Portrait

Nollywood TV, la télévision 100 % Nollywood en français

Nollywood TV, c’est la télévision dédiée en ligne au cinéma nigérian. Depuis plusieurs mois, ses programmes rencontrent un franc succès auprès des abonnés francophones.

Crédits / Nollywood TV

A l’écran, quelques extraits des films qui seront diffusés prochainement. Chaque jour, un nouveau long métrage est proposé aux abonnés de la chaîne en ligne. Le tout en français sans sous titrage. Bienvenue sur Nollywood TV. Elle se présente comme « la chaîne de fiction africaine» et propose « le meilleur des films Nolywood ». Lancée en France il y a à peine un an, en octobre 2012, Nollywood TV se taille déjà une place dans l’univers des médias en ligne. « Il y a plus de quatre ans, nous avons lancé le “bouquet africain” en France chez les opérateurs ADSL et câble, avec les grandes chaînes publiques et privées d’Afrique francophone, se souvient Clémentine Tugendhat Egasse, directrice des contenus de Thema TV, en charge du projet Nollywood TV. Face au succès du bouquet, nous nous sommes demandé quel genre de chaînes manquait pour satisfaire nos abonnés. »
L’idée d’une chaîne dédiée aux films africains s’est imposée, et le cinéma nigérian, l’un de plus productifs du continent, est apparu comme une évidence. Déjà, les films nigérians rencontrent le succès dans plusieurs grandes capitales africaines. A Kinshasa par exemple, à certaines heures de la journée, les chaînes de télévision rivalisent de créativité pour commenter les films nigérians en lingala, une langue locale. Les téléspectateurs sont scotchés à l’écran pour suivre ces productions qui jouent sur différents registres. Amour, drame et action, mais aussi scènes de la vie quotidienne, tout y passe. Bien avant les films nigérians, la série Ma famille (Côte d’Ivoire), avec le duo Bohiri et Michel Gohou, avait séduit un large public, même parmi ceux sachant à peine parler français. Elle faisait suite à une autre série comique à succès, Les Bobodiouf (BurkinaFaso), avec Siriki et Souké. Des productions différentes, toutes africaines. Un bon vivier. 
Le marché de la diaspora

Clémentine flaire l’opportunité d’une offre des fictions africaines pour une diaspora qui garde parfois contact avec le continent par ses films et ses pièces de théâtre. L’ancienne journaliste d’iTélé, RMC et Endemol a vu juste. Depuis le lancement de la chaîne, les audiences ne font que grimper. Les indicateurs positifs poussent l’équipe de Nollywood TV à peaufiner son offre et à diversifier ses partenaires. « Aujourd’hui, la chaîne est disponible chez Free, SFR et Orange. En Afrique, Nollywood TV est accessible sur Canalsat Afrique. Très prochainement, elle le sera sur Numéricable et Bouygues », annonce Clémentine. L’offre rencontre la demande.

Clémentine Tugendhat Egasse a développé le sens des a aires grâce à ses formations complémentaires. Elle est titulaire d’un diplôme de marketing de Paris Dauphine et a étudié le management à Singapour. En plus de la dizaine de chaînes que comptait déjà le bouquet africain, Clémentine Tugendhat Egasse et son équipe vont démarcher et convaincre MNET, groupe sud-africain, d’intégrer la production du Nigeria. Un accord est signé pour l’achat d’une bibliothèque de 750 heures de films Nollywood et plus de 260 nouveaux longs métrages chaque année. A la place du sous-titrage, l’option du doublage est préférée. « Plusieurs mois ont été nécessaires pour doubler les programmes en français, mettre en place la régie de diffusion et réaliser l’habillage, raconte-t-elle. Les films Nollywood n’étaient jusqu’ici di usés qu’en anglais. Cela limitait l’ouverture au public francophone. Le doublage est aujourd’hui réalisé en France par le studio Cinékita. Nous avons délibérément choisi un partenaire français, afin d’être sûrs d’avoir un travail de qualité. » Au total, le bouquet compte 18 chaînes de télévision.

Un cinéma peu représenté

L’idée de Nollywood TV pour un public francophone vient du fait que ce cinéma africain est peu représenté en France et pas assez ouvert au grand public. « Il existe bien sûr quelques événements, qui prennent un peu plus d’ampleur chaque année (comme Africajarc par exemple, ou la Nollywood Week créée cette année). Mais cela reste très mince par rapport à Hollywood, reconnaît Clémentine. Le cinéma étranger est peu représenté. Bollywood commence à faire sa place depuis quelque temps. Espérons que Nollywood en fasse autant. » Il faudra attendre les retombées de cette première Nollywood Week et l’effet qu’elle va produire sur les nombreux cinéphiles parisiens.

Et quand on interroge Clémentine Tugendhat Egasse sur le modèle de financement de cette télévision à l’heure du téléchargement gratuit, elle explique : « L’économie d’une chaîne thématique basée uniquement sur des revenus publicitaires est aujourd’hui extrêmement compliquée, vu le contexte économique mondial. Il ne serait donc pas financièrement viable de passer Nollywood TV sur un modèle gratuit. Je ne sais pas si la diffusion payante est l’avenir de Nollywood, mais en tout cas, pour produire une chaîne de qualité, il est aujourd’hui nécessaire d’avoir une source de revenus. »