Après le limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko, vendredi 22 mai, les investisseurs internationaux semblent désormais intégrer un scénario encore jugé improbable il y a quelques mois : celui d’une restructuration de la dette souveraine du pays.
Dans une note publiée mardi 26 mai, la banque américaine JP Morgan estime que le risque d’un défaut de paiement ou d’un réaménagement de la dette sénégalaise s’est accru après le renvoi d’Ousmane Sonko. Considéré comme opposé à une restructuration, l’ancien Premier ministre a été remplacé lundi par Ahmadou Al Aminou Lo, ancien cadre dirigeant de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO).
« Nos échanges avec les clients suggèrent que cette décision n’était pas intégrée dans le scénario central des investisseurs », souligne ainsi l’établissement financier américain dans le document précité. Plus révélateur encore, JP Morgan estime que les niveaux actuels de valorisation des obligations sénégalaises arrivant à échéance en 2033 suggèrent que les investisseurs commencent déjà à anticiper un scénario de restructuration impliquant un allongement de maturité de cinq ans, une réduction des coupons à environ trois quarts de leur niveau actuel ainsi qu’une décote nominale d’environ 15 %.
Cette nervosité intervient alors que les finances publiques sénégalaises traversent une phase délicate. Selon la loi de finances 2026, le pays devra mobiliser 6 075 milliards de francs CFA (9,26 milliards d’euros), un besoin de financement particulièrement élevé dans un contexte de ralentissement économique. Le gouvernement a récemment abaissé ses prévisions de croissance de 5 % à 2,5 %, tandis que les recettes fiscales affichent un retard de plus de 200 milliards de francs CFA. Plus préoccupant encore, la dette publique atteindrait désormais 118 % du PIB, selon les chiffres avancés par les autorités.
Le Défi du Refinancement
À court terme, le défi majeur reste toutefois le refinancement. Le Sénégal devra honorer environ 1 200 milliards de francs CFA d’échéances entre juin et juillet 2026, soit près de trois mois de recettes fiscales. Dans le même temps, la confiance des marchés s’érode : en mai, Dakar n’a levé que 79 milliards de francs CFA sur le marché régional. Dans ce contexte, un nouvel accord avec le FMI apparaît plus nécessaire que jamais, alors que le pays fait face à une pression croissante des marchés et à des défis budgétaires majeurs.
