Accueil À la Une DMA Invest : transformer les projets africains en investissements concrets

DMA Invest : transformer les projets africains en investissements concrets

Kady Doumbia ©Droits réservés

Spécialisé dans les économies émergentes et les marchés frontières, le cabinet de conseil britannique DMA Invest organise des rencontres entre gouvernements, investisseurs, institutions financières et entreprises, afin de faire progresser des projets susceptibles d’être financés. Attendue du 19 au 21 octobre 2026 à Conakry (Guinée), la 5e édition du Forum Royaume-Uni-Afrique francophone de l’Ouest et du Centre (WCAF V) ambitionne de réunir plus de 1 000 participants. Kady Doumbia, responsable de la stratégie et des relations gouvernementales de DMA Invest, détaille les ambitions de ce rendez-vous.

Propos recueillis par Olivia Yéré Daubrey


Depuis sa création en 2007, DMA Invest se donne  pour mission de favoriser les flux de capitaux vers les économies  émergentes. Comment intervenez-vous auprès des gouvernements africains pour faire évoluer une opportunité d’investissement vers un projet susceptible d’être financé ?

Kady Doumbia : Ce sont généralement les gouvernements qui nous sollicitent. Notre première démarche consiste donc à écouter leurs priorités et à préciser les besoins avant d’organiser une mission ou un forum. Nous  travaillons également avec les ambassades britanniques et les institutions chargées de la promotion des investissements dans les différents pays afin de structurer ces rencontres.

Nous identifions ensuite les institutions britanniques de financement, telles que UK Export Finance (UKEF) [l’agence britannique de crédit à l’exportation, NDLR] et British International Investment (BII), ainsi  que les banques, investisseurs et entreprises privées dont l’expertise peut répondre aux besoins exprimés. Selon le format retenu, nous constituons des  délégations pour des missions sur le terrain ou invitons ces acteurs à  participer à nos forums d’investissement. Nous collaborons également étroitement avec le Department for Business and Trade (DBT)*. Notre rôle est de créer un lien concret entre les priorités de développement des pays, les expertises du secteur privé et les solutions techniques et financières disponibles, afin de faire émerger des partenariats durables et des projets réellement investissables.


DMA Invest indique que ses missions et ses événements ont contribué à générer plus de 15 milliards de dollars d’investissements et de flux de capitaux. Comment mesurez-vous concrètement leur impact en Afrique ?

K. D. : Cet impact se mesure principalement à travers les contrats signés, les  projets entrés en phase de financement, les partenariats commerciaux conclus et les relations institutionnelles développées à la suite de nos missions. Le montant de 15 milliards de dollars concerne l’ensemble des  activités menées par DMA Invest depuis sa création. S’agissant plus précisément du WCAF, les précédentes éditions ont permis de constituer un pipeline d’investissements proche de 2 milliards de dollars. Nous cherchons donc à évaluer les résultats au-delà des annonces effectuées pendant les forums, en observant la progression réelle des projets et les relations qui se poursuivent après les rencontres.


La prochaine édition du Forum Royaume-Uni-Afrique francophone de l’Ouest et du Centre se tiendra à Conakry du 19 au 21 octobre 2026. Pourquoi avoir choisi la République de Guinée pour accueillir ce rendez-vous régional ?

K. D. : Le gouvernement guinéen a officiellement exprimé sa volonté d’accueillir cette  cinquième édition. Une dynamique comparable avait conduit à l’organisation  de la précédente édition à Lomé : lors du WCAF III à Londres, le Togo avait proposé que le Forum soit organisé sur le continent africain. Cette initiative nous avait paru particulièrement pertinente pour un événement principalement consacré à l’Afrique francophone de l’Ouest et du Centre. La Guinée occupe par ailleurs une place croissante dans les stratégies régionales d’investissement. Le pays possède d’importantes ressources et présente un potentiel considérable dans le secteur minier, notamment autour du projet Simandou. Il existe également de nombreuses perspectives dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture, la logistique, l’eau et le développement urbain. C’est donc un pays qui concentre de multiples possibilités d’investissement.


Vous présentez le WCAF comme un événement singulier en Afrique francophone en raison de son partenariat avec le Royaume-Uni. Quelle valeur ajoutée l’écosystème britannique peut-il apporter ?

