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Sécurité privée : un marché africain en pleine expansion

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©Hryshchyshen Serhii / Shutterstock

Porté par les investissements, l’urbanisation et la transformation des économies africaines, le marché de la sécurité privée élargit son périmètre. Au-delà du gardiennage, les entreprises développent des services de gestion des risques, de protection des infrastructures et de cybersécurité. Un secteur où les opérateurs africains gagnent en expertise et où la formation, l’innovation et l’intégration régionale dessinent de nouvelles perspectives de croissance.

Par Bilkiss Mentari


La sécurité privée change d’échelle en Afrique. Entreprises industrielles, organisations internationales, infrastructures de transport et investisseurs ont besoin de sécuriser leurs activités, leurs collaborateurs et leurs actifs. À mesure que les économies se développent, la maîtrise des risques devient une composante de leur stratégie opérationnelle.

Le marché recouvre ainsi des métiers complémentaires : surveillance humaine, protection rapprochée, audit de sécurité, renseignement économique, contrôle des accès, solutions électroniques et cybersécurité. Cette diversification ouvre des perspectives aux entreprises capables de dépasser la simple prestation de gardiennage pour proposer un accompagnement global.

L’ampleur du secteur apparaît plus nettement à l’échelle nationale. En Afrique du Sud, l’autorité de régulation PSIRA recensait, en mars 2024, 16 453 entreprises de sécurité actives et près de 609 000 agents en activité. En Côte d’Ivoire, un rapport des Nations unies publié en 2024 faisait état de 200 000 agents employés par 310 entreprises titulaires d’une licence. Ces données illustrent le poids de la sécurité privée dans les économies nationales, mais ne permettent pas d’établir une estimation globale du marché africain, faute de données comparables à l’échelle du continent.

« Mes clients cherchent un interlocuteur unique et de confiance pour toutes les dimensions de leur sécurité : la protection des personnes et des sites, la sécurité numérique (cyber), mais aussi l’image et la réputation, qui en sont aujourd’hui indissociables », explique Bertrand Slaski, consultant indépendant en diplomatie d’affaires et gestion des risques, fort de vingt-cinq ans d’expérience sur le continent.

Cette approche intégrée répond à des besoins concrets : pénétrer un nouveau marché, sélectionner des partenaires commerciaux, implanter une unité de production ou sécuriser une chaîne logistique. Pour les investisseurs, la sécurité ne constitue plus seulement une dépense de fonctionnement. Elle participe à la continuité des opérations et à la protection des investissements. Pour les entreprises de sécurité, cette évolution suppose de comprendre les environnements dans lesquels elles interviennent et de s’appuyer sur des équipes capables d’agir au plus près du terrain.

C’est le modèle développé par Amarante. « On a toujours essayé d’investir dans les pays dans lesquels on travaille, d’y implanter des filiales et de recruter des personnels localement, à les faire monter en puissance », explique Alexandre Hollander, cofondateur et président du groupe. Créée il y a 19 ans, l’entreprise emploie environ 1 500 personnes dans le monde et intervient notamment dans la protection d’aéroports, d’ambassades et de sites sensibles. En Afrique, elle mise sur la formation de cadres locaux, dont certains peuvent ensuite être mobilisés sur des contrats dans d’autres pays.


Les entreprises africaines gagnent du terrain

Cette valorisation des compétences locales dépasse le seul cas des groupes internationaux. Elle accompagne une transformation plus large du marché, marquée par la montée en puissance des opérateurs africains. « Le changement le plus marquant, à mes yeux, c’est la montée en puissance des acteurs africains eux-mêmes », souligne Bertrand Slaski, consultant indépendant en gestion des risques. Le Maroc en offre une illustration, avec des entreprises qui se sont développées au-delà de leurs frontières, notamment au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

« Le changement le plus marquant, à mes yeux, c’est la montée en puissance des acteurs africains eux-mêmes. » — Bertrand Slaski, consultant indépendant en diplomatie d’affaires et gestion des risques

Cette dynamique accompagne une évolution plus large des relations économiques sur le continent. Les marchés africains attirent des investisseurs et des partenaires venus d’horizons toujours plus divers. « Chinois, Turcs, Indiens, Russes, Saoudiens, Émiratis et Qataris sont venus s’ajouter aux partenaires historiques, qu’ils soient européens, américains, canadiens, japonais ou australiens », observe le consultant. Cette diversification des échanges accroît les besoins en protection des sites, en sécurisation des opérations et en information stratégique.


Formation : investir dans la qualité

Cette montée en gamme suppose de renforcer les compétences. La sécurité privée mobilise des savoir-faire qui vont bien au-delà de la surveillance : gestion des incidents, premiers secours, prévention incendie, analyse des vulnérabilités, protection des personnes et maîtrise des équipements. La qualité des prestations dépend donc directement de la formation, de l’encadrement et de la fidélisation des agents.

