionnels parmi lesquels figurent la DER/FJ, l’ADEPME (l’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises, NDLR) et la BNDE (Banque Nationale pour le Développement des PME). Nous devons avoir cette approche holistique si l’on veut construire une industrie du cuir durable sur le continent.



Crédit- photo : Ibrahima Traore

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