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Anant Rao, Chef de la division diaspora de UBA : « L’avenir de l’Afrique sera de plus en plus financé par les Africains eux-mêmes »

Anant Rao ©Service presse UBA

Quelques mois après le lancement de sa nouvelle plateforme dédiée aux Africains de la diaspora, Anant Rao, responsable des services bancaires à la diaspora chez UBA, détaille la stratégie du groupe bancaire nigérian pour transformer les transferts de fonds en investissements structurés. Il revient sur les ambitions de ce nouvel outil, ses services, les profils visés et le rôle que la diaspora peut jouer dans le financement du développement du continent.

Propos recueillis par Théodore Laurent


Les transferts financiers de la diaspora africaine, qui dépassent aujourd’hui les 100 milliards de dollars par an selon les données de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) et du Fonds international de développement agricole (FIDA), constituent un levier de financement majeur. Avec une plateforme lancée en février 2026, le groupe United Bank for Africa (UBA) ambitionne de transformer une partie des transferts de cette diaspora en investissements privés, en proposant des solutions financières dédiées.


UBA a récemment lancé sa plateforme dédiée à la banque et à l’investissement pour la diaspora. Quelle a été la logique stratégique derrière la création de cette entité et quel manque sur le marché cherchiez-vous à combler ?

Anant Rao : Pendant des décennies, les relations entre l’Afrique et sa diaspora ont principalement été envisagées sous l’angle des transferts d’argent. Ces transferts ont joué un rôle extraordinaire en soutenant les familles, en finançant l’éducation, en améliorant l’accès aux soins et en contribuant aux moyens de subsistance. Ils demeurent l’une des sources de capitaux extérieurs les plus résilientes du continent. Mais nous pensons que cette vision doit évoluer.

« Nous souhaitions faire évoluer la banque dédiée à la diaspora d’une activité purement transactionnelle vers une véritable plateforme de création de prospérité »

Chez UBA, nous nous sommes posé une autre question : et si nous cessions de considérer la diaspora africaine uniquement comme des personnes qui envoient de l’argent chez elles, pour la reconnaître comme des investisseurs, des entrepreneurs, des innovateurs et des partenaires de long terme du développement de l’Afrique ?

Plus encore, nous souhaitions faire évoluer la banque dédiée à la diaspora d’une activité purement transactionnelle vers une véritable plateforme de création de prospérité. Car si les transferts soutiennent les familles, ce sont les investissements qui construisent les nations.


Comment comptez-vous transformer ces flux financiers en investissements de long terme au service du développement du continent ?

A. R. : C’est probablement la plus grande opportunité financière qui s’offre à l’Afrique au cours de la prochaine décennie. Chaque année, le continent reçoit plus de 100 milliards de dollars de transferts de fonds, ce qui en fait l’une de ses sources les plus stables et les plus résilientes de devises étrangères. L’objectif n’est pas de détourner les transferts de fonds. Il est d’en multiplier l’impact économique. Cela signifie créer des mécanismes fiables permettant au capital de la diaspora de financer le logement, les infrastructures, les PME, la santé, l’éducation, les énergies renouvelables, l’agriculture ou encore les marchés de capitaux.

Nous voyons également un potentiel important dans le développement de structures d’investissement innovantes, comme des fonds sectoriels gérés de manière professionnelle ou la titrisation de créances adossées aux transferts de fonds, afin de mobiliser des capitaux de long terme pour le développement national tout en offrant aux investisseurs de la diaspora des opportunités transparentes et crédibles.


Quelles sont vos ambitions de croissance au cours des trois à cinq prochaines années ?

A. R. : Notre ambition va bien au-delà de la croissance du nombre de clients. Nous voulons faire de UBA le pont financier le plus fiable entre l’Afrique et sa diaspora mondiale. Pour nous, le succès ne se mesurera pas seulement au volume de transactions traitées, mais à la qualité et à la profondeur des relations que nous construirons avec nos clients. Au cours des prochaines années, nous entendons renforcer cet engagement en élargissant notre offre d’investissement, en développant nos capacités numériques, en étoffant nos services de gestion de patrimoine et en proposant, dans chacun de nos marchés africains, des solutions d’investissement adaptées aux spécificités de chaque diaspora.


