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Gregory Clerc, Directeur général du Groupe Castel : « Nous voulons faire de Castel Afrique l’un des grands champions industriels et agroalimentaires du continent »

Acteur industriel et agroalimentaire de référence sur le continent, Castel Afrique vient de franchir le cap des 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. L’occasion d’évoquer en compagnie de Gregory Clerc, Directeur général du Groupe Castel, la façon dont celui-ci est passé d’un métier historique de brasseur à celui d’investisseur industriel durablement ancré dans les économies africaines, à travers le développement de filières locales, l’intégration de la chaîne de valeur et des investissements de long terme au service de l’industrialisation du continent.


Le Groupe Castel a atteint près de 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 20251. Quel rôle a joué l’Afrique dans cette performance ?

Gregory Clerc : Ce seuil des 7 milliards d’euros est une étape majeure, rendue possible grâce à l’engagement de nos équipes, à la confiance de nos partenaires et à la fidélité de nos consommateurs. Mais au-delà du chiffre, il traduit surtout la solidité d’un modèle construit dans la durée. Avec plus de 5 milliards d’euros réalisés en 2025, l’Afrique n’est pas seulement le principal moteur de notre croissance : elle est aujourd’hui au cœur de notre identité et de notre ambition. Nous y sommes présents depuis plusieurs décennies et y avons bâti un réseau industriel et commercial solide et performant, qui nous permet d’accompagner le dynamisme des marchés.

Le premier semestre 2026 a notamment été marqué par notre intégration industrielle en Angola, qui a été renforcée à la suite du partenariat noué avec Heineken, et se traduit à la fois par la production de leur bière et la fabrication de bouteilles dans notre verrerie locale, Vidrul. Nous avons également œuvré au développement de nos marques, avec de nouvelles égéries telles que Fally Ipupa pour Beaufort, Samuel Eto’o pour World Cola, et la mise sur le marché de près de 50 nouvelles références. L’innovation constitue en effet un levier essentiel de notre développement. De nombreux autres projets sont en cours pour les deux années à venir afin de continuer à répondre aux attentes de nos consommateurs africains. Notre ambition est simple : continuer à investir en Afrique, avec l’Afrique et pour l’Afrique.

« Avec plus de 5 milliards d’euros réalisés en 2025, l’Afrique n’est pas seulement le principal moteur de notre croissance : elle est aujourd’hui au cœur de notre identité et de notre ambition »


Vous voulez faire de Castel Afrique « une référence industrielle et agroalimentaire ». En quoi consiste ce repositionnement ?

G. C. : Notre cœur de métier reste celui des boissons, mais notre ambition va bien au-delà. Nous voulons faire de Castel Afrique l’un des grands champions industriels et agroalimentaires du continent. Nous sommes convaincus que la croissance durable de l’Afrique passera par une industrialisation toujours plus forte, une meilleure valorisation de ses ressources agricoles et le développement de chaînes de valeur intégrées. Nos compétences industrielles, logistiques et commerciales constituent un socle solide pour porter un projet agroalimentaire plus ambitieux. Notre ambition est de développer durablement nos activités sur le continent, en renforçant prioritairement nos capacités de production tout en favorisant la création d’emplois et le développement des savoir-faire. C’est déjà une réalité avec nos activités sucrières et nos distilleries au sein de Somdia, ainsi qu’avec les filières agricoles développées avec des milliers de producteurs partenaires. Il ne s’agit pas d’une diversification dictée par les opportunités de marché, mais de la continuité d’un projet industriel cohérent, construit depuis plusieurs décennies.

©Castel

Combien allez-vous investir dans les années à venir, et vers quels pays ?

G. C. : Notre priorité est claire : continuer à investir là où nous croyons durablement au potentiel de croissance de l’Afrique. En d’autres termes, il faut construire aujourd’hui les capacités industrielles qui accompagneront les besoins de demain. En 2026, nous engagerons des investissements massifs en Afrique. Une part importante ira au développement de nos capacités industrielles : six projets de greenfields sont en cours, dont Sanoyah en Guinée Conakry où la production démarre en ce mois de juillet 2026. D’autres sont engagés ou à l’étude à Malabo, San Pedro, Bélabo, Kinshasa et Kolwezi.

