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Cécile Rap-Veber, Directrice générale de la Sacem : « En 2025, la SACEM a enregistré un niveau record de nouvelles adhésions d’artistes africains »

Directrice générale de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), en France, Cécile Rap-Veber décrypte, pour Forbes Afrique, l’irrésistible montée en puissance des musiques africaines. Elle identifie également les conditions nécessaires pour transformer cette influence en une véritable puissance économique.

Propos recueillis par Patrick Ndungidi


Quelle place occupe aujourd’hui le continent africain dans votre stratégie de développement ?

Cécile Rap-Veber : À la Sacem, nous avons toujours défendu la création africaine en accueillant de nombreux créateurs du continent et des diasporas. Mais, aujourd’hui, nous assistons à la professionnalisation de la création, notamment portée par une influence mondiale grandissante. Son extraordinaire vitalité artistique, la richesse de ses répertoires et l’émergence d’une nouvelle génération de créateurs et d’éditeurs contribuent à façonner les tendances musicales bien au-delà du continent. Artistiquement, l’Afrique est devenue l’un des grands laboratoires de la création musicale mondiale. Des genres comme l’Afrobeats ou l’Afro House influencent désormais les tendances musicales internationales. Cette dynamique est portée à la fois par les artistes du continent et par les diasporas africaines, qui jouent un rôle essentiel dans la circulation des œuvres, des talents et des cultures à l’échelle mondiale.

Avec près de 2,5 milliards d’habitants attendus d’ici 2050 – la population la plus jeune au monde – et une adoption très rapide des usages numériques, l’Afrique représente un formidable espace d’innovation et de croissance pour les industries culturelles. Le téléphone mobile est devenu le premier accès à la musique pour des millions de personnes, ouvrant de nouvelles perspectives de diffusion et de monétisation des œuvres. La mission de la Sacem est d’accompagner cette dynamique en renforçant les partenariats avec les acteurs locaux, en partageant son expertise et en contribuant à renforcer la protection des œuvres et la reconnaissance des droits des créateurs africains.

« L’Afrique représente un formidable espace d’innovation et de croissance pour les industries culturelles »


Combien d’artistes africains sont aujourd’hui membres de la Sacem ? Comment ce chiffre a-t-il évolué ces cinq dernières années ? Quels sont les pays les plus représentés ?

C. R.-V. : Cette progression est l’un des signes les plus encourageants de la vitalité de la création africaine. La Sacem compte aujourd’hui 5 806 membres issus d’Afrique subsaharienne, soit 22 % de nos membres internationaux. Les pays les plus représentés sont le Cameroun, la République du Congo et la Côte d’Ivoire. Surtout, la dynamique s’accélère. Depuis 2021, nous observons une forte accélération du nombre d’adhésions, avec un nombre de nouveaux membres qui a plus que doublé entre 2020 et 2021. Depuis, cette progression ne s’est jamais arrêtée et nous avons enregistré, en 2025, un niveau record de nouvelles adhésions. Cette évolution reflète plusieurs transformations de fond : l’influence croissante des musiques africaines sur la scène internationale, l’essor du streaming et des plateformes numériques qui offrent aux œuvres une visibilité mondiale, mais aussi une meilleure compréhension, par les créateurs, de l’importance du droit d’auteur comme levier de protection et de développement de leur carrière.

Un point me paraît essentiel : la Sacem ne se substitue pas aux sociétés de gestion collective africaines, elle agit à leurs côtés. Lorsqu’une société existe dans le pays d’un créateur, nous l’encourageons naturellement à y adhérer. Le développement des industries culturelles africaines passe par des organismes locaux solides, capables de protéger efficacement les droits des auteurs, compositeurs et éditeurs. Notre rôle est de construire des partenariats, de partager notre expertise lorsque cela est utile, et de contribuer, avec les acteurs locaux, au renforcement durable de l’écosystème du droit d’auteur sur le continent.

« La Sacem compte aujourd’hui 5 806 membres issus d’Afrique subsaharienne, soit 22 % de nos membres internationaux »


Quels sont les cinq pays africains qui génèrent aujourd’hui le plus de droits d’auteur pour leurs créateurs, et comment expliquez-vous cette hiérarchie ?

