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HealthTech : Quels Enjeux Pour l’Afrique ?

Chaque année, ce sont plus de 100 épisodes graves de santé publique qui sont relevés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique. Entre le manque de personnels qualifiés et d’infrastructures dédiées, le continent cherche des solutions à ses défis sanitaires. Désormais, l’e-santé est en mesure d’y répondre en partie…Analyse

Par Marie-France Réveillard


Sur le continent africain, les problèmes sanitaires sont nombreux. Le taux de mortalité infantile est l’un des plus élevés au monde. Selon un rapport de décembre 2022 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), « près de 99 % des décès maternels surviennent dans les pays en développement, dont plus de la moitié en Afrique subsaharienne, où le taux est de 525 décès pour 100 000 naissances vivantes ; et où le taux de mortalité néonatale1 est de 27 décès pour 1 000 naissances vivantes ». L’Afrique, qui compte environ 18 % de la population mondiale, enregistre 50 % des décès dus à des maladies transmissibles et ne dispose que de 20 médecins pour 10 000 habitants, contre 320 en France, tandis que la couverture maladie universelle tarde à se mettre en place.

« L’Afrique […] ne dispose que de 20 médecins pour 10 000 habitants, contre 320 en France, tandis que la couverture maladie universelle tarde à se mettre en place »

Le manque d’accès aux services de santé de qualité (un Africain sur trois vit à plus de deux heures de route des services de santé), mais aussi d’équipements et de médicaments, alourdit le poids de « la santé pour tous » en terres africaines, en dépit de lourds investissements consentis dans les infrastructures sanitaires qui s’élèvent à près de 4,5 milliards de dollars par an. Le 24 mai 2025, l’OMS et la Commission de l’Union africaine (UA) ont renouvelé leur partenariat stratégique en signant un mémorandum d’accord actualisé, pour faire progresser la sécurité sanitaire, la couverture sanitaire universelle et le développement durable sur tout le continent, dans un contexte où le paysage de la santé mondiale est confronté à des défis financiers sans précédent. Selon la Banque africaine de développement (BAD), les problèmes de santé feraient perdre à l’Afrique 2 400 milliards de dollars de production chaque année. Dans ce contexte, l’e-santé apparaît, dès lors, comme la clé du leapfrog sanitaire.

« Selon la Banque africaine de développement (BAD), les problèmes de santé feraient perdre à l’Afrique 2 400 milliards de dollars de production chaque année »


E-Santé : Des Alternatives au Système Traditionnel

Face aux besoins médicaux du continent, les plateformes d’e-santé se multiplient : REMA en Côte d’Ivoire, mPharma au Ghana ou encore SenConsult au Sénégal proposent des solutions pour optimiser les stocks de médicaments et pour approvisionner leurs patients à des prix compétitifs, ou pour numériser les dossiers médicaux et organiser des téléconsultations. Au Mali, Djooli, Djooli (2è du Prix Orange de l’entrepreneur social d’Afrique et du Moyen-Orient (POESAM) en 2024) parie sur l’engagement citoyen pour les dons de sang.

 L’e-santé attire les investisseurs, bien que le segment n’ait pas été épargné par la crise du capital-venture. Selon une étude de Karista (2021), au premier trimestre 2025, 5,8 milliards de dollars ont été investis dans la HealthTech à travers le monde. En mars dernier, la start-up sénégalaise Eyone Medical remportait le 1er prix du concours de l’African Business Heroes (ABH) (financé par la Fondation Jack Ma), et recevait 1,5 million de dollars de récompense. En B2C, le marché de l’e-santé représenterait 78,1 milliards de dollars en 2025, selon Bpifrance. L’année dernière, les startups HealthTech en Afrique ont levé 65 millions de dollars, enregistrant une baisse de 69 % par rapport à 2023. Cependant, la généralisation de l’intelligence artificielle (IA), dans le secteur (diagnostic, imagerie, gestion administrative hospitalière, surveillance des patients, découverte et développement de médicaments, chirurgie robotique…) devrait apporter un nouveau souffle à l’e-santé africaine. En 2024, l’IA mondiale dans la taille du marché des soins de santé représentait 29,01 milliards de dollars, un chiffre qui devrait passer à 504,17 milliards de dollars en 2032, selon Fortune Business Insights.

« L’année dernière, les startups HealthTech en Afrique ont levé 65 millions de dollars, enregistrant une baisse de 69 % par rapport à 2023 »


HopMed : Des Solutions Sanitaires Mobiles !

Depuis peu, Abidjan accueille les premières cabines de consultation médicale. Des cubes futuristes venus de Chine parsèmeront bientôt le pays du cacao et participeront à réduire la fracture sanitaire nationale. HopMed, une start-up en e-santé qui emploie une dizaine de collaborateurs permanents, a vu le jour à la veille de la pandémie de coronavirus, grâce à la volonté de Christian Dutauziet, son fondateur et directeur général. Après plusieurs années passées comme biotechnologiste au sein de l’Institut Pasteur d’Abidjan, dans un laboratoire au niveau de sécurité P32, il a constaté l’ampleur des conséquences du manque d’information médicale en Côte d’Ivoire. C’est ainsi qu’il a d’abord créé la plateforme d’HealthTech HopMed pour pallier cet écueil. La pandémie terminée, le projet s’est diversifié. L’introduction de l’IA a permis de diffuser online des informations sanitaires en langues vernaculaires, une nécessité pour l’entrepreneur qui rappelle que « le taux d’analphabétisation en Côte d’Ivoire se situe aux alentours de 47 %. D’où l’intérêt de développer des solutions verbales ». Grâce à HopMed, les patients peuvent prendre des rendez-vous pour consulter un professionnel de santé par voie numérique (téléconsultation) et depuis peu, en présentiel dans des cabines médicales aménagées à cet effet (HopCare), avec un professionnel de santé. « Nous souhaitons implanter des cabines de téléconsultations dotées d’équipements médicaux modernes dans les zones rurales, où les carences de structures sanitaires sont importantes ». Les cabines médicales produites en Chine, sont autonomes grâce à leur alimentation en énergie photovoltaïque. La start-up a reçu l’autorisation des autorités au printemps dernier et l’entrepreneur voit grand ! Les premières cabines HopeCare ont pris place à Abidjan en juillet et bientôt, l’offre se répandra sur tout le territoire. Elles sont en capacité d’accueillir environ 100 patients par jour.

