Pendant plus d’un demi-siècle, le Gabon a vécu sur une manne pétrolière qui s’amenuise progressivement. Aujourd’hui engagé sur la voie de la diversification économique, le pays développe de nouveaux projets capables de concilier croissance et durabilité. Analyse Macroéconomique
Par Marie-France Réveillard
Situé au cœur de l’Afrique centrale, sur la façade atlantique, le Gabon dispose de frontières avec le Cameroun, la Guinée équatoriale et la République du Congo. Près de 88 % du territoire est occupé par la forêt du bassin du Congo. En dépit de ses 267 667 km2 de superficie, il ne compte que 2,3 millions d’habitants, dont 80 % en zone urbaine. Après la « dynastie Bongo » qui dirigea le pays pendant 47 ans, Brice Clotaire Oligui Nguema, devenu président de la République le 12 avril 2025, promet une nouvelle ère sociale, politique mais aussi économique. « Nous sommes optimistes car les autorités sont volontaires et le Gabon dispose de nombreux atouts. Plusieurs chantiers sont engagés et nous observons des avancées concrètes pour diversifier l’économie, injecter des capitaux et attirer de nouveaux partenaires », observe Nicolas Chevrinais, Associé chez EY au Gabon. La création de cinq fonds stratégiques destinés à soutenir des secteurs clés de l’économie nationale1 a d’ailleurs été annoncée en mai dernier par le gouvernement. Des changements se ressentent au niveau de la mise en œuvre de politiques budgétaires plus expansionnistes en matière d’accompagnement des entreprises et de création d’emplois, mais aussi en termes d’amélioration de la qualité et de l’accès aux infrastructures et aux services publics de base. Pour l’économiste Cédric Achille Mbeng Mezui, « le principal défi à relever sera celui de la soutenabilité de la dette qui représente plus de 70 % du PIB. Les autorités doivent non seulement être en mesure d’honorer le paiement des salaires des fonctionnaires et le versement des retraites, mais aussi d’assurer le remboursement de leurs créanciers ». Selon les perspectives des institutions de Bretton Woods, la croissance sera, cette année, positive mais modérée. Elle devrait s’établir à 2,8 %, selon les données publiées le 25 avril 2025 par le Fonds monétaire international (FMI).

Fin Du « Tout Pétrole » Et Diversification Économique
En juin 2024, l’État rachetait Assala Energy, la deuxième entreprise pétrolière du Gabon. Un an plus tard, Tullow Oil bouclait le processus de cession de ses actifs à la Gabon Oil Company (GOC), pour 300 millions de dollars. « Le Gabon ne veut plus être spectateur de son économie, mais un véritable acteur », constate Nicolas Chevrinais. Avec la raréfaction des réserves pétrolières sur les champs à terre, le ministère du Pétrole cherche à développer la production offshore dont le potentiel reste inexploité à près de 72 %, selon les autorités qui entendent développer toute la chaîne de valeur (réhabilitation de la raffinerie de Port-Gentil et mise en service d’une installation flottante de liquéfaction de gaz à Cap Lopez en 2026). En 1997, la production de brut avoisinait 370 000 batrils par jour (bpj) ; elle n’était plus que de 200 000 bpj en 2023, selon GlobalData. Pourtant, pour Cédric Achille Mbeng Mezui, la diversification économique n’est pas synonyme de crépuscule pétrolier : « La transformation locale accompagnera l’industrialisation. En raffinant notre pétrole, nous pourrons faire du bitume, qui est jusqu’à présent importé. Nous serons en mesure de créer des produits finis à haute valeur ajoutée, et des engrais de qualité pour notre agriculture. Cette diversification verticale permettra de réduire le volume de nos importations». Fin 2023, le pétrole représentait encore près de 70 % des exportations totales du pays et contribuait à 45 % du PIB. Aujourd’hui, les ambitions de croissance se portent de plus en plus sur les minerais, ainsi que sur l’or brun (l’industrie du bois). « Nous attendons des résultats concrets dans le secteur minier, avec une première transformation attendue prochainement, mais aussi dans les secteurs forestier et touristique », explique Nicolas Chevrinais. « Il se passera avec les mines ce qui est arrivé avec le bois : une sorte de big bang, à condition bien sûr de renforcer les capacités locales. L’École des mines et de la métallurgie de Moanda-Gabon (E3MG) a d’ailleurs été créée en 2016 pour répondre au défi du renforcement des capacités locales », ajoute-t-il.

Une Croissance Sous Conditions…
L’heure est à la diversification de l’économie. L’industrie du bois, les plantations de palmiers à huile et de caoutchouc, mais aussi le manganèse, la potasse et le fer (gisement de Belinga), seront des clés de l’économie gabonaise dans le futur. Cependant, le Gabon, absorbeur net de carbone, entend coûte que coûte préserver sa forêt et multiplie les initiatives «durables ». En termes de perspectives, la Banque mondiale prévient d’un risque de détérioration de la situation budgétaire en raison de la baisse des revenus pétroliers, et de fortes pressions sur les dépenses publiques pour répondre aux demandes sociales. Le pays est également exposé au risque d’un accès limité aux financements extérieurs et à l’augmentation des coûts d’emprunt, eu égard au resserrement des conditions financières au niveau international et à la capacité d’emprunt plus limitée des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) sur le marché financier régional. Enfin, la montée du protectionnisme de ses partenaires traditionnels européens et chinois, notamment, pourrait impacter le marché national. « Sans mesures correctives, une augmentation des déficits budgétaires pourrait compromettre la viabilité de la dette », avertit la Banque mondiale. « Les autorités veulent améliorer le climat des affaires et leur environnement juridique et fiscal, en renforçant notamment l’autonomisation des tribunaux de commerce et en accentuant les efforts en matière de digitalisation. Désormais, la fiscalité doit relever uniquement de la Loi de finances, et ce conformément à la Constitution, ce qui évitera ainsi tout risque de parafiscalité préjudiciable aux opérateurs économiques », précise Nicolas Chevrinais.
1. Le Fonds national pour l’énergie et l’eau (FNEE), le Fonds gabonais pour l’habitat et le logement (FGHL), le Fonds national pour les infrastructures (FNI), le Fonds stratégique pour le développement de la pêche et de l’aquaculture (FDPA), et le Fonds stratégique agricole (FSA).









