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Thione Niang : « Ma mission est que le monde voie le meilleur du Sénégal, un pays ouvert au business »

Nommé Ambassadeur itinérant à la Présidence de la République du Sénégal, Thione Niang entend mettre son expérience du soft power, de la mobilisation des diasporas et de l’attractivité économique au service du rayonnement international de son pays. Dans cet entretien, il détaille sa feuille de route et sa vision d’un Sénégal ouvert, attractif et résolument tourné vers l’avenir.

Propos recueillis par Dounia Ben Mohamed


Il y a une image qui résume le parcours de Thione Niang : celle d’un jeune Sénégalais de 22 ans arrivant à New York avec seulement 20 dollars en poche, après avoir essuyé trois refus de visa. Hébergé chez un proche dans le Bronx, il enchaîne les petits emplois, notamment comme plongeur dans un restaurant. Douze ans plus tard, il dirige le comité de levée de fonds des moins de 40 ans pour la campagne de réélection de Barack Obama. Entre ces deux moments, une rencontre décisive avec le futur président américain, une implication de terrain dans la campagne historique de 2008 et une immersion dans ce qui deviendra l’une de ses spécialités : la mobilisation citoyenne, le récit politique et le soft power.

À son retour au Sénégal en 2016, Thione Niang choisit de mettre cette expérience au service de l’Afrique. Il s’engage d’abord en faveur de la jeunesse et de l’entrepreneuriat agricole. Cofondateur, avec Akon et l’entrepreneur malien Samba Bathily, de l’initiative Akon Lighting Africa, il développe ensuite, à travers JeufZone Farms, des projets agricoles destinés à réconcilier les jeunes avec la terre et à promouvoir la souveraineté alimentaire. Nommé Ambassadeur itinérant à la Présidence de la République du Sénégal, Thione Niang entend mettre son expérience du soft power, de la mobilisation des diasporas et de l’attractivité économique au service du rayonnement international de son pays. Dans cet entretien, il détaille sa feuille de route et sa vision d’un Sénégal ouvert, attractif et résolument tourné vers l’avenir.

C’est cette double expérience, à la croisée de la diplomatie d’influence, de l’entrepreneuriat et du développement, qui a conduit le président Bassirou Diomaye Faye à le nommer Ambassadeur itinérant à la Présidence de la République du Sénégal. Chargé de promouvoir la marque Sénégal, de mobiliser la diaspora et d’attirer des investisseurs stratégiques, Thione Niang entend faire de cette mission le prolongement d’un engagement qu’il affirme porter depuis plus de vingt ans : mettre son réseau et son expérience au service du Sénégal. Plus récemment, il a mis cette expertise au service de la Guinée, accompagnant les autorités dans une stratégie de repositionnement international destinée à renforcer l’attractivité du pays, restaurer la confiance des investisseurs et inscrire la marque Guinée dans un nouveau récit.

©Forbes Afrique By Audyssey

Forbes Afrique : Votre nomination comme Ambassadeur itinérant marque une nouvelle étape dans votre engagement au service du Sénégal, votre pays, que vous n’avez jamais quitté finalement… 

Thione Niang : En effet, j’ai toujours travaillé pour le Sénégal. Même à mon arrivée aux États-Unis, je n’ai jamais arrêté. Et depuis mon retour en 2016, j’ai lancé de nombreux projets, notamment dans l’agriculture, avec JeufZone Farm pour la rendre attractive aux yeux des jeunes et régler trois problèmes majeurs : la souveraineté alimentaire, l’emploi des jeunes, et les encourager à quitter les villes pour revenir vivre au village. Moi-même, je suis reparti vivre et travailler au village.

J’ai aussi fondé une école numérique, Give1Project Digital Skills Academy, à Saly, pour former les jeunes à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité. Menée avec le PNUD comme partenaire, elle forme 200 jeunes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale tous les quatre mois, avec l’ambition d’en former plusieurs milliers dans la décennie à venir. Nous avons également initié le Give1Project Women training center, dédié à l’entrepreneuriat féminin, à l’éducation financière et à l’autonomisation des femmes. Je fais cela depuis des années au Sénégal. Puis est venue cette rencontre avec le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Nous avons longuement échangé sur sa vision du Sénégal, sur la « Vision Sénégal 2050 ».  À l’issue de cette première rencontre, il m’a proposé cette fonction d’Ambassadeur itinérant, avec une feuille de route claire :  agir comme envoyé spécial du Président, construire la marque du pays, attirer les investisseurs internationaux, et identifier les Sénégalais du monde entier pour les associer à cette mission. Je lui suis reconnaissant pour cette confiance, sa vision et son ouverture et j’ai à cœur de servir mon pays avec la même énergie que j’y consacre depuis des années.