Au Cameroun, Ange Security, société créée en 2019 et spécialisée dans la sécurité privée, l’audit et le conseil, fait de cette approche intégrée un axe de développement. « Notre positionnement repose sur une approche intégrée et personnalisée, qui associe analyse des risques, conseil, formation et solutions adaptées aux besoins de chaque client », explique Jean-Marie Abe, fondateur de l’entreprise.

La formation répond à un double enjeu économique : améliorer la fiabilité des services et permettre aux entreprises de se différencier autrement que par les prix. Dans un secteur où les besoins sont très variés, la capacité à proposer des prestations adaptées aux exigences des clients constitue un facteur de compétitivité.

Jean-Marie Abe plaide pour « la mise en place de parcours de formation structurés, au sein d’établissements spécialisés et, à terme, d’écoles ou d’universités ». Il souligne également l’importance de la reconnaissance du métier d’agent de sécurité, condition nécessaire pour renforcer son attractivité et valoriser les compétences acquises.

Le développement de référentiels professionnels et la reconnaissance mutuelle des certifications pourraient aussi faciliter la mobilité des travailleurs et l’expansion des entreprises au-delà de leurs marchés nationaux. « Je souhaite un cadre réglementaire plus lisible et plus harmonisé à l’échelle régionale, ainsi qu’une reconnaissance mutuelle des certifications et des formations », insiste Bertrand Slaski. Une évolution qui favoriserait les économies d’échelle et la constitution de véritables acteurs régionaux.

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©Ange Security

Technologie : des solutions à adapter aux réalités du terrain

La diversification du marché de la sécurité privée passe aussi par les équipements électroniques, la vidéosurveillance, le contrôle d’accès et les outils d’Analyse des risques. Mais leur déploiement ne se résume pas à importer des technologies toujours plus sophistiquées. Leur rentabilité dépend de leur capacité à fonctionner durablement dans les conditions locales.

Alexandre Hollander souligne les limites de certains équipements importés : « Il vaut parfois mieux avoir des systèmes plus rustiques qui fonctionnent très bien. » Instabilité de l’alimentation électrique, poussière, humidité, coût des pièces détachées et maintenance peuvent réduire l’efficacité de dispositifs conçus pour d’autres environnements. À cela s’ajoute l’équation économique : par-delà l’aspect humain, lorsque le coût de la main-d’œuvre reste relativement bas, remplacer des agents par des équipements coûteux n’est pas nécessairement judicieux économiquement.

« Il vaut mieux avoir des systèmes plus rustiques qui fonctionnent très bien. » — Alexandre Hollander, cofondateur et président du groupe Amarante

L’enjeu n’est donc pas d’opposer présence humaine et technologie, mais de déterminer la combinaison la plus efficace selon les sites, les risques et les budgets. Au Cameroun, Ange Security défend ainsi une approche qui associe sécurité humaine, sécurité électronique et analyse des risques. Son dirigeant, Jean-Marie Abe, décrit un secteur qui évolue « vers des solutions plus intégrées, qui associent présence humaine, dispositifs électroniques et analyse des risques ». L’audit préalable permet notamment d’identifier les vulnérabilités d’une infrastructure et d’adapter les mesures de protection aux besoins du client.

Cette évolution ouvre un espace aux entreprises capables de dépasser la simple fourniture d’agents ou d’équipements pour concevoir des dispositifs cohérents, adaptés aux réalités locales et accompagnés d’un suivi opérationnel. La valeur ajoutée se déplace ainsi vers l’expertise, l’intégration des solutions et leur capacité à répondre concrètement aux risques.


Les investissements comme moteur de croissance

Les perspectives du secteur sont étroitement liées à la trajectoire économique du continent. Développement des infrastructures, urbanisation, industrialisation et multiplication des échanges créent de nouveaux besoins en sécurisation. Les grands projets exigent des dispositifs adaptés dès leur conception, tandis que les entreprises déjà implantées cherchent à protéger leurs opérations et à maîtriser leurs risques.

« Les besoins vont continuer de croître, portés par les grands projets d’infrastructures, l’urbanisation, la numérisation des économies et l’intégration régionale avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) », prévoit Bertrand Slaski. La croissance du marché ne se jouera donc pas uniquement sur l’augmentation des besoins en sécurité, mais sur la capacité des opérateurs à y répondre avec des solutions adaptées, des compétences reconnues et des standards professionnels plus élevés. Pour les entreprises africaines, l’enjeu est désormais de transformer cette demande croissante en un véritable avantage compétitif, en consolidant leurs positions sur leurs marchés nationaux avant de conquérir ceux de la région. À la clé : un secteur plus structuré, des emplois qualifiés et l’émergence de champions africains de la sécurité privée.



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