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Couple & Business : quand affaires & sentiments font bon ménage

Les couples constituent un modèle économique spécifique, particulièrement en Afrique anglophone. Leurs secrets ? L’engagement à regarder ensemble dans la même direction, la reconnaissance des compétences de l’autre, un partage clair des rôles. Gros plan sur ces tandems qui bâtissent des entreprises durables.

Par Jean-Luc Clouard


Confiance absolue, souhait de concilier vie professionnelle et vie personnelle, complémentarité… Ils sont des milliers de couples, une fois la lune de miel passée, à décider de faire entreprise commune pour avancer dans la vie. Le cas est si fréquent qu’Amélie Villéger, maître de conférences à l’École universitaire de management de Bordeaux (IAE), a inventé un terme pour définir ce mode de fonctionnement affectif et économique : « coupleness ». Mais que se passe-t-il lorsque, non contents d’unir leur vie privée pour le meilleur et pour le pire, mari et femme fondent ou développent une affaire ensemble ? En Afrique anglophone, l’entreprise familiale constitue assurément un modèle économique spécifique. Certaines estimations attribuent aux structures familiales plus de affaires & sentiments Quand font bon ménage 60 % des emplois au Kenya ; au Nigéria, les couples entrepreneuriaux sont très présents dans les médias et dans la Tech ; en Afrique du Sud, de grandes entreprises cotées en bourse sont dirigées par des couples ; au Ghana, en Égypte, mais aussi au Maroc, la présence de cofondatrices de startups commence à influencer positivement l’accès au capital.


Une micro-institution de confiance

En Afrique francophone, ce modèle d’organisation économique est plus récent, même si de brillantes héritières de grandes familles ou des épouses de puissants hommes politiques ont ouvert la voie depuis longtemps… tout en veillant à limiter leur exposition médiatique. Mais si l’époque n’est pas si lointaine où le partage des tâches domestiques dans les couples mariés apparaissait souvent inconcevable, les nouvelles générations pensent et agissent autrement. Au Bénin, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en RDC… de nombreuses PME familiales sont cogérées par des couples sans que cela soit affiché comme un modèle. Pas un seul secteur d’activités – finance, Tech, audiovisuel, mode, cuisine, commerce… – dont la réussite ne soit incarnée par son ou ses couples phares. Aucun secteur ne leur résiste, aucun terrain n’échappe à leur empreinte.


Concilier vie personnelle et vie professionnelle

Mais comment tous ces couples ont-ils su bâtir les trajectoires qui les placent aujourd’hui là où ils sont ? Ont-ils un secret… ou une ligne de conduite qui leur a permis de concilier vie professionnelle et vie personnelle ? « Lorsque l’accès au financement, à l’information, au droit ou aux marchés peut être incertain, le couple peut fonctionner comme une sorte de microinstitution de confiance », détaille Mohamed Ouiakoub, maître de conférences à l’Université de Lorraine. « Dans beaucoup de sociétés africaines, les références religieuses contribuent aussi à valoriser la stabilité conjugale, la solidarité familiale, la discipline morale… Ces éléments peuvent renforcer la crédibilité économique du couple ».

D’un point de vue plus personnel et lorsqu’ils veulent bien en témoigner publiquement, les couples revendiquent une répartition complémentaire des rôles. « Les couples qui fonctionnent durablement reconnaissent à l’autre une ou des compétences professionnelles qu’ils n’ont pas », analyse Amélie Villéger. « Tous disent se nourrir de la complémentarité de leur conjoint(e) », ajoute-t-elle. À l’un, la stratégie ou la production ; à l’autre, le marketing, les ressources humaines ou les finances. Souvent, l’un crée artistiquement ou techniquement, l’autre exécute ou met en musique. Ligne directrice : leurs rôles sont complémentaires et leurs fonctions ne se confondent pas. « Le couple fondateur apporte une cohésion, une confiance et une vision commune que des associés ordinaires ont parfois du mal à atteindre », observe l’universitaire. Avantage majeur : la confiance absolue. Pas besoin de pacte d’actionnaires, le mariage constitue la meilleure forme juridique qui soit. Pas de doute sur l’échange d’informations ni sur la parole donnée, pas besoin d’organismes de contrôle pour vérifier le travail de l’autre : c’est un avantage concurrentiel direct. Dans la vie quotidienne, les couples qui durent disent aussi avoir établi des frontières claires entre vie professionnelle et vie privée : ils savent faire des pauses, ne pas parler d’affaires à table, voire ne pas partir en vacances ensemble. Surtout, ils ne règlent pas les conflits professionnels sur le terrain privé. « Le bureau reste au bureau », résument ainsi les Ivoiriens Stanislas et Jeanne Zézé (voir notre article à la page 70).


Une aventure périlleuse ?

En cas de difficultés – et il y en a toujours – ils savent faire face ensemble, parfois même contre l’avis des conseils d’administration. Mais force est de reconnaître qu’il n’y a pas vraiment de règles en matière de gestion des conflits. « Travailler en couple présente aussi des risques », reprend encore Mohamed Ouiakoub. « Le premier est la confusion des frontières, c’est-à-dire que quand le couple, la famille, le patrimoine et l’entreprise se mélangent, les tensions privées peuvent devenir des crises organisationnelles. Le deuxième risque est l’invisibilisation car une partie du travail, souvent féminin, peut être décisive mais peu reconnue officiellement ». Personne n’étant à l’abri de l’évolution des sentiments, le troisième risque est patrimonial car si les rôles, les parts, les pouvoirs et les rémunérations ne sont pas clarifiés, l’entreprise devient vulnérable en cas de conflit, divorce, décès ou succession. Les plus prévoyants vont jusqu’à mentionner, dans les statuts des entreprises, une clause prévoyant explicitement ce qui se passerait s’ils devaient divorcer. Une exception… Comme si les liens des affaires renforçaient les feux de l’amour.



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