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Alvin Junior Mak (JMAKxPARIS) : « Nous avons gagné une visibilité internationale que nous n’avions jamais connue auparavant »

En quelques jours, la tenue conçue par Alvin Junior Mak pour les Léopards de la RDC s’est imposée comme l’un des visuels forts du Mondial 2026. Inspirée de la Sape, du léopard et de l’histoire nationale, elle propulse sa marque JMAKxPARIS sur la scène mondiale, avec à ce jour près de 100 000 euros de ventes. Pour Forbes Afrique, le créateur revient sur ce succès et ses ambitions pour la mode africaine.

Propos recueillis par Olivia Yéré Daubrey


Forbes Afrique :  La tenue des Léopardsde la RDC est devenue virale bien au-delà du monde du football. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans la réaction du public ? Était-ce l’engouement pour le vêtement lui-même, pour l’esthétique congolaise qu’il incarnait, ou pour l’histoire qu’il racontait ?

Alvin Junior Mak : Ce qui m’a le plus marqué, c’est la fierté que les gens ont ressentie. Ils se sont sentis fiers de voir une autre image du Congo, une autre caractéristique que notre pays peut offrir au monde. C’est vraiment ce qui m’a le plus touché dans cette viralité. C’était aussi l’un de mes objectifs. Ces dernières années, lorsqu’on parle du Congo, c’est souvent à travers la guerre ou d’autres sujets négatifs. Avec cette silhouette et cette visibilité, l’idée était aussi de contribuer à changer la perception et le récit autour de la République démocratique du Congo à travers la mode.

« Les gens se sont sentis fiers de voir une autre image du Congo »


Comment est née la collaboration avec la sélection nationale de la RDC ?

A. J. M. : Tout a commencé par une proposition de projet adressée au ministère. Le processus a été long. Plusieurs mois se sont écoulés avant que nous puissions avancer concrètement. À un moment donné, il était difficile pour les autorités de débloquer immédiatement les financements nécessaires. J’ai donc pris le risque de commencer à travailler sur le projet avant même que tout soit finalisé. Une fois que les premiers éléments ont été réalisés et que le potentiel du projet est devenu concret, les choses ont pu avancer et le partenariat s’est finalement mis en place. C’est ainsi que toute l’aventure a commencé.

©Jmaxparis

De nombreux médias internationaux ont relayé cette création. Quel impact concret cette exposition a-t-elle déjà eu sur votre marque, JMAKxPARIS ?

A. J. M. : L’impact a été considérable. Sur la page de la marque, nous sommes passés d’environ 3 000 ou 4 000 abonnés à près de 12 000 ou 15 000 abonnés. Sur ma page personnelle, j’étais autour de 8 000 abonnés et aujourd’hui nous sommes à plus de 40 000.

Au niveau des commandes, c’est également très important. Nous nous approchons des 100 000 euros de chiffre d’affaires générés en quelques jours seulement. Médiatiquement, cela a aussi tout changé. Nous avons été relayés par certains des plus grands médias de mode et nous avons gagné une visibilité internationale que nous n’avions jamais connue auparavant. Aujourd’hui, l’enjeu est surtout de rester concentrés, de répondre correctement à la demande et de nous assurer que nous pouvons gérer les commandes dans de bonnes conditions.

« Nous nous approchons des 100 000 euros de chiffre d’affaires générés en quelques jours seulement »


Comment vivez-vous ce changement d’échelle presque du jour au lendemain ?

A. J. M. : Au fond, c’est quelque chose que nous avons toujours voulu. La marque va bientôt avoir dix ans. C’est un travail que nous avons commencé il y a longtemps et pour lequel nous nous préparions depuis des années. Bien sûr, je suis surpris par l’ampleur mondiale de cette visibilité. Mais d’un autre côté, nous savions que ce moment pouvait arriver un jour. Nous nous y étions préparés. Aujourd’hui, nous essayons simplement de faire les choses du mieux possible.

« La marque va bientôt avoir dix ans. C’est un travail que nous avons commencé il y a longtemps et pour lequel nous nous préparions depuis des années »

©Jmaxparis

La précommande du costume et du sac a été ouverte au public. Vous évoquiez près de 100 000 euros de chiffre d’affaires générés en quelques jours. Sur quelle période exactement ?

A. J. M. : Il faudrait que je vérifie précisément les chiffres, mais nous nous approchons effectivement des 100 000 euros de chiffre d’affaires en quelques jours seulement.

Certaines personnes ont également commandé d’anciennes pièces de la marque, donc il faut affiner les calculs. Mais nous avons clairement franchi un cap. Avant, nous réalisions des dizaines de milliers d’euros. Aujourd’hui, nous parlons de centaines de milliers potentiels à terme. Et ce qui est intéressant, c’est que nous n’avons pas encore véritablement lancé de campagne marketing autour du costume. Nous n’avons pas encore déployé toute la stratégie de communication prévue. Si nous obtenons déjà de tels résultats uniquement grâce à l’engouement spontané du public, cela laisse entrevoir un potentiel encore plus important lorsque nous activerons pleinement nos outils de communication.