C. R.-V. : Selon les données de la CISAC [Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs, NDLR], les trois premiers marchés africains représentent à eux seuls 73 % de la collecte régionale de droits d’auteur. L’Afrique du Sud arrive en tête avec environ 48 millions d’euros, grâce à un marché historiquement structuré et une industrie musicale développée. Viennent ensuite le Maroc, avec environ 12 millions d’euros de droits d’auteur, qui bénéficie notamment d’une collecte importante au titre de la copie privée, puis la Côte d’Ivoire, avec près de 7 millions d’euros, dont le dynamisme musical, les efforts engagés pour structurer les industries culturelles et le renforcement des mécanismes de valorisation et de collectes des droits, produisent des résultats très encourageants.

« Nous avons enregistré, en 2025, un niveau record de nouvelles adhésions »

©Jean-Baptiste Millot

Entre les concerts, les radios, les télévisions, les plateformes numériques et les réseaux sociaux, quelles sont aujourd’hui les principales sources de revenus des auteurs africains affiliés à la Sacem ?

C. R.-V. : Comme pour l’ensemble de nos membres, nous observons une évolution très nette des sources de revenus des auteurs et compositeurs africains affiliés à la Sacem. Le numérique est désormais devenu leur première source de rémunération et représente 51 % des droits d’auteur perçus. Les plateformes de streaming occupent une place croissante dans la rémunération des créateurs, devant la sonorisation, les concerts, puis les radios, les télévisions et les autres diffuseurs.

Cette évolution accompagne une réalité simple. Aujourd’hui, une œuvre peut rencontrer son public partout dans le monde dès sa mise en ligne. Pour les créateurs africains, dont les répertoires connaissent un rayonnement international sans précédent, le numérique ouvre des perspectives considérables de diffusion, d’exposition et de rémunération. Pour autant, il ne faut pas opposer les différents modes d’exploitation. Les concerts, les radios et les télévisions demeurent des vecteurs essentiels de visibilité et de revenus dans de nombreux pays africains. Le numérique ne les remplace pas ; il amplifie leur impact et permet aux œuvres de circuler beaucoup plus largement, au-delà des frontières et des marchés traditionnels. L’enjeu, pour la Sacem, est que cette circulation mondiale des œuvres se traduise effectivement par une rémunération des créateurs. Plus les usages se mondialisent, plus la protection des droits d’auteur et l’efficacité de leur gestion deviennent essentielles.

« Plus les usages se mondialisent, plus la protection des droits d’auteur et l’efficacité de leur gestion deviennent essentielles »


Les revenus issus du numérique et de l’international représentent désormais une part croissante de l’activité de la Sacem. Quelle contribution les œuvres africaines apportent-elles à cette dynamique ?

C. R.-V. : Les créateurs africains contribuent très fortement à cette croissance, notamment sur le numérique. Nous constatons que les nouveaux membres issus d’Afrique subsaharienne figurent parmi ceux qui génèrent la plus forte progression des revenus online. À titre d’exemple, un quart des droits numériques répartis en 2024 aux nouveaux membres recrutés l’année précédente concernait des créateurs d’Afrique subsaharienne. Cela confirme une tendance de fond : les répertoires africains trouvent leur public sur les plateformes numériques, souvent bien au-delà de leur marché d’origine. Les diasporas jouent évidemment un rôle important, mais elles ne sont plus les seules. Aujourd’hui, ces musiques séduisent des audiences mondiales.

« Un quart des droits numériques répartis en 2024 aux nouveaux membres recrutés l’année précédente concernait des créateurs d’Afrique subsaharienne »


Quels sont aujourd’hui les genres musicaux africains qui génèrent le plus de droits d’auteur : Afrobeats, Amapiano, gospel, rumba, coupé-décalé, mbalax… ? Observez-vous une évolution des tendances ?

C. R.-V. : Nous assistons à une véritable transformation du paysage musical africain. Aujourd’hui, les genres urbains sont clairement les principaux moteurs de croissance. L’Afrobeats, l’Amapiano, l’Afropop, le Gqom ou encore le rap connaissent un rayonnement mondial et figurent parmi les répertoires les plus performants sur les plateformes numériques. Cela ne signifie pas pour autant que les répertoires historiques de la World Music perdent de leur importance. Les musiques mandingues, l’afro-jazz ou encore les musiques traditionnelles modernisées continuent de toucher un large public et restent des références majeures. Ce qui évolue surtout, c’est la capacité des créateurs africains à proposer une hybridation des styles. Ils mélangent naturellement leurs influences avec le rap, la pop, l’électro ou les musiques latines, sans jamais perdre leur identité. C’est cette créativité qui explique aujourd’hui leur succès international sur le streaming et les plateformes numériques.