K. D. : Le Royaume-Uni dispose d’un écosystème très complet, composé d’entreprises internationales, de banques, d’investisseurs institutionnels, de fonds d’investissement, d’institutions de financement et d’experts sectoriels. Cette diversité permet de réunir, autour d’un même projet, plusieurs compétences techniques et différentes solutions de structuration financière. Nous ne prétendons pas être les seuls à pouvoir répondre aux besoins de  financement du continent. Notre intervention est complémentaire des dispositifs déjà présents en Afrique. Nous proposons des solutions pragmatiques et nous portons une ambition de long terme pour l’Afrique francophone : construire des partenariats durables et contribuer à la réalisation des projets de développement de la région.


La participation de pays membres de l’Alliance des États du Sahel constitue l’une des particularités annoncées de cette édition. Quel sera leur statut au sein du Forum ?

K. D. : Nous sommes heureux d’accueillir des pays du Sahel en qualité d’observateurs, avec une attention particulière accordée au secteur privé. Leur participation s’inscrit dans notre ambition d’élargir les échanges régionaux et de permettre à leurs entreprises d’observer les mécanismes de coopération, de financement et de mise en relation proposés dans le cadre du  WCAF V.


Les « Deal Rooms » doivent permettre aux porteurs  de projets de rencontrer directement des investisseurs, des banques et  des institutions de financement. Comment les projets seront-ils sélectionnés ?

K. D. : Les « Deal Rooms » ont été introduites lors de l’édition précédente. Leur objectif  est d’identifier des projets pour lesquels l’écosystème britannique peut réellement accompagner les porteurs de projets. La sélection repose d’abord sur leur alignement avec les priorités nationales, mais également sur leur solidité, l’existence d’un besoin de marché clairement  identifié, leur viabilité financière et leur niveau de préparation technique. Nous

examinons aussi leur impact social et environnemental. Il ne s’agit pas seulement d’investir, mais de soutenir des projets pertinents pour les populations et respectueux de l’environnement.Cette préparation en amont doit permettre aux rencontres de progresser vers des négociations concrètes, plutôt que de se limiter à de simples prises de contact.


Quels secteurs présentent aujourd’hui le plus fort  potentiel de transformation en Guinée et dans les autres pays représentés ?

K. D. : En Guinée, le secteur minier demeure stratégique, avec un potentiel important de transformation et de création de valeur ajoutée locale. L’énergie constitue également une priorité, car elle conditionne le développement de l’industrie, des villes, et du secteur agricole. L’eau, les infrastructures, la santé et le numérique offrent aussi des perspectives importantes, aussi bien pour la Guinée que pour l’ensemble de la région. Le développement durable et les enjeux environnementaux doivent être intégrés à tous ces projets. L’essentiel est de présenter des projets cohérents, bien préparés et conformes aux critères attendus par les investisseurs et les institutions de financement.


À l’issue du Forum, quels indicateurs permettront  de déterminer si le WCAF V a effectivement transformé les ambitions  présentées en résultats concrets ?

K. D. : Nous examinerons notamment le nombre de projets présentés et validés dans  les « Deal Rooms », les accords et contrats signés, les mandats de financement obtenus, ainsi que les rencontres organisées entre entreprises ou entre entreprises et gouvernements. Le nombre de participants sera également pris en compte, mais nous accordons davantage d’importance à leur qualité et à leur capacité de décision. Nous avons effectué une sélection poussée afin d’accueillir des entreprises et des projets suffisamment solides. Le succès du Forum se mesurera donc principalement au nombre de transactions de partenariats et  d’accords B2B et B2G qu’il aura permis de faire progresser. 

Au-delà de tous les faits et chiffres évoqués précédemment, rien ne procure à notre équipe une plus grande satisfaction que les réussites commerciales qui ont un impact direct et positif sur la vie des populations. Ces réalisations nous rappellent avec force que, grâce à la coopération internationale, nous pouvons contribuer à bâtir un avenir meilleur. En tant que personne d’origine ouest-africaine, je suis extrêmement fière de prendre part à ces réussites.

* Devenu en juillet 2026 le Department for Business, Innovation, Science and Trade (BIST), en français Département (ou Ministère) des Entreprises, de l’Innovation, de la Science et du Commerce.

En chiffres

Depuis sa création en 2007, DMA Invest affirme avoir contribué à générer plus de 15 milliards de dollars d’investissements et de flux de capitaux, en réunissant plus de 300 chefs d’État et ministres à l’occasion de plus de 170 sommets, forums, tables rondes et missions. Son Forum Royaume-Uni-Afrique francophone de l’Ouest et du Centre (WCAF), dont le pipeline d’opportunités avoisinerait 2 milliards de dollars, constitue l’une des principales déclinaisons de ce modèle.


Lire aussi :

Article précédentDe Free à Vodafone : le nouveau pari africain de Xavier Niel