Votre marque est née en 2017. Quel a été le moment le plus difficile depuis sa création et qu’avez-vous appris de cette période ?

A. J. M. : Honnêtement, c’est difficile chaque année. Il n’y a pas un moment particulièrement plus compliqué qu’un autre. Chaque année apporte ses défis. Lorsque vous êtes à la fois entrepreneur et directeur artistique de votre propre marque, vous devez tout financer et gérer vous-même. J’ai une petite équipe avec laquelle je travaille ponctuellement, mais je finance personnellement le développement de la marque. Je n’ai pas d’investisseurs. Je n’ai personne derrière moi. Cela a parfois été très difficile, mais j’ai toujours continué. J’ai toujours essayé de rester résilient, de garder mes valeurs et de poursuivre mon travail. Aujourd’hui, nous commençons à voir les résultats de tous ces efforts. Mais je considère que nous sommes encore loin de nos objectifs. Nous gardons les pieds sur terre, nous continuons à apprendre et à travailler.

« Je finance personnellement le développement de la marque. Je n’ai pas d’investisseurs. Je n’ai personne derrière moi »

©Jmaxparis

Quel a été votre parcours avant de créer JMAKxPARIS ?

A. J. M. : Je n’ai pas suivi d’école de mode. J’ai appris de manière autodidacte. J’ai regardé énormément de vidéos, étudié le travail d’autres créateurs et appris sur le terrain. J’ai également travaillé pour différentes enseignes comme H&M, Zara et d’autres marques de prêt-à-porter. C’est là que j’ai commencé à comprendre le fonctionnement de l’industrie, aussi bien du point de vue créatif que commercial. J’ai appris la mode en travaillant et en observant.

« J’ai regardé énormément de vidéos, étudié le travail d’autres créateurs et appris sur le terrain »


Vous revendiquez une identité à la fois française et congolaise. Comment cette double culture influence-t-elle votre manière de créer et de développer votre entreprise ?

A. J. M. : Je m’inspire constamment de cette double identité. Dans mes collections, vous retrouverez toujours des références à ces deux univers. Je peux par exemple utiliser une technique artisanale française tout en y associant des références culturelles congolaises. J’essaie de créer un dialogue entre ces deux héritages qui font partie de moi. C’est cette rencontre entre élégance française et culture congolaise qui nourrit l’identité de la marque.


Qui sont aujourd’hui les principaux clients de JMAKxPARIS et sur quels marchés réalisez-vous l’essentiel de vos ventes ?

A. J. M. : Aujourd’hui, c’est très diversifié. Il y a quelques jours encore, nous avons reçu des commandes du Japon, de Chine, d’Australie, des États-Unis, du Brésil, du Royaume-Uni et de plusieurs pays européens. Il est donc devenu difficile d’identifier un seul marché dominant. Nous avons bien sûr des clients en France et en Belgique, mais nous recevons désormais des commandes provenant d’un peu partout dans le monde. C’est aussi ce qui est intéressant avec cette silhouette : elle est devenue une véritable pièce de mode. Elle ne parle plus uniquement aux Congolais ou aux amateurs de culture congolaise. Elle est désormais portée et appréciée pour son esthétique propre.

« Cette silhouette ne parle plus uniquement aux Congolais ou aux amateurs de culture congolaise »

©Jmaxparis

Lorsque vous observez l’industrie mondiale de la mode, quelles opportunités restent encore insuffisamment exploitées par les créateurs africains ?

A. J. M. : Je préfère me concentrer sur ce que nous devons faire nous-mêmes pour atteindre nos objectifs. Les obstacles existeront toujours. Les contraintes aussi. La question que je me pose constamment est : quelle est ma responsabilité ? Qu’est-ce que je peux faire concrètement malgré les difficultés ? Je n’ai jamais été quelqu’un qui passe son temps à chercher des excuses ou à expliquer pourquoi quelque chose est impossible. J’essaie plutôt d’identifier les actions à mener pour avancer. C’est cette philosophie qui guide mon travail depuis le début.


Quel héritage souhaitez-vous construire à travers JMAKxPARIS dans les dix prochaines années ?

A. J. M. : Pour moi, JMAKxPARIS est plus qu’une marque de vêtements. C’est une plateforme d’expression qui me permet de transmettre des valeurs, une vision du monde et certaines convictions. Dans cinq ou dix ans, j’aimerais que la marque ait un impact concret. Si ce que nous construisons permet de créer des emplois, d’ouvrir des opportunités ou simplement d’encourager d’autres personnes à croire davantage en elles-mêmes, alors nous aurons atteint notre objectif. Bien sûr, la réussite économique est importante. Mais ce qui compte avant tout, c’est l’héritage que nous laisserons derrière nous.

« Ce qui compte avant tout, c’est l’héritage que nous laisserons derrière nous »



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