Nous avons aussi validé quinze nouvelles lignes de production sur nos sites existants, verre, boîtes, PET, dont près de 60 % concernent le verre consigné, qui constitue un avantage compétitif majeur tout en répondant à nos ambitions environnementales. La croissance externe reste un levier lorsque de belles occasions se présentent, comme l’acquisition réalisée au Ghana en 2025, notre première depuis 2016.

« Six projets de greenfields sont en cours, dont Sanoyah en Guinée Conakry (…]. D’autres sont engagés ou à l’étude à Malabo, San Pedro, Bélabo, Kinshasa et Kolwezi »


Que recouvre chez Castel la notion d’« intégration locale » ?

G. C. : L’intégration locale n’est pas seulement un choix économique : elle constitue l’un des fondements de notre modèle de développement. Aujourd’hui, 62 % de nos achats sont réalisés localement. Sur l’agriculture, nous travaillons avec des milliers de producteurs pour développer des filières comme le sorgho, le riz ou le maïs ; en Éthiopie, 85 % de nos matières premières sont achetées localement ; à Madagascar, 58 % ; au Malawi et au Tchad, 100 % des céréales utilisées sont sourcées sur place. Cette logique s’étend à l’ensemble de la chaîne de valeur, avec Somdia et la fabrication locale de certains intrants. Plus de 90 % de notre sous-traitance est confiée à des entreprises locales. La valeur créée en Afrique doit bénéficier en priorité aux économies africaines.

« Aujourd’hui, 62 % de nos achats sont réalisés localement »


Comment cette stratégie répond-elle à l’enjeu de souveraineté alimentaire du continent ?

G. C. : La souveraineté alimentaire ne se résume pas simplement à produire davantage : elle consiste à permettre aux pays africains de créer davantage de valeur localement, de renforcer leur autonomie industrielle et de bâtir des filières agricoles pérennes. Cela passe par la formation aux bonnes pratiques agricoles, l’accès à des intrants de qualité et un suivi technique de proximité. Cet accompagnement professionnalise progressivement les filières et sécurise les revenus des agriculteurs. Notre ambition est d’être un partenaire de long terme des producteurs africains, en leur donnant les moyens de gagner en productivité, en qualité et en compétitivité. C’est en produisant, transformant et conservant davantage de valeur sur le continent que nous contribuons, à notre échelle, au renforcement de la souveraineté alimentaire et économique de l’Afrique.

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Castel emploie plus de 40 000 personnes en Afrique. Comment formez-vous les talents africains ?

G. C. : Castel Afrique est présent dans 22 pays et compte près de 40 000 collaborateurs, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers d’emplois indirects. 98 % de nos collaborateurs sont recrutés localement, les expatriés ne représentent que 1 % des effectifs du pôle Boissons, et moins de 2 % de l’agro-industriel. Nous investissons fortement dans la formation, avec des parcours diplômants, notamment auprès de l’UCAC-ICAM2 au Cameroun et de l’Université catholique de Louvain. En 2025, plus de 800 promotions internes ont eu lieu. Nous voulons voir émerger toujours plus de managers, d’experts et de dirigeants issus des pays dans lesquels nous sommes implantés.

« Castel Afrique est présent dans 22 pays et compte près de 40 000 collaborateurs, auxquels s’ajoutent des centaines de milliers d’emplois indirects »


2026 est « l’Année africaine de l’eau ». Comment gérez-vous cette ressource ?

G. C. : L’eau est une ressource essentielle et sa préservation une priorité industrielle. Pour un groupe comme le nôtre, protéger cette ressource n’est pas une option : c’est une responsabilité. Depuis sept ans, nous améliorons chaque année notre ratio de consommation : nous utilisons aujourd’hui 30 % d’eau en moins qu’en 2018 pour produire un litre de boisson. Chaque nouveau site intègre désormais des objectifs d’efficacité hydrique dès sa conception. Nous continuerons à investir dans les meilleures technologies afin de réduire encore notre consommation et de préserver durablement cette ressource indispensable aux générations futures.