Et c’est précisément dans cette dynamique que s’inscrit AFROCROISER, le songwriting camp que nous avons initié au Nigéria avec l’Ambassade de France sur place, via son programme Création Africa, et le label Mavin Records, l’un des plus influents du continent. Son ambition était de créer, pendant une semaine, des synergies entre les créateurs français et nigérians en favorisant les collaborations artistiques entre les deux continents. Cette initiative illustre une évolution de fond. Les musiques africaines ne se développent plus uniquement par l’exportation d’un genre, mais par la co-création. Les liens entre les scènes française et nigériane sont déjà très forts, et notre rôle est de favoriser ces rencontres afin de faire émerger de nouveaux répertoires, de nouvelles collaborations et, in fine, de nouvelles sources de valeur pour les créateurs et les éditeurs des deux continents.

« Aujourd’hui, les genres urbains sont clairement les principaux moteurs de croissance »


La Sacem collabore avec de nombreuses sociétés de gestion collective sur le continent. Combien d’accords de représentation ou de coopération avez-vous conclus en Afrique, et quels résultats concrets produisent-ils en matière de collecte et de redistribution des droits ?

C. R.-V. : À ce jour, la Sacem a conclu 19 accords de représentation réciproque avec des organismes de gestion collective en Afrique subsaharienne. Ces accords permettent aux créateurs que nous représentons d’être rémunérés lorsque leurs œuvres sont exploitées dans ces territoires, et réciproquement. Mais au-delà du nombre d’accords, notre priorité est d’accompagner la montée en puissance de la gestion collective sur le continent, car les situations restent très contrastées d’un pays à l’autre. Certains disposent déjà d’organismes bien structurés, tandis que d’autres sont encore confrontés à des défis importants en matière de collecte, de traçabilité des usages ou de répartition des droits d’auteur. Il ne faut pas oublier que l’ensemble du continent représente encore moins de 1 % de la collecte mondiale des droits d’auteur malgré une dynamique de croissance encourageante. Cela ne reflète évidemment pas son potentiel créatif. L’enjeu est donc d’améliorer durablement les capacités de collecte afin que davantage de valeur revienne aux créateurs.

Cela passe aussi par un travail de sensibilisation. Dans certains pays, la culture du droit d’auteur reste encore à renforcer auprès des diffuseurs, des utilisateurs, mais aussi parfois des pouvoirs publics. Faire comprendre que rémunérer les créateurs n’est pas une contrainte mais une condition du développement des industries culturelles qui est essentielle. Nous sommes néanmoins très optimistes. De plus en plus de pays font des industries culturelles et créatives une priorité économique, les sociétés de gestion se professionnalisent, les outils numériques progressent et la coopération internationale se renforce. Tous ces éléments créent un environnement beaucoup plus favorable qu’il y a encore quelques années.

« À ce jour, la Sacem a conclu 19 accords de représentation réciproque avec des organismes de gestion collective en Afrique subsaharienne »


Quels sont les critères indispensables pour qu’une société de gestion collective africaine devienne un partenaire de la Sacem ?

C. R.-V. : Pour la Sacem, un partenariat avec une société de gestion collective repose avant tout sur une ambition commune : garantir aux créateurs une protection efficace de leurs œuvres et une rémunération juste, partout où elles sont exploitées. Cela implique d’abord que les œuvres soient correctement documentées. Les métadonnées sont devenues essentielles ; elles permettent d’identifier les œuvres, leurs auteurs et leurs ayants droit partout dans le monde. Sans données fiables, il devient très difficile de rémunérer correctement les créateurs. La gestion collective est aussi devenue un métier profondément international et technologique. Les sociétés doivent pouvoir échanger des données de manière fluide avec leurs homologues à travers le monde, s’appuyer sur des standards communs et être connectées aux grands répertoires internationaux.

Enfin, une société de gestion collective a besoin d’outils pour suivre les usages des œuvres, analyser leur exploitation et assurer la répartition des droits. Ces outils doivent permettre d’apporter davantage de transparence aux ayants droit, en leur donnant une meilleure visibilité sur l’utilisation de leurs œuvres, les revenus générés et les modalités de répartition des droits. La transparence est un élément essentiel pour renforcer la confiance dans le système de gestion collective et garantir une rémunération juste et équitable des créateurs.

« Les sociétés doivent pouvoir échanger des données de manière fluide avec leurs homologues à travers le monde, s’appuyer sur des standards communs et être connectées aux grands répertoires internationaux »


Les plateformes de streaming ont profondément transformé la consommation de musique. Les revenus issus de Spotify, Apple Music, YouTube, TikTok ou des œuvres produites par intelligence artificielle profitent-ils réellement aux auteurs africains ou subsiste-t-il encore un déséquilibre ?