©BN Studios

Quelle sera concrètement votre feuille de route et quels seront les grands dossiers sur lesquels vous souhaitez agir ?

T. N. : La mission qui m’a été confiée s’articule autour de plusieurs priorités : contribuer au rayonnement international du Sénégal, renforcer son attractivité économique, attirer davantage d’investissements internationaux et agir comme envoyé spécial du Président auprès de nombreux partenaires. Une autre dimension essentielle de cette mission consiste à identifier les Sénégalais qui brillent à travers le monde et à les mobiliser autour du développement de leur pays.

Le Sénégal dispose d’atouts extraordinaires qu’il faut davantage mettre en valeur. Sa position géographique est stratégique, à la croisée de l’Afrique de l’Ouest, de l’Europe, des Amériques et du reste du monde. Depuis son indépendance, le pays bénéficie d’une stabilité institutionnelle et démocratique reconnue dans une région confrontée à de nombreuses tensions. Cette stabilité inspire confiance aux investisseurs et constitue un avantage compétitif majeur. Notre population est également un formidable atout. Plus de 60 % des Sénégalais ont moins de 25 ans. C’est une jeunesse ambitieuse, créative, innovante, qui aspire à construire l’avenir du pays. Le Sénégal bénéficie aussi d’une stabilité monétaire au sein de l’UEMOA, d’une économie qui se diversifie progressivement, et d’infrastructures modernes. Le pays est connu dans le monde entier pour la Teranga, son hospitalité. Lorsque vous venez au Sénégal, vous n’êtes pas considéré comme un étranger, vous êtes accueilli comme un membre de la famille.

Nous disposons également d’un patrimoine touristique exceptionnel : le delta du Saloum et ses centaines d’îles, Saly, Saint-Louis, première capitale du Sénégal, la Casamance et ses paysages uniques. Ces richesses naturelles s’accompagnent d’investissements importants dans les infrastructures. Aujourd’hui, les routes relient efficacement les différentes régions du pays, le Train Express Régional facilite la mobilité autour de Dakar, le nouvel aéroport international connecte le Sénégal au reste du monde et les bus électriques illustrent la volonté d’investir dans une mobilité plus durable. Sans oublier les innombrables ressources dont dispose le pays et qui vont conduire la diversification économique en cours. Le pétrole, le gaz, le fer, le phosphate, les terres arables, 700 km de côtes… Une chance et des opportunités à saisir pour les investisseurs. Enfin, la sécurité : le Sénégal demeure un pays sûr dans une région marquée par de nombreuses crises. C’est un élément essentiel pour les investisseurs comme pour les visiteurs.

« Toute ma carrière repose sur une conviction simple : les diasporas constituent l’une des plus grandes richesses du continent africain.


Cela dit, le Sénégal traverse aujourd’hui une crise politique. Comment comptez-vous promouvoir le pays dans ce contexte ?

T. N. : Bien sûr, nous traversons aussi des défis politiques et économiques. Mais le Sénégal a toujours démontré sa résilience. Je suis convaincu que nous saurons surmonter cette période. Le pays reste ouvert au monde, ouvert aux affaires, et tous ceux qui souhaitent investir ou entreprendre y sont les bienvenus. Nous devons raconter une nouvelle histoire du Sénégal. Trop souvent, d’autres parlent de l’Afrique à notre place. Il est temps que nous soyons les premiers à raconter nos réussites, nos innovations, nos opportunités et notre vision de l’avenir. Le Sénégal dispose aujourd’hui d’une vision claire avec le programme « Sénégal 2050 ». Mon rôle sera de faire connaître cette ambition, d’expliquer les réformes engagées, de renforcer la confiance et de créer les conditions pour que davantage de partenaires économiques choisissent le Sénégal comme destination d’investissement et d’innovation.

