Editos et Chroniques La chronique de Nadia MENSAH-ACOGNY

TABOU

Un si joli mot! Il sonne tout en rondeur à l’oreille et porte élégamment ses cinq lettres. Et pourtant, tout comme ses sœurs Omerta et Masla pour ne nommer qu’elles, Tabou subit tout le poids du monde sur ses épaules. Tabou évoque le silence lourd de ces choses sombres dont on ne veut pas, dont on ne doit pas parler. Il rappelle les interdits sociaux et familiaux. Il s’immisce partout, dans la vie privée, en politique, en religion, dans les entreprises et, comme une chape de plomb, il pèse au point d’écraser même ceux qui le protègent. Sans compter que plus on le couvre, plus il cherche à pointer son nez. Ah Tabou, quand tu nous tiens! Ses lieux de villégiature favoris sont l’ego, l’argent, la politique et les faiblesses charnelles.

Tabou a un goût déraisonné pour les secrets, fussent-ils ou non d’alcôve. Mais à force de cachotteries, Tabou finit par semer la gangrène partout. Tabou a pour cousins Confidentialité et Ragot qui ne s’entendent guère. Mal-aimée de tous, Confidentialité lutte contre son ennemi Ragot, dont la propension à s’épancher n’a d’égale que les dégâts qu’il cause. Celui-ci se mêle de tout, laissant souvent Confidentialité sur le carreau. Ragot affectionne les rumeurs qui s’ébruitent, festoyant avec son amie Médisance et nuisant à tant de vies au passage. Mais chacun son style. Tabou, lui, préfère balayer sous le tapis les aspects glauques et honteux de nos vies et de nos communautés. Et ceux qui osent briser le tabou, transgresser la loi du silence, deviennent des pestiférés collectivement honnis.
Mais voilà que notre époque change. …

Pour lire l’intégralité de cet article, rendez-vous  page 98 du numéro 56 Avril 2019, en vente ICI.