La concurrence s’intensifie dans les services bancaires numériques et les services financiers transfrontaliers. En quoi l’offre de UBA destinée à la diaspora se distingue-t-elle ?

A. R. : Les fintechs ont profondément transformé la manière dont l’argent circule. Elles ont rendu les paiements plus rapides, moins coûteux et plus simples, au bénéfice des clients. Mais les besoins de la diaspora vont désormais bien au-delà des paiements. Notre banque dédiée à la diaspora évolue vers un modèle bien plus large que les seuls services bancaires. En interne, nous parlons de plus en plus d’une plateforme de prospérité pour la diaspora, car elle couvre désormais l’investissement, la préservation du patrimoine, l’assurance, les retraites, la santé, l’immobilier ainsi que la planification de la transmission patrimoniale.

Nous imaginons également un avenir dans lequel nos clients entretiendront une relation unique avec UBA, qu’ils vivent à Lagos, Londres, Paris, Dubaï ou New York. Leur vie financière doit pouvoir les accompagner partout. Cela suppose une expérience client unifiée, un parcours d’entrée en relation simplifié, des canaux numériques intégrés et un écosystème connecté dans chacun des marchés où nous sommes présents.


UBA est particulièrement présent en Afrique anglophone. Voyez-vous un potentiel important encore inexploité dans les marchés francophones ?

A. R. : Absolument. L’un des principaux avantages concurrentiels de UBA est d’être une véritable banque panafricaine. Nous opérons aussi bien dans les pays anglophones que francophones et lusophones. Si les réglementations, les langues et les comportements des clients diffèrent d’un marché à l’autre, leurs aspirations restent remarquablement similaires. Notre stratégie n’est donc pas de reproduire un modèle unique dans tous les pays. Nous adaptons notre approche aux réalités locales tout en nous appuyant sur la force d’une plateforme continentale unique.


Qui sont vos principaux clients cibles ?

A. R. : L’une des idées reçues les plus répandues est que les services bancaires destinés à la diaspora ne concernent que les grandes fortunes. En réalité, la diaspora africaine est extrêmement diverse. Elle comprend des médecins, des ingénieurs, des professionnels des technologies, des entrepreneurs, des universitaires, des étudiants, des artistes, des chefs d’entreprise, des cadres dirigeants, mais aussi un nombre croissant d’Africains vivant et travaillant dans d’autres pays du continent. Chacun poursuit des objectifs différents, mais tous partagent une même ambition : rester économiquement connectés à l’Afrique.


À plus long terme, quel rôle la diaspora africaine est-elle appelée à jouer dans le financement de la transformation économique du continent ?

A. R. : Je suis convaincu que la diaspora africaine sera l’un des principaux moteurs de la prochaine phase de transformation économique du continent. Non seulement grâce aux capitaux qu’elle apporte, mais aussi parce qu’elle y contribue par ses compétences, ses technologies, son esprit d’entreprise, sa capacité d’innovation et ses réseaux internationaux.

L’avenir de l’Afrique sera de plus en plus façonné non seulement par les Africains vivant sur le continent, mais aussi par ceux qui vivent à travers le monde. Cette vision s’inscrit pleinement dans la philosophie de l’Africapitalisme, portée par notre président, Tony Onyemaechi Elumelu, selon laquelle le secteur privé a un rôle central à jouer dans la transformation économique de l’Afrique grâce à des investissements de long terme et à la création de valeur. La diaspora constitue un prolongement naturel de cette philosophie, en mettant en relation les compétences et les capitaux africains présents dans le monde avec les opportunités offertes par le continent. La plus grande richesse de l’Afrique ne se trouve pas sous son sol, mais dans ses habitants, où qu’ils vivent. Si nous parvenons à relier les aspirations, les compétences et les capitaux des Africains du monde entier aux opportunités offertes par le continent, alors le prochain chapitre du développement de l’Afrique ne sera pas seulement financé par des capitaux internationaux. Il le sera, de plus en plus, par les Africains eux-mêmes. Et c’est précisément cet avenir que nous contribuons à construire.



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