Portrait

Rogers Teunkam, recruteur de compétences

A la tête du cabinet 2R Consulting, Rogers Teunkam a mis au point une méthode de recrutement qui donne sa chance à chacun, évitant soigneusement toute discrimination, afin que l’égalité des chances devienne une réalité. Une méthodologie difficile à vendre, mais une fois qu’on y a goûté, on en redemande.
Rogers Teunkam se félicite : «Nous avons recruté une dizaine de cadres dirigeants pour la Chambre de promotion de l’industrie en Cote d’Ivoire au début du mois de mai.» Avec son franc-parler et la transparence en prime, le directeur associé et fondateur de 2R Consulting, entreprise spécialisée dans le recrutement des commerciaux et des cadres dirigeants, affirme que sa méthodologie ne contient aucun piège et donne leur chance à tous ceux qui ont des compétences à faire valoir. Un mode de sélection qui lutte contre les discriminations et qui veut contribuer à construire des entreprises à l’image de la société : diversifiées. «J’avais remarqué que dans mon domaine, notamment pour le recrutement des commerciaux, il n’y avait pas beaucoup de profils différents (accidents de parcours professionnel, couleur de peau, personnes en situation de handicap…). C’est pour cela que j’ai pensé à mettre sur pied une méthode de recrutement qui ne tienne pas compte des erreurs de parcours des candidats, de leur quartier ou de leur adresse, et encore moins de leur nom ou de leurs origines», détaille Rogers Teunkam. 
Bonne santé financière

Cela fait près de vingt ans qu’il travaille dans ce domaine, et c’est seulement en 2002 qu’il décide de créer son cabinet, le deuxième de sa carrière. 2R Consulting est l’une des structures parisiennes spécialisées dans le recrutement qui affichent une bonne santé financière. Bien que le secteur ne soit pas épargné par la crise, le fondateur de 2R Consulting projette de dépasser les 5 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2015. «L’année dernière, nous avons recruté plus de 480 personnes pour un chiffre d’affaires de plus de 2 millions d’euros. Le cabinet connaît une progression de l’ordre de 30 % chaque année, et ce depuis sa création», expose-t-il. A sa sortie de l’université en 1987, son master en sciences économiques en poche, Rogers Teunkam est parmi les premiers jeunes traders à intégrer le palais Brongniart, le temple de la Bourse en France. «C’est nous qui avons lancé le marché à terme d’instruments financiers (Matif) à la Bourse de Paris. C’est l’un des marchés les plus compliqués», note-t-il. Mais au bout de deux ans, à la surprise de ses collègues, il démissionne. «Il manquait à ce milieu des valeurs auxquelles je crois… Tout se résumait à l’argent», explique-t-il.

Le jeune économiste qui claque la porte au monde de la finance envisage alors de se lancer dans l’écriture de romans, non sans ambition. «J’avais des choses à dire et voulais le faire à travers mes livres. Mais j’ai très vite déchanté», avoue-t-il. Il entre alors dans le secteur du recrutement par hasard. «Je ne savais même pas que ce métier existait, je ne savais pas ce que voulait dire “chasser de têtes”. Un genre de chasse assez particulier», s’amuse Rogers Teunkam, devenu au fil des ans un recruteur d’excellence. Sa carrière commence au cabinet Bernard Krieff, l’un des grands chasseurs de tête de Paris. Après trois ans, un associé de chez Bernard Krieff et Rogers Teunkam créent leur premier cabinet de recrutement : Mix Ressources humaines. Une aventure qui dure de 1992 à 2002. Rogers Teunkam y est chargé du département recrutement. En février 2002, il décide de créer 2R Consulting. «Il était temps de travailler pour moi», affirme-t-il. 

Une journée de recrutement

A la tête de son cabinet, il développe ses propres méthodes de travail. Ses séances de recrutement tiennent en une journée et le candidat retenu pour le poste en est informé immédiatement. Ceux qui ne le sont pas connaissent les raisons pour lesquelles ils n’ont pas été sélectionnés et reçoivent une proposition de coaching et de conseil pour mieux se vendre la fois suivante.

Pendant cette journée de recrutement, le candidat dévoile sa personnalité et permet aux recruteurs de voir s’il est en adéquation avec ce que l’on attend de lui en entreprise. «On ne regarde que les compétences, le niveau d’études et d’autres qualités requises pour le poste avant de convoquer les candidats à l’entretien collectif de sélection. Tout au long des exercices et des mises en situation, les candidats qui jouaient un rôle finissent par tomber le masque, les CV et présentations apprises par cœur au fil des entretiens  d’embauche ne servent plus à rien, surtout lorsqu’ils sont dans des études de cas. Nous leur présentons des situations auxquelles ils doivent réagir comme s’ils étaient déjà sur terrain», explique Rogers Teunkam, qui estime que sa méthodologie permet de réduire considérablement les ratés du recrutement classique. «Certaines entreprises ont écarté de bons candidats parce qu’ils n’avaient pas tel ou tel diplôme. Et pourtant, nous constatons un taux d’échec de 25 % dans le recrutement classique. Sur 100 candidats recrutés, 25 sont incompétents. Avec ma méthode, ce taux varie entre 10 et 15 %», indique-t-il. 

Une image novatrice

Le produit du cabinet a fait son chemin et ses clients ne se plaignent pas de la qualité ou des compétences des nouvelles recrues. Ils en redemandent. La méthode de Rogers Teunkam est un dosage équilibré de sociologie et de psychologie associées au sens des affaires, avec des valeurs humaines et sociales en sus.

Le fondateur de 2R Consulting soutient que son mode de sélection donne une vision plus objective, un regard sans a priori sur les candidats. Ses clients se targuent de l’image novatrice, moderne que cela donne à leur entreprise et de la richesse qui naît forcément du brassage des cultures. Enfin, la saine émulation et l’ambiance conviviale facilitent l’intégration des candidats recrutés et, par voie de conséquence, diminuent nettement le turn-over de l’entreprise. Rogers Teunkam fait le bonheur de nombreuses multinationales qui recrutent de plus en plus pour l’Afrique des cadres africains formés et ayant une expérience probante en Occident. Il travaille également avec des groupes africains qui professionnalisent de plus en plus leurs recrutements et qui ont décidé de passer de la logique de la «cooptation» à celle des compétences.