Accueil Commerce Ce qu’il faut retenir du rapport Afreximbank sur le commerce africain

Ce qu’il faut retenir du rapport Afreximbank sur le commerce africain

Le dernier African Trade Report d’Afreximbank livre un message clair : dans un monde bouleversé par les tensions géopolitiques, l’Afrique dispose d’une occasion historique pour accélérer son industrialisation et renforcer son commerce intra-africain. À condition de lever plusieurs freins structurels. Voici les cinq enseignements clés du rapport.

Par Régis Pangou


La fragmentation du commerce mondial peut devenir une opportunité pour l’Afrique

Longtemps perçues comme une menace, les tensions géopolitiques deviennent une opportunité stratégique pour l’Afrique, selon Afreximbank. Les auteurs de l’étude notent ainsi que « l’Afrique est de mieux en mieux positionnée pour devenir une destination compétitive pour l’investissement, la production manufacturière, l’innovation numérique et l’industrialisation verte ».  Et pour cause : guerre commerciale sino-américaine, conflit en mer Rouge, rivalités au Moyen-Orient, montée du protectionnisme… Ce sont là autant de facteurs qui rebattent les cartes du commerce mondial et poussent les entreprises à diversifier leurs chaînes d’approvisionnement. Pour le rapport, cette reconfiguration ouvre une fenêtre de tir inédite dans la mesure où la multiplication des stratégies de friend-shoring et de régionalisation pourrait permettre au continent de s’imposer comme une nouvelle base de production et de transformation industrielle, à condition toutefois que celui-ci améliore sa compétitivité. Les chiffres témoignent de cette dynamique positive. En 2025, la croissance africaine a atteint 4,5 %, contre 3,4 % un an plus tôt, dépassant la croissance mondiale. Le commerce de marchandises du continent a quant à lui progressé de 6,1 % pour atteindre environ 1 500 milliards de dollars, tandis que le commerce intra-africain a augmenté de 5,5 %, à 213,8 milliards de dollars. Pour Afreximbank, l’enjeu n’est donc plus seulement de résister aux chocs extérieurs, mais de transformer ces bouleversements en levier de montée en gamme industrielle.


Les champions du commerce intra-africain montrent la voie

Si la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) nourrit de grandes ambitions, certains pays démontrent déjà qu’une forte intégration commerciale régionale est possible. L’Afrique du Sud domine ainsi largement les échanges intra-africains avec 19,2 % du total continental. Elle est suivie par la République démocratique du Congo (6,74 %) et la Côte d’Ivoire (4,83 %). Derrière ce trio figurent ensuite l’Ouganda, le Maroc, l’Égypte, la Zambie, le Nigeria, le Zimbabwe et la Namibie. À eux seuls, ces dix pays concentrent près de 60 % du commerce intra-africain. Leur point commun ? Des économies relativement diversifiées, une meilleure insertion dans les communautés économiques régionales et, pour plusieurs d’entre elles, un tissu industriel plus développé permettant d’exporter davantage de produits manufacturés ou semi-transformés. Le rapport souligne également que l’Afrique australe reste la région offrant le plus important potentiel commercial inexploité, notamment dans les équipements électriques, les véhicules, les métaux ou encore les produits chimiques. Au total, les dix catégories de produits les plus prometteuses représentent à elles seules 43,6 milliards de dollars de potentiel commercial supplémentaire sur le continent.


La Zlecaf devient une nécessité économique plus qu’un projet politique

Le rapport est sans ambiguïté sur un point particulier : dans un monde marqué par les tensions commerciales et la volatilité des chaînes logistiques, la Zlecaf n’est plus simplement un projet d’intégration, mais une réponse stratégique aux nouvelles réalités de l’économie mondiale. Réduction des barrières tarifaires, harmonisation des normes, amélioration des procédures douanières, développement des paiements régionaux : autant de leviers destinés à réduire la dépendance du continent vis-à-vis des marchés européens, asiatiques ou nord-américains. Initiatrice du projet, Afreximbank insiste également sur le rôle croissant du Pan-African Payment and Settlement System (PAPSS), ce dispositif qui permet désormais à un nombre croissant de banques centrales africaines d’effectuer des paiements transfrontaliers en monnaies locales, réduisant ainsi les coûts de transaction et la dépendance au dollar. Un changement de paradigme qui fait dire aux équipes de l’institution financière multilatérale panafricaine que « plus qu’un simple accord commercial, la Zlecaf s’impose de plus en plus comme une voie vers la souveraineté économique. »


L’industrialisation doit désormais remplacer le modèle fondé sur les matières premières

L’un des messages les plus forts du rapport concerne la nécessité de rompre avec un modèle d’exportation centré sur les matières premières brutes. « En accélérant la transformation locale et la création de valeur sur le continent, les économies africaines peuvent accroître la valeur qu’elles captent, renforcer la compétitivité de leurs exportations et réduire leur exposition aux chocs extérieurs », plaident ainsi les auteurs de l’African Trade Report. Afreximbank estime à cet égard que les nouvelles chaînes de valeur mondiales offrent au continent l’occasion de développer davantage d’activités de transformation locale dans des secteurs tels que le cacao, les minerais critiques, l’agroalimentaire, la pétrochimie ou encore les batteries destinées aux véhicules électriques. Le rapport cite notamment les perspectives offertes par la coopération entre la RDC, la Zambie et le Zimbabwe autour des minerais stratégiques, ou encore par le développement d’industries régionales du chocolat en Afrique de l’Ouest. Autrement dit, la richesse minière ou agricole du continent ne constitue plus un avantage suffisant ; c’est désormais sa capacité à transformer localement ces ressources qui déterminera sa place dans les chaînes de valeur mondiales.


Le financement du commerce demeure le principal défi

Si les perspectives apparaissent favorables, Afreximbank rappelle toutefois que l’obstacle majeur reste financier. Les auteurs de l’étude rappellent en particulier que le déficit africain de financement du commerce a encore atteint 74 milliards de dollars en 2025, limitant fortement les capacités d’exportation des entreprises africaines. Plus largement, le déficit annuel de financement du commerce intra-africain est évalué entre 80 et 120 milliards de dollars.  Pour combler cet écart, les institutions financières de développement sont appelées à jouer un rôle beaucoup plus important en matière de garanties, de financement des PME, de développement des infrastructures logistiques et d’appui aux zones industrielles. Une bonne manière pour Afreximbank de mettre en avant ses propres interventions : 17,5 milliards de dollars ont ainsi été décaissés en 2024, avec un objectif de porter les financements dédiés au commerce intra-africain à 40 milliards de dollars dès cette année. Au final, on l’aura compris, dans un monde devenu plus fragmenté et plus incertain, le continent ne pourra pleinement tirer parti des nouvelles dynamiques commerciales qu’en accélérant simultanément son industrialisation, l’intégration de ses marchés, le financement du commerce et la montée en puissance de ses chaînes de valeur régionales.



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