Editos et Chroniques La chronique de Gaston KELMAN

Si la jeunesse savait que les adultes sont tellement cons !

Les jeunes n’en finissent plus de manifester pour bien des causes, dont le climat. Et tout le monde applaudit. Le summum à l’applaudimètre a été atteint quand la jeune Suédoise Greta Thunberg a interpellé les dirigeants de la planète au cours d’un récent sommet de l’ONU, fustigeant leur inaction contre le changement climatique. « Je ne devrais pas être là, je devrais être à l’école. […] Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance. » Les interpellés ont applaudi à tout rompre pour… pour… Au fait, qui sait pourquoi ils applaudissaient ? Réel cynisme, profond sadisme, pervers masochisme ? Je ne saurais dire. Ce qui est certain : « Les adultes sont tellement cons », chantait Brel.

Comment a-t-on volé le rêve de cette enfant ? Le sait-elle elle-même ? Bien sûr que non ! On lui a dit qu’elle pouvait venir brailler sa naïveté jusqu’à l’ONU, alors que sa place est justement dans la cour de son école à s’amuser comme on devrait le faire à son âge. On lui a dit qu’elle en savait plus que tout le monde sur ce qu’il faudrait faire. Au lieu de la laisser demeurer enfant, on en a fait une naine, lui faisant croire qu’elle était adulte. On lui a volé, ou plutôt acheté, l’émerveillement et la naïveté légitimes de son âge pour l’équivalent d’un plat de lentilles. Depuis le temps qu’il est devenu interdit d’interdire, surtout aux enfants, on lui a donné la parole au lieu de lui enseigner les bonnes manières et l’attitude logique d’un enfant, sujet en formation.
Alors un journaliste australien de Sky News lui a appris le monstre qu’elle était devenue. « Vous êtes la première génération à avoir demandé la climatisation dans chaque salle de classe […], vos leçons sont toutes faites à l’ordinateur. […] Vous passez toute la journée à utiliser des moyens électroniques. […] Au lieu de marcher pour aller à l’école, vous prenez toutes sortes de moyens de transport. […] Vous êtes les plus grands consommateurs de toute l’histoire. » Après une longue énumération de leurs comportements qui accélèrent le dérèglement climatique, il leur conseille d’arrêter tout cela. Mais l’homme sait qu’il ne sera pas écouté « parce que vous êtes égoïstes, mal élevés, manipulés par des gens qui vous utilisent ». Pour terminer, un conseil plein de bon sens. « Réveillez-vous et fermez-la. […] Et commencez par respecter vos aînés. »
Le journaliste a raison sur toute la ligne, notamment sur l’arrogance et l’égoïsme de cette jeunesse. Il a surtout raison sur la manipulation dont elle est victime. Si la jeunesse savait avec Brel que les adultes sont tellement cons ! Pour la gloriole, par vanité, on se veut tout-puissant et on sacrifie la planète. Mais surtout on sacrifie ses propres enfants en les aliénant, en en faisant de petits monstres, en les inondant de gadgets, en leur donnant l’illusion de la liberté, de l’omniscience et de l’autorité. « Comment osez-vous ? » hurle avec rage une gamine à peine pubère devant les plus hauts dignitaires de toute la terre. Et ces sadiques applaudissent à tout rompre en se disant : « Bravo, on a réussi, le singe est bien dressé. Il joue si bien son rôle que l’on croirait qu’il y croit. » En attendant que, comme les personnages de la chanson Les Bourgeois de Brel, demain il devienne comme eux.
Pauvre Mozart assassiné, pauvres gosses que l’on zombifie. À la fin, leur vie ressemble à celle de ces soldats sans armes qu’on avait habillés pour un autre destin ! Le dernier mot revenait bien à Louis Aragon, poète de l’amour.