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Fortunes : ce qu’il faut retenir du Global Wealth Report

Plus de richesse, davantage de millionnaires… mais aussi une concentration croissante des patrimoines. Le Global Wealth Report 2026 d’UBS confirme les grandes tendances qui redessinent la géographie mondiale de la richesse et éclaire les défis que l’Afrique devra relever pour faire émerger une nouvelle génération d’investisseurs et de grandes fortunes.

Par George Kimeni


La richesse mondiale continue de croître… mais de façon de plus en plus inégalitaire

Le premier constat dressé par UBS est sans ambiguïté : la richesse mondiale poursuit son expansion à un rythme soutenu. En 2025, le patrimoine privé a progressé de 10,8 %, soit plus du double des rythmes observés en 2023 et 2024. Cette hausse résulte à la fois de l’appréciation des marchés financiers et de la progression des actifs non financiers, traduisant une amélioration globale du patrimoine des ménages. Cette dynamique masque toutefois une réalité plus contrastée. « Alors que la richesse moyenne progresse, la richesse médiane recule dans une majorité des économies étudiées. En d’autres termes, les gains de patrimoine profitent davantage aux détenteurs des actifs les plus importants qu’à la population dans son ensemble », rappellent ainsi les auteurs du Global Wealth Report. Cette divergence confirme une tendance déjà observée depuis plusieurs années : la création de richesse mondiale s’accompagne d’une concentration croissante des patrimoines ; un constat qui ne manquera pas de donner du grain à moudre aux analyses de l’économiste français Thomas Piketty, figure de référence des travaux consacrés à la concentration du capital et aux inégalités de patrimoine.


Les millionnaires se multiplient mais l’Afrique continue de peser peu à l’échelle mondiale

UBS estime que « près d’un million de nouveaux millionnaires en dollars ont émergé dans le monde en 2025, soit environ 2 680 nouveaux millionnaires chaque jour ». Les États-Unis représentent à eux seuls près de la moitié de cette progression, tandis que l’Europe de l’Est enregistre les plus fortes croissances relatives. À l’échelle mondiale, cette dynamique illustre l’élargissement progressif des catégories patrimoniales supérieures. Pourtant, l’Afrique demeure quasiment absente de cette géographie de la richesse. Selon UBS, l’ensemble constitué par le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne ne représente ainsi que 1,4 % des millionnaires mondiaux, loin derrière l’Amérique du Nord (44,8 %), l’Europe occidentale (25,5 %) ou encore la Chine (11,7 %).

Cette sous-représentation contraste avec les perspectives démographiques du continent. L’Afrique devrait accueillir près d’un quart de la population mondiale à l’horizon 2050, mais elle reste encore très marginale dans la création de patrimoine privé. Le défi des prochaines décennies ne sera donc pas seulement de voir émerger davantage de milliardaires africains, mais surtout de favoriser l’apparition d’une base beaucoup plus large d’entrepreneurs, d’investisseurs et de millionnaires capables d’alimenter un véritable marché domestique du capital.


L’Afrique du Sud confirme son statut de hub africain de la richesse

Parmi les économies africaines, un pays continue d’occuper une place à part : l’Afrique du Sud. Les équipes d’UBS recensent environ 97 000 millionnaires dans la nation arc-en-ciel, soit de très loin la plus forte concentration de richesse du continent. De fait, le nombre de détenteurs sud-africains de patrimoine à sept chiffres a encore progressé de 4,1 % en 2025, tandis que la richesse moyenne par adulte dans le pays atteint près de 84 200 dollars.  Plus révélateur encore, près de 80 % du patrimoine des ménages sud-africains est constitué d’actifs financiers — actions, obligations, fonds d’investissement ou produits d’épargne — contre une part beaucoup plus faible dans la plupart des économies émergentes. Cette caractéristique distingue profondément l’Afrique du Sud du reste du continent. Elle reflète la maturité relative de son marché financier, la profondeur de sa Bourse, le développement des fonds de pension et l’existence d’un véritable écosystème de gestion de fortune. Johannesburg demeure ainsi la principale plateforme africaine du wealth management, un positionnement que peu d’autres places financières africaines sont aujourd’hui en mesure de contester.


Les marchés financiers seront la clé de la prochaine génération de fortunes africaines

Au-delà des chiffres, le rapport met en lumière une évolution structurelle de la création de richesse mondiale : les patrimoines les plus importants reposent de plus en plus sur les actifs financiers plutôt que sur les seuls actifs immobiliers ou les entreprises familiales. Cette observation constitue sans doute l’un des enseignements les plus importants pour l’Afrique. Dans de nombreux pays du continent, la richesse demeure principalement investie dans l’immobilier, les entreprises non cotées ou les actifs physiques. Or les exemples des économies les plus prospères montrent que les marchés financiers jouent un rôle déterminant dans l’accumulation du capital sur le long terme.

Le développement des Bourses africaines, l’élargissement de l’épargne institutionnelle, la montée en puissance des fonds de pension, des fonds souverains et des véhicules d’investissement régionaux apparaissent ainsi comme des leviers essentiels pour accélérer la création de patrimoine privé. Dans le contexte de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), cette transformation pourrait également favoriser l’émergence de champions panafricains capables de mobiliser davantage de capitaux domestiques, à l’image de la très attendue introduction en Bourse de la raffinerie du groupe Dangote au Nigeria, déjà considérée comme l’une des opérations financières les plus convoitées du continent.


Le véritable défi africain : transformer la croissance en patrimoine

Au final, le Global Wealth Report rappelle qu’une économie ne devient durablement prospère que lorsqu’elle parvient à convertir sa croissance en patrimoine privé. « Le nombre de millionnaires ne reflète pas forcément la force économique du pays, ni même la richesse moyenne de la population. La culture d’investissement qui prévaut dans chaque pays joue beaucoup », expliquent ainsi les auteurs de l’étude, qui mettent notamment en avant la facilité à devenir propriétaire, le développement des systèmes de retraite par capitalisation ou encore une fiscalité poussant à investir.  De ce point de vue, le continent africain dispose encore d’un important potentiel inexploité. La principale leçon de cette édition 2026 est donc claire : la prochaine frontière de la création de richesse sur le continent ne résidera pas uniquement dans la naissance de nouvelles fortunes spectaculaires. Elle dépendra surtout de la capacité des économies africaines à faire émerger une véritable classe d’investisseurs et de détenteurs d’actifs financiers, condition indispensable pour inscrire durablement le continent dans la nouvelle géographie mondiale de la richesse.



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