Acteur majeur du manganèse gabonais et des sables minéralisés au Sénégal, l’opérateur minier français Eramet pourrait entrer dans une nouvelle phase de son histoire capitalistique avec l’arrivée d’investisseurs américains et émiratis.
Fragilisé par des difficultés financières et une crise de gouvernance, le groupe minier Eramet suscite désormais l’intérêt du consortium américano-émirati Orion Critical Mineral Consortium (Orion CMC). Selon des informations rapportées par le Financial Times, ce fonds soutenu par l’agence fédérale américaine DFC et le fonds souverain émirati ADQ discuterait d’une possible entrée au capital d’Eramet via le rachat de tout ou partie de la participation de la famille Duval, actionnaire historique contrôlant 37 % du capital.
L’intérêt d’Orion CMC dépasse toutefois la seule logique financière. Washington et Abou Dhabi cherchent en effet à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques afin de réduire la dépendance occidentale aux chaînes de valeur dominées par la Chine. Avec ses positions fortes dans les sables minéralisés au Sénégal (via la filiale Eramet Grande Côte), le nickel et le manganèse au Gabon (par le biais de la Compagnie minière de l’Ogooué – Comilog), Eramet apparaît comme un actif stratégique dans la course mondiale aux métaux de la transition énergétique.

Des Équilibres Géopolitiques Complexes
Cette bataille actionnariale pourrait néanmoins se heurter à des équilibres géopolitiques complexes. Libreville, qui ambitionne de monter au capital d’Eramet tout en imposant une transformation locale accrue du manganèse d’ici 2029, dispose de fait d’un levier important via sa participation dans la Comilog. Quant à la France, elle conserve une influence notable grâce à sa participation directe au capital et au financement du Transgabonais via l’Agence française de développement (AFD).
