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Le mobile money franchit un nouveau cap avec Leya Labs

Aziz Daifi ©leya

En s’attaquant au manque chronique de liquidité dans les agences, Leya Labs révolutionne l’univers du mobile money. Présente en Côte d’Ivoire via sa filiale Leya CI et à travers un pilote au Burkina Faso, la fintech française a réalisé fin 2025 une levée de fonds de 1,5 million d’euros afin d’accélérer son expansion dans une dizaine de pays africains. Son ambition : devenir une infrastructure de référence pour la gestion de la liquidité au sein de l’écosystème financier africain.

Par Olivia Yéré Daubrey


Selon la GSMA1, 1 432 milliards de dollars ont transité par monnaie électronique (mobile money) en 2025 en Afrique. Pourtant, une transaction sur trois échoue encore faute de liquidité. Afin de répondre à ce défi, la société Leya Labs, créée en 2022 par Aziz Daifi et Thibaut Cathenoz, a développé une plateforme capable de réapprovisionner les agents de paiement mobile en un temps record : quatre minutes en moyenne. « Il y a vingt ans, le mobile money a digitalisé l’argent. Aujourd’hui, nous construisons une infrastructure complémentaire qui le rend disponible », résume Aziz Daifi, président de la fintech installée à Abidjan.


La bataille de la liquidité

Pour garantir cette disponibilité dans des réseaux comptant parfois plusieurs milliers d’agents répartis sur un même territoire, Leya Labs a développé Leya Pro, une application qui permet à ceux-ci de reconstituer très rapidement leur stock de cash ou d’unités électroniques. Basée sur des outils d’intelligence artificielle, la plateforme met d’abord en relation des agents aux besoins complémentaires, afin de rééquilibrer leurs comptes.

Si cela ne suffit pas, Leya fournit directement les liquidités ou propose une avance remboursable sous 24 heures via une offre de « Buy Now, Pay Later » (BNPL). « Notre ambition est simple à énoncer et complexe à réaliser : faire en sorte qu’un agent mobile money ou une néobanque ne manque jamais de liquidité lorsqu’un client se présente. Cette gestion de la liquidité en flux tendu n’est pas seulement une brique technologique ; c’est une véritable infrastructure de terrain au service de l’inclusion financière », explique Thibaut Cathenoz, cofondateur de la plateforme.

Celle-ci affiche d’ores et déjà des résultats prometteurs : plus de 1 200 agences utiliseraient ses services, tandis que près de 100 millions d’euros de rechargements ont été traités en 2025. La start-up travaille avec les réseaux de mobile money, les néobanques et leurs agents, directement ou par l’intermédiaire de superviseurs ou d’opérateurs financiers. Elle se rémunère via une commission sur les flux traités, à laquelle s’ajoute la fourniture de services de gestion de liquidité.

Thibaut Cathenoz l’assure : ces frais sont, pour les agents, largement amortis par les gains liés à la diminution des ruptures de liquidité. Ils pourraient ainsi enregistrer une hausse de leur chiffre d’affaires comprise « entre 20 % et 50 % », portée par une continuité de service accrue et une fidélisation renforcée de leur clientèle.

«  Notre ambition est de lever les derniers freins à l’inclusion financière en Afrique en développant des solutions interopérables, conçues en symbiose avec les systèmes existants – mobile money, néobanques et banques  »

Une infrastructure pensée à l’échelle du continent

Après une levée de fonds réalisée fin 2025, Leya Labs accélère son déploiement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Objectif : étendre son modèle de franchise dans une dizaine de pays. Selon Thibaut Cathenoz, le secteur compte « environ 7 millions d’agences actives (mobile money et néobanques), dont plus de 400 000 rien qu’en Afrique de l’Ouest. En valorisant un potentiel de revenu de l’ordre de 40 euros par mois et par agence, cela représente une opportunité de marché de l’ordre de 3 milliards d’euros de revenu récurrent annuel à l’échelle du continent, et près de 200 millions d’euros pour la seule Afrique de l’Ouest ».

Au-delà de l’enjeu opérationnel, les deux fondateurs soulignent que leur initiative touche directement au thème de l’inclusion financière, les points de mobile money étant majoritairement exploités par de petits commerçants, souvent des femmes, qui jouent un rôle clé dans l’accès quotidien aux services financiers.

« Notre ambition est de lever les derniers freins à l’inclusion financière en Afrique en développant des solutions interopérables, conçues en symbiose avec les systèmes existants – mobile money, néobanques et banques – afin d’avoir un impact concret sur le quotidien des populations », explique Aziz Daifi. Estimant que ces trois modèles seront progressivement amenés à converger vers un même écosystème, il ajoute : « Notre rôle est de fournir l’infrastructure de liquidité qui permet à chacun de fonctionner efficacement, quel que soit l’acteur qui opère le point de vente ». 

1. The State of the Industry Report on Mobile Money, rapport paru en mars 2026. La GSMA (Global System for Mobile Communications Association) est l’association mondiale des opérateurs de téléphonie mobile. 


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