Elles disposent de compétences, de réseaux, d’expériences et d’une capacité d’influence considérable qu’il faut mieux mettre au service du développement de nos pays. Ma mission consiste ainsi à mobiliser les Sénégalais les plus influents à travers le monde, qu’ils évoluent dans l’économie, la technologie, le cinéma, le sport, les organisations internationales ou la culture. Des personnalités comme Youssou Ndour, Omar Sy, Rama Yade, Sadio Mané, Akon et bien d’autres contribuent déjà au rayonnement du Sénégal. Je souhaite fédérer tous les Sénégalais, du commerçant installé à New York jusqu’au fonctionnaire travaillant aux Nations unies, en passant par les entrepreneurs, les chercheurs ou les artistes. Chacun peut devenir un ambassadeur de son pays. C’est une mission collective. Notre objectif est que le monde découvre le meilleur du Sénégal.

« Nous devons renforcer nos échanges, développer des chaînes de valeur régionales et accélérer l’intégration économique voulue par nos pères fondateurs. »

©BN Studios

Avant votre nomination, vous œuvriez déjà dans l’ombre auprès de plusieurs chefs d’État africains, les accompagnant sur les enjeux d’image, d’influence et de soft power, notamment en Guinée. Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur le pouvoir du récit national ? Et comment allez-vous articuler vos activités de conseil avec votre nouvelle fonction ?

T. N. : En effet, je travaille depuis trois ans sur l’attractivité de la Guinée, sur son soft power et son branding, aux côtés du Président Mamadi Doumbouya et du ministre Djiba Diakité. Au bout de trois ans, nous sommes parvenus à rendre ce pays attractif, à redonner confiance aux entrepreneurs du monde entier pour qu’ils viennent y investir. Cette expérience démontre l’importance de travailler sur le narratif : avoir le contrôle du récit d’un pays, c’est investir directement dans son soft power. Mais je veux aussi rappeler que les pays africains doivent travailler davantage ensemble. Nous avons longtemps regardé vers l’extérieur pour trouver nos premiers partenaires économiques, alors que notre premier marché devrait être l’Afrique elle-même.

La souveraineté économique ne signifie pas se fermer au monde. Elle consiste à être suffisamment fort pour choisir ses partenariats et créer davantage de valeur sur le continent. Cette nomination est donc parfaitement compatible avec cette vision panafricaine. Au contraire, elle offre une opportunité supplémentaire de rapprocher des pays frères et de créer davantage de synergies. Je vois de nombreuses complémentarités entre la « Vision Sénégal 2050 » et les grands projets de développement engagés ailleurs sur le continent, notamment le projet « Simandou 2040 » en Guinée. Nous devons réfléchir à la manière de créer des partenariats économiques gagnant-gagnant. Prenons l’exemple de l’énergie. La Guinée s’industrialise rapidement et aura besoin de nombreux partenaires. Le Sénégal développe aujourd’hui des compétences importantes dans le secteur pétrolier et gazier. Pourquoi ne pas construire des coopérations régionales ? Nous avons déjà commencé à travailler sur l’organisation de rencontres entre les présidents, les opérateurs économiques et les investisseurs afin d’identifier des projets communs. C’est cette Afrique que je souhaite contribuer à bâtir : une Afrique où les pays ne se perçoivent plus comme des concurrents, mais comme des partenaires capables de grandir ensemble.

Ce qui était le rêve de nos pères fondateurs, comme Léopold Sédar Senghor et Ahmed Sékou Touré, qui rêvaient d’une Afrique plus intégrée. À notre génération de reprendre ce chantier afin de faire en sorte que les prochaines générations vivent sur un continent où les frontières seront davantage des espaces de coopération que des barrières. Aujourd’hui encore, nos premiers partenaires commerciaux sont souvent les États-Unis, la Chine ou la Turquie, avant d’être nos voisins africains. Nous devons inverser cette logique. Le Sénégal a besoin de la Guinée, la Guinée a besoin du Sénégal, tout comme nos deux pays ont besoin du Mali, et ainsi de suite. C’est ensemble que nous pourrons bâtir une Afrique plus forte, plus intégrée et plus souveraine.

« Pour moi, cette nomination n’est pas une fin, mais une nouvelle responsabilité. Elle me permettra également de renforcer les liens que j’ai construits avec la Guinée tout en servant pleinement mon pays, le Sénégal. »



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