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Africharger : Le Game Changer Ivoirien Pour Une Mobilité Zéro Carbone

Depuis quelque temps, bornes de recharge électrique intelligentes et stations de swapping se multiplient à Abidjan. Entretien avec Yaya Koné, le CEO et cofondateur d’Africharger, qui a déjà fait parler de lui avec COLIBA AFRICA, start-up ivoirienne spécialisée dans le recyclage d’emballages plastiques.  

Propos recueillis par Marie-France Réveillard


Quel a été votre cursus avant de créer Africharger ?

Yaya Koné : Je suis titulaire d’un PhD en langues et civilisations anglophones (Université de Caen) et d’un Executive MBA (HEC Paris). Je dispose d’une douzaine d’années d’expérience dans le secteur du recyclage et des startups technologiques. Avant de cofonder la start-up Africharger, spécialisée dans la mobilité électrique et les énergies renouvelables, j’avais cofondé Coliba Africa en 2016, une entreprise spécialisée dans la gestion des déchets plastiques en Côte d’Ivoire

Yaya Koné, CEO et cofondateur d’Africharger

En Substance, Quelle est la Genèse d’Africharger ?

Y. K. : C’est une longue histoire qui a commencé en 2018 et qui part de la mise en place de bornes de recharge pour des téléphones portables, à Abidjan. De fil en aiguille, la solution a évolué. En 2019, nous avons installé nos premières recharges pour vélos électriques, en association avec la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE). En 2020, la pandémie de Covid-19 nous a poussés à faire une pause et à réfléchir en profondeur aux axes de notre développement. C’est à ce moment-là que nous avons pensé au déploiement de réseaux de bornes de recharge (homologuées CE) pour les deux roues, les tricycles et les quatre roues. Nous étions des précurseurs car avant 2021, la Côte d’Ivoire ne disposait pas encore de véhicule électrique… Nous avons anticipé les besoins à venir, au regard de la transition énergétique engagée dans le pays. En 2023, nous avons procédé à nos premiers tests en introduisant un système d’échange de batterie (swapping).


Actuellement, Quels Sont Les Services Proposés Par Africharger ?

Y. K. : Nous déployons un écosystème global dédié à la mobilité électrique en Côte d’Ivoire, qui comprend des bornes de recharge pour les voitures électriques et des stations de swapping* de batteries pour motos, ainsi qu’une plateforme numérique innovante de géolocalisation. Grâce à l’intelligence artificielle (IA) et à l’Internet des Objets (IoT), nous gérons en temps réel, équipements, optimisation des flux énergétiques, maintenance prédictive et analyse des données d’usage. Les solutions que nous proposons sont couplées à des options de paiement mobile simples et sécurisées (Orange Money, MTN Mobile Money, Wave…).

« Nous déployons un écosystème global dédié à la mobilité électrique en Côte d’Ivoire, qui comprend des bornes de recharge pour les voitures électriques et des stations de swapping de batterie pour motos, ainsi qu’une plateforme numérique innovante de géolocalisation »


Le Swapping Avait Déjà été Développé Dans la Sous-Région Par d’Autres Acteurs. Quelle est la Valeur Ajoutée d’Africharger ?

Y. K. : En effet, Spiro avait développé cette approche au Bénin, BasiGo au Kenya ou Kofa au Ghana. Contrairement à nos prédécesseurs en matière de swapping, nous avons développé des batteries qui sont universelles. C’est là que repose notre véritable valeur ajoutée par rapport à la concurrence. Ensuite, nous avons mis en place une plateforme pour déployer nos réseaux de bornes pour les deux roues, en nous appuyant sur un réseau de mécaniciens qui font des SAV de motos existantes. Par ailleurs, notre application permet aux utilisateurs de localiser facilement nos batteries. Nous avons réalisé notre premier test avec la mairie de Bouaké, dans le cadre du projet « Bouaké Ville Durable » qui s’est avéré concluant. C’est à partir de ce constat que nous nous sommes développés en Côte d’Ivoire. Nous disposons à ce jour de 78 points dans le district d’Abidjan

« Contrairement à nos prédécesseurs en matière de swapping, nous avons développé des batteries qui sont universelles. C’est là que repose notre véritable valeur ajoutée par rapport à la concurrence »


Quelles Sont Vos Perspectives de Développement Sur le Marché Ivoirien ?

Y. K. : La Côte d’Ivoire compte environ 300 000 motos thermiques. Ce sont autant de véhicules que nous souhaitons remplacer par des motos électriques. Nous disposons de deux verticales : la première est relative aux motos électriques et repose sur un modèle B2B. Nous proposons les motos électriques en location journalière aux livreurs qui swappent directement sur nos bornes de recharge. En un an, nous avons acquis une flotte de 1 000 véhicules électriques (30 % de motos et 70 % de scooters).

« Nous proposons les motos électriques en location journalière aux livreurs qui swappent directement sur nos bornes de recharge »


Quel est le Coût de Cette Solution Comparativement aux Propositions Thermiques ?

