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Des Empires Familiaux Qui Perdurent

Les dynasties d’affaires africaines incarnent la puissance et la diversité du capitalisme familial sur le continent. De la saga des Dangote au Nigéria à la famille Sawiris en Égypte, en passant par les Oppenheimer et les Rupert en Afrique du Sud, ou encore les Lagesse dans l’océan Indien et les Billon en Côte d’Ivoire, ces empires démontrent la capacité de leurs dirigeants à bâtir, transmettre et faire fructifier des héritages entrepreneuriaux sur plusieurs générations. Parmi les transmissions réussies, la relève de Johann Rupert à la tête du groupe Richemont, le passage du groupe De Beers d’Oppenheimer père à fils, ou l’irrésistible ascension du conglomérat Lagesse, illustrent la pérennité des visions familiales. À l’inverse, d’autres exemples prouvent que discordes internes, choix malavisés ou absence d’innovation peuvent aussi menacer cet héritage. Plongée dans l’univers de ces grandes familles qui pérennisent les réussites d’hier pour mieux bâtir l’Afrique de demain. Analyse

Par Pokou Ablé


Les Kacou Diagou (NSIA) I Une Succession Par Attributions

Entrepreneur tardif mais stratège avisé, Jean Kacou Diagou crée en 1995 la Nouvelle Société Interafricaine d’Assurances (NSIA) avec l’ambition de bâtir un géant panafricain. Trente ans plus tard, le pari est tenu avec un chiffre d’affaires consolidé de 502 millions d’euros en 2023, près de 3 000 collaborateurs, 12 pays d’implantation et une trentaine d’entités actives dans la banque, l’assurance et la gestion d’actifs. Mais la vraie singularité de NSIA tient à sa transmission. Soucieux d’éviter les improvisations, le fondateur a assigné à chacun de ses enfants un rôle précis. Bénédicte Janine dirige aujourd’hui le groupe, Dominique supervise le pôle assurance, Franck Olivier la gestion d’actifs. Ange, lui, a préféré lancer New Digital Africa, entreprise spécialisée dans le cloud et la cybersécurité. Preuve que même en dehors du giron familial, l’entrepreneuriat demeure une constante chez les Kacou Diagou.


Les Obambi (SAPRO Mayoko) I Une Transmission Forgée Dans La Rigueur

Au début des années 1990, l’économiste et homme d’affaires congolais Paul Obambi fonde SAPRO Group, un futur conglomérat actif dans le pétrole, les mines, l’immobilier et les télécoms. Rescapé de la guerre civile de 1997 grâce à une diversification audacieuse et à des investissements extérieurs, le groupe s’est construit dans l’épreuve, forgeant une culture de discipline et d’exigence transmise à la génération suivante. « À 13 ans, mon père m’a dit que si mon seul diplôme était mon permis de conduire, il pourrait me tester comme chauffeur, mais jamais me confier des responsabilités dans son groupe », se souvient Paul Obambi Jr. Ingénieur polytechnicien, il prend en 2017 la direction de la filiale SAPRO Mayoko, aujourd’hui la première société exportatrice de minerai de fer de la sous-région. Comme lui, les membres de la famille suivent des parcours académiques exigeants avant d’être, dès l’adolescence, immergés dans les filiales : une école maison destinée à forger des dirigeants aguerris.


Les Sow (CSE) I Une Dynastie Bâtie Sur Les Chantiers

Dans les années 70, l’ingénieur Aliou Sow rachète la filiale locale de Fougerolles pour fonder ce qui deviendra le Groupe CSE (Compagnie Sahélienne d’Entreprises), aujourd’hui pilier du BTP ouest-africain avec 5 000 emplois et près de 350 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel. Mais pour le patriarche, bâtir l’avenir signifiait aussi préparer la relève. Très tôt, ses enfants furent envoyés sur les chantiers, à un âge où d’autres s’occupent encore de châteaux de sable. Quelques décennies plus tard, Oumar, l’aîné, préside le directoire, Ardo est son numéro deux et Mohamed pilote la filiale immobilière SDIH. Preuve que les week-ends passés à « apprendre le monde réel » ont fini par payer… au sens propre comme au figuré.


Les Yavarhoussen (Filatex) I Une Stratégie En Duo

Fondé en 1979 par Abdoulrassoul Yavarhoussen, Filatex naît dans le textile, s’illustre en créant la première zone franche industrielle de Madagascar, puis s’étend – sur trois décennies – à l’immobilier et à l’énergie pour répondre aux besoins de la Grande Île. En 2010, Abdoulrassoul transmet le flambeau à son fils Hasnaine ; lequel s’attache depuis à conjuguer modernité et fidélité à l’héritage paternel. « L’innovation chez Filatex ne remplace pas la tradition, elle s’y intègre », souligne-t-il, alors que le groupe, qui revendiquait près de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023, est désormais le premier producteur privé d’énergie du pays. En parallèle, Hasnaine affirme son empreinte dans la sphère culturelle : en 2019, il crée le Fonds Yavarhoussen et cofonde Hakanto Contemporary, vitrine de l’art contemporain malgache et africain, aujourd’hui dotée d’un espace de 2 000 m2. Comme si la puissance économique, une fois transmise, devait aussi trouver son écho dans le registre symbolique.



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