« Grâce à HopMed, les patients peuvent prendre des rendez-vous pour consulter un professionnel de santé par voie numérique (téléconsultation) et depuis peu, en présentiel dans des cabines médicales aménagées à cet effet (HopCare) »

L’entreprise prévoit le déploiement d’une centaine de cabines d’ici trois ans. Les possibilités de diversification sont nombreuses : de la gynécologie à la pédiatrie, en passant par le traitement de pandémies et les caravanes de santé en milieu rural. Christian Dutauziet, en pleine recherche de fonds, ne manque pas d’idées. Lancée en fonds propres, la start-up cherche 250 000 euros (environ 38 euros) pour déployer 50 nouvelles cabines médicales. HopMed.ci collabore déjà avec une demi-douzaine d’établissements et les partenariats avec les professionnels de santé, des tradipraticiens aux experts de l’Institut Pasteur, se multiplient. Dotée d’un département de R&D, la start-up s’appuie sur l’IA pour répondre aux besoins sanitaires spécifiques des patients africains.

« Lancée en fonds propres, la startup HopMed.ci cherche 250 000 euros pour déployer 50 nouvelles cabines médicales »

Christian Dutauziet, Fondateur de HopMed

 MyDermaLife Répond au Défi Dermatologique

S’il est un domaine dans lequel les peaux noires et métissées se singularisent, il s’agit bien de la dermatologie. À ce jour, les cancers de la peau des peaux noires représentent 1 à 2 % de tous les cancers, 2 à 4 % chez les Asiatiques et 4 à 5 % chez les Hispaniques. Si ces chiffres sont bien inférieurs à ceux des Blancs, le problème n’en demeure pas moins réel, selon la Skin Cancer Foundation. Avec la plateforme MyDermalife, l’entrepreneuse camerounaise Valérie Ayéna cherche à relever le défi des services de la santé cutanée en Afrique. Créée en 2024, la petite entreprise basée en Côte d’Ivoire sur fonds propres et avec l’aide de quelques « Business Angels », est aujourd’hui accompagnée par Kinaya Ventures. MyDermaLife permet aux patients souffrant de problèmes de peau, d’ongles, de cheveux et de muqueuses, d’entrer en relation avec des dermatologues experts des peaux noires et métissées.

« Avec la plateforme MyDermalife, l’entrepreneuse camerounaise Valérie Ayéna cherche à relever le défi des services de la santé cutanée en Afrique »

Prise de rendez-vous en ligne ou téléconsultation, au prix de 25 000 francs CFA (environ 38 euros), permettent de pallier le manque de dermatologues. « La Côte d’Ivoire ne dispose que d’un dermatologue pour 390 000 habitants, ce qui est loin d’être suffisant pour répondre à l’ensemble des besoins », estime-t-elle. Par ailleurs, « nombreux sont les Africains qui considèrent encore la dermatologie comme un luxe. Il faut donc renforcer la sensibilisation auprès des populations pour qu’elles comprennent la dimension médicale d’entretenir sa peau. Aujourd’hui, l’OMS a reconnu le problème de la dépigmentation comme un problème de santé publique », ajoute-t-elle.

Valérie Ayena, créatrice de MyDermaLife

« Aujourd’hui, l’OMS a reconnu le problème de la dépigmentation comme un problème de santé publique »

Pour le moment, l’entreprise travaille en collaboration avec des experts ivoiriens, camerounais et sénégalais. Valérie veut développer son département de recherche et développement pour trouver des solutions innovantes, mais son ambition ne s’arrête pas là. L’ex-mannequin international et Miss Cameroun 2013 prévoit le lancement d’une nouvelle offre en e-commerce, une sorte de « Doctolib slash Sephora », dit-elle, amusée, à travers laquelle seront distribuées des marques cosmétiques et dermo-cosmétiques. MyDermalife a réalisé sa première levée de fonds (20 000 euros via Adwin Capital /African and African Descendant Women Impact Network, un réseau mondial dédié à l’autonomisation des Africaines et afrodescendantes, lancé en juin dernier, à Abidjan). Enfin, MyDermaLife vient de signer un partenariat avec une entreprise sud-coréenne qui a manifesté sa volonté de développer des produits adaptés aux Africaines et afrodescendantes, sur un marché encore lacunaire et riche de promesses d’avenir ! « Aujourd’hui, lorsque les Africains appliquent des crèmes solaires, leur teint est terni par le produit, d’où la nécessité de leur trouver des solutions adaptées. Nous allons y travailler et d’autres partenariats devraient bientôt suivre ! », annonce-t-elle.


1. Décès d’enfants nés vivants et décédés à moins de 28 jours

2. Laboratoire confiné dans lequel sont analysés des agents pathogènes de classe 3, des micro-organismes qui peuvent provoquer une maladie grave chez l’homme, mais pour lesquels il existe une prophylaxie (ensemble de mesures sanitaires préventives jugées efficaces) ou un traitement reconnu.


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