Editos et Chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

Quel horizon économique pour la RDC ?

L’actualité de la République démocratique du Congo continue d’être dominée par l’agitation au sein du microcosme politique et les soubresauts de ce qu’il reste des groupes rebelles dans l’est du pays. En revanche, les interactions qui se développent actuellement sur le plan économique, loin des projecteurs de l’actualité, intéressent peu d’observateurs. Et pourtant, c’est sur ce terrain que pourrait se décider l’avenir du pays, et plus sûrement, le succès ou l’échec du régime du président Félix-Antoine Tshisekedi.

Signe des temps, l’image de la RDC commence progressivement à s’améliorer même si, objectivement, le nouveau gouvernement n’a en réalité encore engagé sur le plan économique aucune action ni aucune réforme significative qui permette de savoir dans quelle direction il compte mettre le cap. Et pourtant, la perception du pays par les milieux d’affaires et les experts est, elle aussi, en train de changer. Il suffit pour s’en convaincre de se plonger dans la lecture de récentes études publiées par deux des plus importantes agences de notation de la planète : Fitch et Standard & Poor’s (S&P).
L’opinion de S&P publiée en août dernier est sans ambiguïté. «De notre point de vue, écrit l’agence américaine, la baisse des tensions internes en République démocratique du Congo, conjuguée à l’amélioration de ses relations internationales, pourrait favoriser un environnement propice à une croissance économique plus forte. Ce qui pourrait permettre au pays de bénéficier de nouveaux financements des bailleurs et donateurs internationaux et renforcer ses réserves et liquidités extérieures.» En conséquence, l’agence décide de réviser sa notation de stable à positive et affirme une note souveraine de dettes CCC+/C pour le pays. Soulignons que la note CCC+/C traduit tout de même un risque élevé. Toutefois, S&P indique que cette appréciation positive «signifie que nous pouvons relever la note de la RDC au cours des douze prochains mois si le nouveau gouvernement réussit à s’assurer des financements internationaux suffisants de la part de ses partenaires extérieurs et continue de rembourser sa dette dans les délais et en totalité». De son côté, l’agence Fitch Solutions, tout en restant prudente, laisse aussi clairement pointer son optimisme. «Nous, à Fitch Solutions, écrivent ses experts, nous attendons à voir le déficit fiscal de la RDC s’accroître du fait des dépenses visant à contrer les insurrections [dans l’est, NDLR] et l’épidémie d’Ebola.» Mais, ajoute l’agence, «les revenus importants générés par les nouvelles taxes minières vont permettre de limiter l’aggravation du déficit en 2019. Et sur le long terme, nous nous attendons à voir diminuer les dépenses d’urgence, et les recettes importantes produites par le secteur minier vont contribuer à réduire ce déficit.» Pour les experts de Fitch Solutions, l’endettement de la RDC n’est pas préoccupant, car sa dette est avant tout concessionnelle. De plus, soulignent-ils, «les nouvelles taxes minières appliquées depuis l’année dernière génèrent d’importantes rentrées fiscales qui vont absorber une part significative du déficit».
Plusieurs autres signes positifs peuvent laisser penser que l’horizon pourrait s’éclaircir en RDC sur le front économique et financier. Le nouveau président a posé des actes et tenu des propos rassurants à l’endroit des milieux d’affaires. Sa récente participation à la cinquième édition du forum économique Makutano, le discours qu’il y a prononcé et les engagements qu’il a pris ont rassuré. Reste à savoir si les mesures et les décisions concrètes confirmeront les promesses. Après de longs mois d’attente, le montant du budget 2020 est connu : 10 milliards de dollars. Place maintenant à l’action.

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