C. R.-V. : Le numérique a incontestablement ouvert des perspectives extraordinaires aux créateurs africains. Jamais il n’a été aussi facile de diffuser une œuvre à l’échelle mondiale et de toucher un public international. Mais il serait exagéré de dire que tous les déséquilibres ont disparu. Le premier défi est celui du développement même du marché du streaming en Afrique. Dans de nombreux pays, le coût de l’accès à l’Internet mobile reste élevé et limite encore les usages. Le potentiel est immense, mais il n’est pas encore pleinement exploité.

Le deuxième enjeu concerne la monétisation. Certaines plateformes majeures comme YouTube ne proposent toujours pas leurs dispositifs de monétisation sur l’ensemble des pays africains. Parmi les marchés éligibles figurent notamment le Nigéria, l’Afrique du Sud, le Kenya, le Ghana, l’Égypte ou encore la Tanzanie. En Afrique subsaharienne francophone, le Sénégal reste le seul pays à bénéficier pleinement de cette possibilité. Il est donc possible qu’une œuvre réalise des millions de vues sans générer les revenus auxquels son créateur pourrait légitimement prétendre.

Enfin, même lorsque la monétisation existe, la valeur économique d’un stream reste souvent inférieure à celle observée en Europe ou en Amérique du Nord, notamment parce que les abonnements et les revenus publicitaires sont moins élevés. Pour autant, la dynamique est extrêmement encourageante. Grâce aux plateformes, une nouvelle génération d’artistes africains s’est imposée sur la scène internationale et développe aujourd’hui des audiences mondiales. Notre responsabilité collective est désormais de faire en sorte que cette visibilité se traduise par une rémunération plus équitable. À cela s’ajoute un nouveau défi, celui de l’intelligence artificielle générative. Son développement ne pourra se faire durablement que dans un cadre fondé sur la transparence, le respect des œuvres utilisées pour entraîner les modèles et une rémunération des créateurs lorsque leurs œuvres contribuent à créer de la valeur.

« Certaines plateformes majeures comme YouTube ne proposent toujours pas leurs dispositifs de monétisation sur l’ensemble des pays africains »

©billboard

Le marché musical est aujourd’hui mondial, tandis que les cadres juridiques demeurent largement nationaux. Selon vous, quelles évolutions du droit d’auteur sont devenues prioritaires pour mieux répondre aux réalités des créateurs africains ?

C. R.-V. : Comme le font remarquer les acteurs locaux eux-mêmes, le premier enjeu est de garantir l’application effective des règles qui existent déjà. Dans plusieurs pays, les textes sont relativement protecteurs, mais leur mise en œuvre reste perfectible. Ensuite, les législations doivent continuer à s’adapter aux réalités du numérique. Les œuvres circulent aujourd’hui instantanément d’un pays à l’autre, alors que les cadres juridiques demeurent essentiellement nationaux. Il faut donc renforcer les mécanismes de coopération et favoriser une plus grande harmonisation entre les États.

L’intelligence artificielle constitue également un sujet majeur. Les créateurs doivent savoir lorsque leurs œuvres sont utilisées pour entraîner des modèles d’IA, et être en mesure de pouvoir donner ou non leur autorisation. Ce message a également été porté avec force par Youssou N’Dour, vice-président de la CISAC, lors des célébrations du centenaire de la Confédération à Paris, en juin dernier. Plus largement, je crois qu’une approche davantage coordonnée à l’échelle régionale et au niveau du continent permettra de mieux protéger les créateurs africains dans une économie culturelle devenue, par nature, mondiale.

« Une approche davantage coordonnée à l’échelle régionale et au niveau du continent permettra de mieux protéger les créateurs africains dans une économie culturelle devenue, par nature, mondiale »


Si vous deviez convaincre un jeune auteur-compositeur africain d’adhérer à la Sacem, quel argument mettriez-vous en avant ?

C. R.-V. : Nous encourageons toujours les créateurs à rester membres de leur organisme national au moins pour leur pays. Une gestion collective forte en Afrique passe par des sociétés locales solides. Notre ambition n’est pas de nous substituer à ces organismes, mais de construire avec eux une relation de partenariat durable, fondée sur l’échange et la complémentarité. À un jeune créateur, je dirais qu’une carrière se construit aussi à l’international. Une œuvre peut être écoutée partout dans le monde dès sa sortie.  Dans ce cadre, la Sacem agit aux côtés des sociétés locales pour suivre la circulation des œuvres et sécuriser les droits qui en découlent sur le numérique, en dehors de leurs frontières.

