Accueil Couple & Business Patrice Motsepe et Precious Moloi-Motsepe : affaires, football, mode et philanthropie

Patrice Motsepe et Precious Moloi-Motsepe : affaires, football, mode et philanthropie

Il est milliardaire des mines et président du football africain. Elle a troqué la médecine pour la mode et le softpower. Ensemble depuis trente ans, Patrice et Precious Moloi-Motsepe pèsent sur l’Afrique du Sud et le continent par leur fortune, leurs réseaux politiques et leur fondation philanthropique. Leur credo, hérité de la philosophie Ubuntu : la réussite individuelle ne vaut que par celle qu’elle permet aux autres.

Par Olivia Yéré Daubrey


En Afrique du Sud, leur nom appartient autant au monde des affaires qu’aux sphères politique, culturelle et sportive. Patrice Motsepe, magnat des mines devenu président de la Confédération africaine de football (CAF)1, et Precious Moloi-Motsepe, ancienne médecin reconvertie dans la mode et la philanthropie, forment depuis les années 1990 l’un des couples les plus influents du continent africain. Quand Patrice Motsepe naît à Soweto en 1962, l’Afrique du Sud vit encore sous le régime de l’apartheid. Il grandit dans une famille tswana –  l’une des grandes communautés noires du pays – au cœur d’un système profondément ségrégationniste. Son père, instituteur puis commerçant, tient une épicerie dans le township de Hammanskraal, après avoir été sanctionné pour ses critiques du régime. Très tôt, le jeune Patrice travaille dans la boutique familiale tout en poursuivant des études de droit. Plus tard, il évoquera souvent l’influence de cette enfance sur sa vision sociale et entrepreneuriale. « Je me souviens qu’à l’âge de sept ans, je travaillais dans l’épicerie de mon père et voyais ma mère offrir des provisions aux personnes démunies de notre communauté », écrivait-il dans la « lettre publique » accompagnant son adhésion au projet philanthropique Giving Pledge2.


Des mines au football

Après un passage aux États-Unis, il revient en Afrique du Sud au moment de la transition démocratique et devient, en 1994, le premier associé noir d’un cabinet d’avocats sud-africain spécialisé dans le droit minier et commercial. Mais le véritable tournant intervient à la fin des années 1990, lorsqu’il investit dans des mines d’or délaissées par les grands groupes internationaux. Il fonde ainsi African Rainbow Minerals (ARM)3, aujourd’hui actif dans l’or, le platine, le charbon, le cuivre et le minerai de fer, avec des activités en Afrique du Sud, en Zambie ou encore au Zimbabwe. Selon Forbes, sa fortune est estimée à près de 3 milliards de dollars en 2026, faisant de lui l’un des hommes les plus riches d’Afrique. Cependant, son influence dépasse largement le secteur minier. Propriétaire du club sud-africain Mamelodi Sundowns depuis 2004, il transforme progressivement l’équipe en puissance continentale, jusqu’à la victoire en Ligue des champions de la CAF en 2016. En mars 2021, il prend la tête de la CAF avec le soutien implicite de la Fédération internationale de football association (FIFA) et de Gianni Infantino, dans un contexte marqué par des accusations d’ingérence et des critiques sur la gouvernance du ballon rond sur le continent. Réélu en 2025, il défend depuis une stratégie de professionnalisation du secteur et d’amélioration des infrastructures sportives africaines.

Ces dernières années, Patrice Motsepe a également dû faire face à plusieurs controverses, notamment autour de l’organisation de la CAN et de certaines déclarations politiques. En janvier 2020, lors d’un dîner au Forum économique mondial de Davos, il affirme publiquement au président américain Donald Trump que « l’Afrique l’aime », provoquant une vague d’indignation. Le milliardaire présente ensuite ses excuses publiquement, reconnaissant ne pas pouvoir « parler au nom de l’Afrique ». Plus récemment, la CAF, sous son leadership, s’est retrouvée au cœur d’une controverse après la CAN 2025 organisée au Maroc. Bien que le Sénégal se soit imposé sur le terrain face au pays hôte, la CAF a finalement attribué le titre au Maroc, après avoir invoqué des irrégularités disciplinaires. La décision a déclenché une vague de critiques sur la crédibilité de l’instance et des accusations de favoritisme, plusieurs observateurs dénonçant un revers majeur pour l’image du football africain.


