Enquête

Ovamba Solutions La fintech pose ses valises à Douala

Cette start-up, qui s’appuie sur les technologies de l’information pour vendre des services financiers et capter les exclus des institutions bancaires et ceux de la finance classique, a vu le jour aux Etats-Unis il y a trois ans. Aujourd’hui, Ovamba est présente à Douala. Viola Llewellyn, directrice générale d’Ovamba Cameroon, nous explique la vision et les perspectives de cette plateforme de mise en relation.
Viola Llewelyn, CEO d’Ovamba Cameroon, a longtemps travaillé dans le marketing, notamment pour la filiale d’IBM au Royaume-Uni. En 1992, elle s’installe aux Etats-Unis et travaille dans l’industrie publicitaire, puis rejoint KPMG/Bearing Point comme consultante pour les services publics. Elle est débauchée par son chef de division qui vient lui-même d’être recruté par le cabinet Unisys Corporation. Avec Unisys Corporation, elle participe à la gestion d’un programme international de formation auquel sont inscrits 4 000 employés originaires de tous les pays. Recrutée par le fonds Life Settlement, spécialisé dans les actifs d’assurance vie, Viola Llewellyn fait ses premiers pas dans l’univers de la finance. Elle contribue au développement de la société qui, à son apogée, compte 40 employés et gère des actifs pour une valeur de 600flmillions de dollars. Mais le beau château s’effondre en 2008 avec la crise financière. Viola Llewellyn décide alors de se lancer à son compte.

En 2009, elle rencontre Marvin Cole. Après des missions sur le continent, Llewellyn et Cole constatent l’existence d’obstacles pour les PME africaines pour accéder au financement… « Nous avons estimé que le meilleur business model pour l’Afrique serait celui qui répondrait au problème le plus sensible, en l’occurrence celui du financement et de l’accès au capital pour les PME », se souvient-elle.
Ovamba est une plateforme de mise en relation entre des entrepreneurs, en quête de financements, et des investisseurs ou prêteurs potentiels, en quête de placements. En somme, c’est un marché en ligne de la dette et du crédit, destiné exclusivement aux PME africaines. Viola Llewellyn résume en quelques mots l’idée fondatrice de la firme : «Ovamba se focalise sur les financements à court terme des PME. Notre idée est de créer des produits financiers et d’utiliser la technologie pour aider les PME à se développer ».
La plateforme est totalement virtuelle. Ovamba crée le lien entre d’un côté les PME africaines, qui recherchent du capital, et, de l’autre côté, les investisseurs institutionnels, qui veulent détenir des actifs en Afrique. Les uns et les autres n’ont qu’à s’inscrire comme membre, comme ils le feraient sur Facebook ou LinkedIn.

Grâce à son système d’évaluation propre, Ovamba accorde une note aux emprunteurs, jouant ainsi le rôle d’une agence de notation et offrant une garantie sur la crédibilité de ceux-ci aux différents bailleurs de fonds.
L’entreprise se charge ensuite d’examiner et de traiter les dossiers soumis par les PME, avant de superviser l’ensemble du processus –fldepuis l’allocation des fonds jusqu’à leur remboursement par le débiteur.
Pour Viola Llewellyn, l’élaboration  d’une importante base de données ayant trait aux acteurs économiques  locaux constitue le premier succès d’Ovamba Cameroon. «Depuis notre arrivée à Douala, nous avons réussi à rassembler un nombre significatif de données sur les PME. Nous disposons de meilleurs instruments pour la prise de décision que la plupart des institutions financières situées en zone Cemac* ». Sans doute pour minimiser les risques, la fintech travaille avec des PME ayant une certaine expérience: « Nous finançons des entreprises et non des projets… », assure la directrice d’Ovamba Cameroon. Sont admises les PME ayant au moins deux ans d’existence.
Ovamba, qui ne s’encombre pas de la gestion de comptes courants ou de dépôts d’épargnants, ne veut surtout pas être confondu avec une banque.

LE VENT EN POUPE
L’avantage concurrentiel des fintechs par rapport aux banques et aux institutions de micro-finance repose sur deux points essentiels. La vitesse de réaction et les frais. Ovamba promet un traitement du dossier dans les plus brefs délais:
« Une pré-approbation en une ou deux minutes. La décision de financement intervient dans les quarante-huit heures et les fonds sont disponibles dans les cinq jours si tous les papiers sont en règle », assure Viola Llewellyn. Et ce délai peut encore être raccourci : « Nous avons été en mesure de boucler tout le processus en 72 heures avec certains de nos clients », précise-t-elle.En effet, les promoteurs des PME sont généralement refroidis et déçus par les délais de prise de décision relativement longs et les frais de dossier élevés que facturent les banques. Des obstacles qui viennent s’ajouter à la rareté et la cherté de leurs crédits potentiels. Les promoteurs n’ont d’autre choix que de se tourner vers des solutions alternatives telles que les tontines et autres expédients. Cette absence de financement entraîne la mort lente d’un grand nombre d’entreprises à fort potentiel. En négligeant les PME, les banques laissent un vide béant dans lequel les fintechs viennent prospérer en proposant des voies alternatives.Ovamba semble avoir commencé à trouver ses marques localement. La fintech a démarré timidement avec des prêts ne pouvant excéder 5 millions de francs CFA sur trois mois. Par la suite, la durée des prêts a été relevée à six mois avec un plafond d’endettement de 350 millions de francs CFA. Ovamba ne s’est pas arrêté là. « Nous avons récemment lancé un nouveau produit destiné à nos clients les plus performants… un délai de douze mois et un crédit de 850 millions de francs CFA », révèle Viola Llewelyn.Très optimiste, l’entreprise promet de grandes annonces et de nombreuses innovations pour cette année 2016.

*Communauté économique des Etats d’Afrique centrale.

Publié en Mars 2016