Rejoindre la Sacem, c’est bénéficier d’un réseau mondial et de 175 ans d’expertise dans la gestion des droits d’auteur. C’est aussi s’appuyer sur des outils technologiques performants qui permettent d’identifier les usages des œuvres, de suivre leur circulation et de garantir une rémunération au plus près de leur exploitation réelle. Mais la Sacem est avant tout une société au service des créateurs.  Notre rôle ne se limite pas à collecter et répartir des droits. Nous les accompagnons dans leur développement, nous les informons, nous les conseillons et nous les aidons à mieux comprendre les mutations de leur métier.

« Une gestion collective forte en Afrique passe par des sociétés locales solides »


Constatez-vous une évolution du profil des créateurs africains qui rejoignent la Sacem ? S’agit-il davantage d’artistes émergents ou de stars internationales déjà bien établies ?

C. R.-V. : Comme dans toute société d’auteurs, la très grande majorité de nos membres ne sont pas des stars internationales. Ce sont des auteurs, des compositeurs dont les œuvres circulent à des niveaux très différents. Ce qui est intéressant aujourd’hui, c’est la diversité des profils. Nous représentons à la fois des figures majeures qui ont marqué l’histoire de la musique mondiale, comme Miriam Makeba, Manu Dibango, Fela Kuti ou Ebo Taylor, des artistes internationalement reconnus comme Youssou N’Dour, Angélique Kidjo ou Fally Ipupa, mais aussi une nouvelle génération de créateurs comme Himra qui construisent très rapidement leur carrière grâce aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux. Nous n’assistons donc pas à un remplacement d’une génération par une autre, mais à un élargissement considérable des profils que nous accompagnons. Cela reflète parfaitement la vitalité des scènes africaines, qui produisent aujourd’hui des talents de plus en plus nombreux, ambitieux et tournés vers l’international.

« Nous n’assistons donc pas à un remplacement d’une génération par une autre, mais à un élargissement considérable des profils que nous accompagnons »


Quelle est votre vision pour les créateurs africains d’ici 2030 ? Comment imaginez-vous leur place au sein de la Sacem et leur poids dans l’industrie musicale mondiale ?

C. R.-V. : Depuis plusieurs années, les musiques africaines créent les tendances. Elles inspirent les artistes du monde entier et participent à redessiner les grands courants de la création contemporaine. Cette influence va continuer à s’affirmer, portée par la jeunesse du continent, par l’essor du numérique et par l’intérêt croissant des publics internationaux. Mais cette réussite artistique devra impérativement s’accompagner d’une meilleure captation de la valeur économique pour les créateurs africains pour l’exploitation et la diffusion de leurs œuvres sur leur continent. L’objectif n’est pas seulement que les œuvres africaines soient écoutées partout dans le monde ; c’est aussi que les auteurs, les compositeurs et les éditeurs africains soient rémunérés et reconnus à la hauteur de leur contribution à cette richesse culturelle, au même, titre que le sont les producteurs et artistes-interprètes. Dans le domaine numérique, la Sacem a déjà développé de nombreux mandats avec des sociétés d’auteurs internationales, notamment avec l’ASCAP aux États-Unis, la SOCAN au Canada, la KOMCA en Corée du Sud, UBC au Brésil, ou le BURIDA en Côte d’Ivoire*. Ces collaborations témoignent de la confiance accordée à la Sacem et de la reconnaissance de son expertise dans la négociation et la gestion des droits online.

La Sacem entend poursuivre son engagement dans cette dynamique. Nous continuerons à accompagner les créateurs africains, à renforcer nos coopérations avec les sociétés de gestion collective du continent, et à partager notre expertise pour contribuer à la structuration des écosystèmes locaux, notamment en développant de nouveaux mandats pour l’exploitation des droits sur le online pour leur faire bénéficier des tarifs négociés avec les plateformes numériques. Nous soutiendrons également toutes les initiatives visant à améliorer la collecte, la répartition des droits et la professionnalisation de l’écosystème. L’Afrique sera l’un des grands moteurs de la création musicale mondiale d’ici 2030. Notre responsabilité collective est de veiller à ce que cette dynamique artistique devienne aussi une réussite économique pour celles et ceux qui créent les œuvres.

*ASCAP (American Society of Composers, Authors and Publishers) ; SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) ; KOMCA (Korea Music Copyright Association) ; UBC (União Brasileira de Compositores) ; BURIDA (Bureau Ivoirien du Droit d’Auteur)



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