Editos et Chroniques L'éditoral de Michel Lobé Ewané

Vous avez dit classe moyenne ?

Non, la classe moyenne n’existe pas en Afrique ! C’est une réalité occidentale. D’ailleurs, le groupe Nestlé n’avait-il pas décidé de se retirer de ce marché africain ? Car pour lui, parler de classe moyenne en Afrique, c’était pure fiction. En réalité, Nestlé s’est planté. Il voyait encore le continent avec des lunettes du passé.

Lisez les différents plans d’émergence élaborés avec soin par les gouvernements africains. Il y a peu de chances que vous y trouviez quelques considérations sur une stratégie, des mesures ou un plan spécifique à destination des classes moyennes. Combien de nos instituts statistiques ont enquêté sur la classe moyenne ? On les cherche. Combien de partis politiques, au pouvoir ou dans l’opposition, ont défini leurs programmes en tenant compte de la place, du poids, de l’impact de cette frange dite « moyenne » de la population, qui est de nature à peser sur la consommation, à être un moteur de croissance ou une boussole pour mesurer les progrès dans la transformation et la modernisation du pays ? Donnez-moi leur identité si vous en connaissez. La réalité est que les décideurs africains n’ont toujours pas pris la mesure de ’importance de la classe moyenne. Et pourtant, celle-ci existe et est de plus en plus réelle, présente, incontournable.

L’une des plus récentes enquêtes menées sur cette middle class a été réalisée par l’institut français Ipsos et commandée par Unilever Institute en 2018. Elle a été menée dans dix grandes métropoles africaines : Abidjan, Accra, Lagos et Kano, Douala, Luanda, Lusaka, Dar es-Salaam, Nairobi et Addis-Abeba. 750 personnes par ville ont été interrogées pour un échantillon de 7 500 personnes. Cette classe moyenne est composée de citadins qui dépensent moins de 75 % de leurs revenus en commodités, travaillent dans le secteur formel et ont fait au moins des études secondaires. L’étude détaille des informations sur la structure des ménages, le niveau scolaire, les activités, les loisirs, le rapport à la tradition et à la religion, l’attitude vis-à-vis des marques, le comportement à l’achat, etc. Les résultats de l’enquête montrent que les Africains de la classe moyenne vivent avec en moyenne 15 dollars par jour et représentent entre 10 et 20 % de la population des pays. Ce sont des consommateurs qui vivent dans des ménages composés de trois à quatre personnes, sont propriétaires pour 50 % d’entre eux de leur logement, sont branchés « techno » et se projettent dans le futur avec des projets de carrière et de l’épargne. Ils adorent les marques internationales, mais s’en méfient si elles expriment « une nouvelle forme de colonisation économique ».

Cette middle class n’est pas homogène. Ipsos la classe en trois groupes : les accomplis, qui représentent 32 % de la classe moyenne avec 19 dollars par jour ; les confortables, également 32 %, qui sont jeunes et très fans de consommation ; enfin les vulnérables, catégorie la plus sensible et la plus fragile de la classe moyenne. Comment peut-on s’engager aujourd’hui dans des stratégies de développement sans tenir compte de cette population ? De plus en plus d’entreprises l’intègrent, alors que les pouvoirs publics traînent encore. Avertissement : ceux qui continueront d’ignorer la classe moyenne finiront par en payer le prix fort.

POUR TOUS COMMENTAIRES ET REMARQUES, MERCI D’ADRESSER UN COURRIEL A MICHEL LOBE EWANE : MLOBE@FORBESAFRIQUE.COM