Precious : de la médecine à la mode

De son côté, Precious Moloi-Motsepe construit une trajectoire très différente mais tout aussi stratégique. Née, elle aussi, à Soweto, dans une famille de cinq enfants, fille d’un enseignant et d’une infirmière, elle étudie la médecine à l’Université du Witwatersrand avant de se spécialiser dans la santé des femmes et des enfants. Elle exerce comme médecin avant d’ouvrir en 1993 une clinique dédiée à la santé féminine à Johannesburg. À partir des années 2000, elle élargit progressivement son champ d’action à la philanthropie et à l’industrie culturelle. En 2007, elle fonde African Fashion International (AFI), plateforme destinée à promouvoir les créateurs africains sur les marchés internationaux. Son ambition : faire de la mode un levier de développement économique et de visibilité culturelle pour les jeunes créateurs africains. « Aujourd’hui plus que jamais, les créateurs africains sont reconnus chez eux », déclarait-elle à l’AFP en 2022, estimant que Black Panther et le phénomène Wakanda4 avaient contribué à rendre les marques africaines plus visibles à l’international. « Nous devons renforcer notre voix », plaidait-elle encore, appelant à une présence africaine durable dans les grandes plateformes mondiales de la mode. Sous son leadership, AFI s’impose comme la première Fashion Week du continent, soutenue par Mercedes-Benz et attirant des personnalités de renom telles que la journaliste Suzy Menkes et la directrice de mode Fern Mallis. En 2025, Precious collabore également avec le Met Gala et le Anna Wintour Costume Center autour d’une exposition consacrée au dandysme noir.

©Daniela Porcelli_Sport Press Photo. Alamy Live News

Une influence commune dans la philanthropie

Mais c’est surtout dans la philanthropie que le couple construit son influence commune. En 1999, ils créent la Motsepe Foundation, active dans l’éducation, la santé, le sport, l’entrepreneuriat, l’aide alimentaire et le développement communautaire. En 2013, Patrice et Precious Motsepe rejoignent le Giving Pledge de Warren Buffett et Bill Gates, s’engageant à donner au moins la moitié de leur fortune à des causes philanthropiques. « Precious et moi reconnaissons l’immense responsabilité de la famille Motsepe envers les pauvres, les chômeurs, les femmes, les jeunes et les communautés marginalisées », écrivent-ils dans leur « lettre publique » du Giving Pledge. « Nous avons également l’obligation permanente de contribuer à construire une nation et à faire de l’Afrique et du monde un endroit meilleur. »


Égalité hommes/femmes

Leur fondation finance régulièrement des programmes éducatifs et universitaires. En 2023, elle a annoncé un don de 30 millions de rands (1,9 million d’euros) destiné aux frais d’inscription, aux dettes étudiantes et à l’aide sociale des 26 universités publiques sud-africaines, ainsi que le financement de 300 bourses universitaires. Durant la pandémie de Covid-19, elle avait déjà accordé 5 millions de rands (environ 260 000 euros) à l’Université du Cap pour financer ordinateurs portables et accès Internet destinés aux étudiants, avant d’ajouter 2 millions de rands supplémentaires (105 000 euros) en 2021 afin de permettre à certains diplômés endettés de récupérer leurs certificats universitaires.

Precious Moloi-Motsepe s’engage également en faveur des droits des femmes et de l’égalité économique. Parallèlement, le couple investit dans le développement du sport de proximité en soutenant l’ABC Motsepe League, un championnat amateur sud-africain, à travers un partenariat estimé à 40 millions de rands (environ 2 millions d’euros) sur cinq ans. Cette large influence repose sur un puissant réseau politique et économique. Patrice Motsepe est le beau-frère du président sud-africain Cyril Ramaphosa, tandis que le couple participe régulièrement au Forum économique mondial de Davos, aux initiatives de Harvard ou du Milken Institute. De fait, le magazine Forbes Africa classe le duo parmi les couples noirs les plus riches et influents d’Afrique du Sud. Chez les Motsepe, philanthropie, affaires et politique avancent rarement séparément. Leur modèle repose sur une idée revendiquée publiquement depuis plusieurs années : utiliser la réussite économique comme instrument de transformation sociale, en référence à la philosophie sud-africaine de l’Ubuntu, culture fondée sur l’attention aux moins fortunés. Dans une déclaration commune datée du 30 janvier 2013, ils ont d’ailleurs écrit : « On ne pourra plus reprocher aux milliardaires noirs de ne pas redistribuer leur argent ».



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