Portrait

Mwanza Singoma, reprise de l’entreprise familiale

A la tête de Shenimed depuis plus de cinq ans, Mwanza Singoma veut faire de cette entreprise la référence dans l’import-export des produits issus du tabac et un modèle de réussite familiale en République démocratique du Congo.

AFP

Enfant, Mwanza Singoma, baigne dans un environnement où il est au contact quotidien des affaires. Notamment auprès de sa mère qui, pourtant, n’a pas fait de grandes études. « Elle est capable d’expliquer en quelques mots et simplement les rapports des cash-flows et les grandes théories économiques », raconte-t-il. En effet, dans les années 80, Mwanza Singoma voit ses parents prospérer en affaires dans la province du Sud-Kivu – dans l’est de la République démocratique du Congo. Leur principal business : le tabac. Ils font de l’import-export et construisent une usine à Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu, pour fabriquer leurs produits. Leur société Uzabuco – United Zaïre business compagny – s’impose durant ces années et gagne en renommée. Ils emploient alors 250 personnes, disposent de plus de 600 hectares de plantation et du matériel moderne à la pointe de la technologie pour maîtriser la chaîne de leur production. Ils mettent tout en œuvre pour suivre la production des feuilles de tabac des champs au produit fini. Sportsman, leur produit phare, est lancé dans ces années-là. Il est d’ailleurs encore présent aujourd’hui sur les marchés congolais. En plus de la production du tabac dans la plaine de la Ruzizi, ses parents se lancent aussi dans le transport maritime. Leurs bateaux assurent des traversées sur le lac Kivu. Ils disposent également de leur propre flotte aérienne. Début 1995, la sœur aînée de Mwanza Singoma, Shenila Mwanza, crée Shenimed, entreprise familiale spécialisée dans l’import-export des produits issus du tabac. Mwanza y est actionnaire mais pas encore actif. Il finit ses études de génie civil, à Boston, aux Etats-Unis. Pendant plus de dix ans, Shenila tient les rênes de l’entreprise. L’expérience florissante des années 80 tourne court avec la guerre de libération dans l’est du Congo en 1996. « Pendant cette guerre de Laurent-Désiré Kabila et de l’Alliance de forces démocratiques pour la libération du Congo, tout a été saccagé. Le matériel d’une valeur de plus d’une dizaine de millions de dollars réduit à néant. Les avions des parents, eux aussi pillés, sont restés cloués au sol », se souvient Mwanza Singoma.
Passage de flambeau
Alors que les affaires familiales sont au plus bas et que l’est du Congo est fortement instable – situation post-conflituelle –, Mwanza Singoma, qui vient de finir ses études d’ingénieur dans le Massachusetts, décide de rentrer au pays où, pourtant, rien ne l’attend. Mais à peine arrivé, il s’envole pour Nairobi, la capitale kényane, pour tenter une nouvelle expérience… L’ingénieur, s’inspirant du modèle parental lance un business dans le domaine qu’il connaît bien : celui du tabac. « Sur place, j’ai monté un bureau d’études sur le lancement d’un produit : The Best – une nouvelle marque de cigarettes. Tout était prêt pour le lancement à Nairobi. Mais, à la dernière minute, on s’est rendu compte qu’on avait négligé un aspect important lié aux taxes, qui protègent le marché local du tabac », raconte-t-il. Plutôt que de lancer un produit hors de prix à Nairobi, le matériel promotionnel et les produits arrivés au port de Mombassa sont redirigés vers la République démocratique du Congo. « J’avais l’avantage d’avoir mené les études détaillées au Kenya. Ce qui me préservait de mauvaises surprises au Congo », explique-t-il. Le lancement du produit est confié à Shenimed, société tenue alors par sa sœur aînée, et s’avère une réussite. Quelque temps après, Mwanza Singoma répond à l’appel de sa sœur pour la rejoindre dans cette société où il est actionnaire. En 1998, elle lui cède la place. Shenila Mwanza, qui est devenue députée, doit se rendre à l’Assemblée nationale à Kinshasa, néanmoins elle conserve le rôle de conseiller dans la société. Mwanza place d’emblée l’entreprise dans la dynamique de l’essor en revoyant le management ainsi que le circuit de distribution de la société.
Une implication totale
A peine arrivé dans l’entreprise, Mwanza Singoma prend la tête de la direction marketing et commerciale. A Bukavu, il modernise et restructure la société pour l’orienter vers la grande distribution. Le futur chef d’entreprise fait ses armes sous l’œil avisé de ses parents. L’entreprise propère, affichant une croissance annuelle de 30 % . « J’ai pris des risques dans des coins perdus du Congo, dormi dans des huttes pour tisser le réseau qui fait aujourd’hui la réussite du Shenimed », raconte-t-il. Sportsman, par exemple, sa longévité tient à la stratégie commerciale qu’il a mis en place. « Comme directeur commercial et marketing, avec une équipe de quatre personnes, nous avons construit un grand réseau de distribution. Je passais certaines nuits en brousse, dans des coins reculés, pour trouver des bons distributeurs de nos produits », se souvient Mwanza Singoma. Shenimed compte aujourd”hui 400 employés sur l’ensemble de la République démocratique du Congo. L’entreprise paye un impôt annuel de près de 30 millions de dollars pour un chiffre d’affaires de plus de 65 millions de dollars. A 42 ans, le jeune chef d’entreprise s’emploie à poursuivre une histoire à succès, entamée par ses parents. « Beaucoup de grandes entreprises que l’on connaît dans le monde ont commencé comme des entreprises familiales. Aujourd’hui, on ne fait plus référence aux familles en question. On ne parle plus des liens entre ces sociétés et les familles qui les ont lancées. C’est cela mon objectif et ma vision en affaires », ambitionne Mwanza Singoma, directeur général du Shenimed, leader dans l’importexport des produits issus du tabac en RDC. 
Un champ de vision élargi

Depuis 2008, Mwanza Singoma est à la tête du Shenimed et poursuit son ascension. Sur les traces de ses prédécesseurs, Mwanza Singoma a un penchant pour la diversification des activités, notamment l’aviation et le transport maritime. « Nous avons déjà lancé le vol test de notre DC 3 turbo 5 tonnes à Ndolo (aéroport de Kinshasa). La compagnie va assurer les vols intérieurs, là où des villes reculées ont des petites pistes adaptées aux avions type DC3. Nous n’allons pas seulement faire le transport des marchandises. Nous transporterons aussi des produits et biens humanitaires », précise-t-il. Avec rigueur et raison, Mwanza Singoma élargit toujours un peu plus son champ de vision. « Nous allons bientôt investir dans les travaux publics et la construction. Un cabinet est déjà mis sur pied. » Pour lui, le secteur de la construction au Congo devrait s’orienter vers l’édification des œuvres qui font la fierté des grands ingénieurs.

C’est en manager avisé, pragmatique et dynamique que Mwanza Singoma coordonne le tout. Pas de recettes magiques. « Je m’adapte aux différentes situations qui se posent en entreprise. Aussi, je tiens compte des personnes en présence et de la taille des équipes à gérer en fonction de leurs capacités et aptitudes », analyse-t-il. Mwanza Singoma dit ne pas avoir peur de se lancer dans des nouveaux secteurs. Le chef d’entreprise avoue ne pas s’embarrasser de considérations autres que celle de réussite. « Je ne me préoccupe pas de ce qui pourrait ne pas aller en affaires. Chaque année, je travaille les projets avec autant de sérieux et je me donne toutes les chances. Après on passe à la phase d’application. » La recette a fait ses preuves  !