Deux ans après la révélation d’une dette cachée de plusieurs milliards de dollars, Dakar a obtenu, le 1er septembre 2026, un accord de principe du FMI pour un prêt de 2,2 milliards de dollars. Financement, restructuration de la dette extérieure, vote au Parlement… Plusieurs inconnues majeures pèsent encore sur ce programme. Voici les six points clés à retenir.
Par Régis Pangou
1. Un prêt de 2,2 milliards de dollars sur trois ans, via la Facilité élargie de crédit
Concrètement, le programme dévoilé prend la forme d’une Facilité élargie de crédit (FEC) de 36 mois, sur 2026-2029, pour 2,2 milliards de dollars. Cet instrument, réservé aux pays à faible revenu, offre des conditions concessionnelles — taux réduit, maturité longue — pour desserrer l’étau budgétaire. C’est le décaissement que Dakar attend depuis la suspension, en 2024, d’un précédent programme de 1,8 milliard d’euros, gelé après la découverte des irrégularités comptables.
2. Un accord né de la crise de la « dette cachée »
Ce programme ne peut toutefois se lire indépendamment du contentieux qui empoisonne la relation entre Dakar et le FMI depuis 2024. À l’époque, entre 7 et 11 milliards de dollars d’engagements publics non déclarés, selon les estimations, avaient été mis au jour, hérités de l’administration de Macky Sall. Confirmée par la Cour des comptes en février 2025, cette dissimulation a fait grimper la dette officielle à environ 132 % du PIB, un niveau jugé insoutenable par le FMI. Cette dette absorbe aujourd’hui près d’un quart des recettes fiscales. L’accord est donc autant un programme de financement qu’un solde de tout compte statistique avec ce passif. Quant à l’État sénégalais, il s’est principalement financé depuis sur le marché financier régional.
3. Des réformes structurelles avant tout décaissement
Le FMI conditionne son feu vert définitif à des « mesures correctives résolues » face aux erreurs de déclaration passées, selon Mercedes Vera Martin, cheffe de la mission. Les autorités se sont engagées à unifier la gestion de la dette publique, jusque-là éclatée entre plusieurs ministères, au sein d’une Direction générale unique des financements et de la dette, et à placer l’Économie, les Finances et le Budget sous une tutelle commune. « C’est la dernière ligne droite, elle porte sur la transparence. Ne reste plus qu’à faire aboutir l’audit des processus qui ont permis de dissimuler la dette », résume l’économiste sénégalais Abdoulaye Ndiaye, lauréat de l’Africa NextGen Economist Prize.
4. Le Conseil d’administration du FMI doit encore valider le programme
L’accord du 1er septembre n’est, à ce stade, qu’un accord « au niveau des services » : il n’engage pas encore l’institution financière multilatérale. Avant d’être soumis au Conseil d’administration à Washington — seul habilité à acter le décaissement —, le dossier doit être validé en interne par la direction du Fonds, via le rapport de « misreporting », le rapport officiel de fausse déclaration déclenché après la découverte de la dette cachée. Le passage devant le Conseil reste enfin suspendu à une seconde condition : des assurances de financement des partenaires du Sénégal — Banque mondiale, BAD, ainsi que les créanciers bilatéraux tels que la France ou la Chine. De fait, Mercedes Vera Martin a précisé que l’accord requiert « les assurances de financement nécessaires de la part des partenaires du Sénégal ». En somme, ces créanciers doivent accepter le principe d’un traitement de la dette et garantir au Sénégal une latitude financière suffisante ; les négociations créance par créance ne commenceront, elles, que plus tard. Le ministre des Finances, Cheikh Diba, présente pour sa part cet accord comme le point de départ d’« une nouvelle dynamique ».
5. Une restructuration de la dette extérieure déjà engagée
Le jour même de l’annonce de l’accord, le ministère des Finances sénégalais a annoncé l’adoption d’un plan de traitement de la dette extérieure — la dette en francs CFA étant exclue. Cible prioritaire : les eurobonds. Selon l’agence financière Bloomberg, près de 5 milliards de dollars d’obligations pourraient être concernés par cette opération. Plusieurs options pourraient être envisagées : allongement des maturités, reprofilage du calendrier de remboursement ou encore échange de titres. Autre dossier sensible : les total return swaps (TRS), des financements structurés auxquels le Sénégal a eu recours pour éviter une restructuration classique. Leur poids reste limité, mais leur traitement serait inédit — plusieurs étant adossés au franc CFA, ce qui compliquera les négociations.
6. Un accord contesté sur le terrain politique intérieur
Sur le plan intérieur, cette séquence semble soulever davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses : à quelle vitesse les financements seront-ils débloqués, qui devra faire un effort sur la dette, et quelle sera la réception politique de l’accord à Dakar ? Longtemps réservé sur l’idée même d’une restructuration lorsqu’il était Premier ministre, Ousmane Sonko — désormais président de l’Assemblée nationale après sa rupture, en mai 2026, avec le président Bassirou Diomaye Faye — a réclamé « une transparence absolue » sur les contreparties négociées, exigeant la publication du mémorandum d’accord ou sa transmission aux députés. Ce bras de fer rappelle que l’équation sénégalaise ne se limite pas aux chiffres : elle engage aussi la cohésion de l’exécutif face à un Parlement présidé par un ancien allié devenu rival.

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Questions & réponses
» Question 1 : Quel montant le FMI prévoit-il pour le Sénégal ?
Le programme prévoit un prêt de 2,2 milliards de dollars sur trois ans, via la Facilité élargie de crédit.
» Question 2 : Pourquoi le Sénégal a-t-il dû négocier un nouveau programme avec le FMI ?
L’accord intervient après la découverte d’une dette publique non déclarée estimée entre 7 et 11 milliards de dollars.
» Question 3 : Quelle dette pourrait être concernée par la restructuration ?
Près de 5 milliards de dollars d’eurobonds pourraient être concernés par l’opération de traitement de la dette extérieure.