Y. K. : La recharge complète d’une moto qui permet une autonomie de 80 km coûte 1 euro environ, contre 1,75 euro pour le litre gasoil. Notre proposition est donc meilleur marché. Par ailleurs, l’économie est également énergétique et participe à décarboner nos villes africaines. En 2024, nous avons permis d’économiser 650 tonnes de CO2. C’est un bon début ! Nous avons deux types de bornes. Premièrement, nous disposons d’une quinzaine de bornes AC, ou « bornes douces » qui rechargent une voiture pleine en moins d’une heure et demie. Ensuite, nous avons un deuxième type de batterie qu’on appelle les DC, qui sont ultrarapides et qui rechargent les véhicules en moins de 30 minutes.  Nous avons des discussions avancées avec Vivo Energy et Corlay, et installé des bornes de rechargement dans leurs stations-service.


Quel est l’Impact d’Africharger en Termes d’Emplois ?

Y. K. : Nous avons mis en place un programme de formation pour assurer la supervision des gestionnaires de bornes. Toutes ces collaboratrices sont des femmes. Nous disposons également d’un service de maintenance. Nos équipes sont constituées à 70 % de techniciens et d’ingénieurs. Nous employons actuellement 25 collaborateurs à temps plein et générons près de 350 emplois à temps partiel.

« Nous employons actuellement 25 collaborateurs à temps plein et générons près de 350 emplois à temps partiel »


Quels Sont vos Objectifs à Court et Moyen Termes ?

Y. K. : À court terme, nous allons démarcher de plus en plus d’entreprises sur la partie RSE, pour leur proposer nos solutions. Nous allons également travailler avec des plateformes gestionnaires de flottes 100 % électriques. Aujourd’hui, la majorité des véhicules électriques que vous trouvez en Côte d’Ivoire sont produits par le marché chinois, qui reste le plus compétitif. Nous avons créé notre propre concession de véhicules, Save Group (Société africaine des véhicules électriques). En quelques mois, nous avons déjà vendu plus d’une trentaine de véhicules électriques : des pick-up aux berlines, en passant par des véhicules plus modestes.

« Nous avons créé notre propre concession de véhicules, Save Group (Société africaine des véhicules électriques). En quelques mois, nous avons déjà vendu plus d’une trentaine de véhicules électriques »

Nous observons les mouvements d’opérateurs comme Heetch qui sont en train d’ouvrir une gamme de VTC 100 % green, comparable à Uber Green en France. De plus en plus de VTC développent des offres green et notre objectif est de les attirer vers nos services. Les perspectives de croissance sont immenses, c’est pourquoi nous mutualisons nos efforts, en signant des partenariats avec des gestionnaires des flottes. D’ici fin 2026, nous voulons être présents dans les grandes régions ivoiriennes : Korhogo, Odienné d’où je suis originaire, San-Pedro, Aboisso, Agboville… Enfin, nous prévoyons la mise en place d’une unité de production de bornes électriques à Bouaké. 

« D’ici fin 2026, nous voulons être présents dans les grandes régions ivoiriennes (…] Enfin, nous prévoyons la mise en place d’une unité de production de bornes électriques à Bouaké »


Quels Sont les Principaux Défis Auxquels Vous Êtes Confrontés ?

Y. K. : Nous faisons face à des défis réglementaires et structurels. À ce jour, il n’existe aucune réglementation concernant les véhicules électriques. Si tel était le cas, cela nous permettrait d’acquérir des véhicules à moindre coût. Néanmoins, l’État ivoirien travaille sur la question. Il faudrait baisser les taxes sur les importations, par exemple. Comment soutenir une politique de décarbonation sans incitations, au regard des prix toujours élevés des véhicules électriques ? Ensuite, la facturation des coûts d’énergie est décidée par chaque opérateur. Nous suggérons une politique de réglementation pour établir un coût unique au kWh pour tous les opérateurs. Enfin, en tant qu’entrepreneurs, nous sommes également confrontés au défi de l’investissement.

« À ce jour, il n’existe aucune réglementation concernant les véhicules électriques. Si tel était le cas, cela nous permettrait d’acquérir des véhicules à moindre coût »


Précisément, Quels Sont Les Partenaires Qui Vous Soutiennent Financièrement ?

Y. K. : Nous avons lancé l’entreprise sur fonds propres avec 400 000 euros. Pour étendre nos services sur toute la Côte d’Ivoire, nous avons besoin de fonds importants. Cela peut être fois de l’investissement hybride, à travers des partenariats public-privé (PPP), le recours aux fonds de capital-risque et surtout la dette. Nous cherchons actuellement à lever 4 millions d’euros pour soutenir notre développement à partir de 2026.

« Nous cherchons actuellement à lever 4 millions d’euros pour soutenir notre développement à partir de 2026 »


Au-Delà de Votre Expansion Géographique, Travaillez-Vous Sur de Nouvelles Propositions Énergétiques ?

Y. K. : En effet, car la Côte d’Ivoire dispose de nombreux atouts pour soutenir notre croissance, comme une bonne qualité de la couverture en énergie, qui avoisine les 94 %. À Abidjan, nous utilisons le courant alternatif et nous tenons à développer le solaire en dehors de la capitale, car le potentiel est immense.

*Fondé sur un système d’échange, le battery swapping  permet de faire le plein en électricité en seulement quelques minutes. Outre la rapidité de recharge, les stations d’échange de batteries offrent la flexibilité de choisir la capacité de sa batterie en fonction de ses besoins spécifiques.


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