« Nous utilisons aujourd’hui 30 % d’eau en moins qu’en 2018 pour produire un litre de boisson »


Comment conciliez-vous croissance industrielle et réduction de l’empreinte environnementale ?

G. C. : La performance industrielle et la performance environnementale vont de pair. Aujourd’hui, 46 de nos usines sont équipées de systèmes de traitement des eaux usées, et nous continuons d’investir : de nouvelles installations sont entrées en service à Pointe-Noire, celle de Lubumbashi doit démarrer avant fin 2026, et d’autres sites (Bafoussam, Douala) voient leurs équipements renforcés. Nous développons aussi l’économie circulaire, le recyclage des emballages et la valorisation des coproduits, tout en poursuivant notre transition énergétique.

Nous sommes convaincus que la compétitivité industrielle de demain sera indissociable de la performance environnementale. Les entreprises qui réussiront seront celles capables d’innover tout en utilisant mieux les ressources naturelles. Notre ambition est donc de démontrer qu’il est possible de conjuguer croissance, compétitivité et responsabilité environnementale dans la durée.

« Notre ambition est […] de démontrer qu’il est possible de conjuguer croissance, compétitivité et responsabilité environnementale dans la durée »

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Où en est le projet de vente de la Sosucam, et pourquoi vous séparer de cette activité ?

G. C. : Nous ne commentons pas les opérations en cours tant qu’elles ne sont pas abouties. Cette cession obéit à un contexte particulier, et en aucun cas à un désengagement de notre part vis-à-vis de l’Afrique ou du Cameroun. Nous cherchons, en lien avec les autorités, une solution pérenne et équilibrée permettant de préparer sereinement la prochaine campagne. Il est important de rappeler que cette opération est spécifique à un contexte donné et ne remet nullement en cause notre stratégie de développement agro-industriel en Afrique. Somdia, et le groupe dans son entier, restent par ailleurs très engagés sur d’autres projets agro-industriels, comme le montrent les récentes réalisations au Congo et en Côte d’Ivoire.

« Ce qui me rend le plus fier, ce sont les 40 000 collaborateurs engagés au quotidien, qui font vivre Castel Afrique »


La presse évoque des batailles de gouvernance avec deux membres de la famille Castel. Qu’en est-il ?

G. C. : Je ne souhaite pas alimenter ce point. Ce qui importe avant tout, c’est que ces sujets n’ont absolument aucun impact sur le fonctionnement opérationnel du groupe. Avec nos équipes, nous restons pleinement tournés vers l’avenir et notre priorité demeure d’investir, d’innover et de préparer les décennies futures. Nos activités se poursuivent normalement dans l’ensemble des pays où nous sommes présents.

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À quoi doit ressembler Castel Afrique dans cinq ans ?

G. C. : Je souhaite que Castel Afrique soit l’un des bastions industriels et agroalimentaires du continent, capable de conjuguer performance économique, innovation et impact durable, et comme un groupe qui promeut les talents africains. Nous continuerons donc à investir dans la durée, renforcer notre lien de confiance avec nos consommateurs et partenaires, et surtout contribuer concrètement à l’industrialisation du continent.


Qu’est-ce qui vous rend personnellement le plus fier ?

G. C. : Ce qui me rend le plus fier, ce sont les 40 000 collaborateurs engagés au quotidien, qui font vivre Castel Afrique. Lorsque je visite nos usines et que je les rencontre sur le terrain, je mesure chaque fois l’engagement, le talent et la fierté qui les animent : au-delà des investissements, des usines ou des résultats financiers, la plus grande richesse de Castel Afrique restera toujours les femmes et les hommes qui construisent cette aventure chaque jour.

1. En 2025, le groupe a réalisé 6,954 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

2. Ecole d’ingénieurs basée au Cogo (Pointe-Noire) depuis 2002 et au Cameroun (Douala) depuis 2004.



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