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Face aux deepfakes, Thinkneo parie sur le jumeau numérique

Pour sécuriser l’identification à distance face à la montée des cybermenaces et des deepfakes, Thinkneo mise sur l’IA et la biométrie. Grâce à l’Avatar-ID, la jeune pousse tunisienne fondée en 2024 par Leith Mokaddem et Sarah Ksibi veut conquérir de nouveaux marchés en Afrique et en Europe et entend s’imposer comme un acteur souverain de l’identité numérique sur les deux rives de la Méditerranée.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard


Comment la fintech Thinkneo a-t-elle vu le jour ?

Leith Mokaddem : La start-up est née en 2024 pour apporter une solution aux cybermenaces et aux deepfakes. Les tentatives de fraude par deepfake ont augmenté de plus de 10 000 % entre 2025 et 2026. Notre plateforme d’identité numérique décentralisée et d’e-KYC boostée par l’IA permet de sécuriser l’onboarding et d’automatiser des procédures de conformité parfois longues et fastidieuses. Pour répondre à l’épineuse question de l’identification à distance, nous avons donc travaillé sur la création d’un jumeau numérique. Concrètement, on demande à notre client de se prendre en selfie. L’IA analyse l’image pour s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une identité synthétique. Ensuite, la pièce d’identité est scannée. La photographie de la pièce d’identité et le selfie sont comparés et la pièce d’identité authentifiée. L’extraction des données permet à notre jumeau numérique de faire de l’onboarding avec les banques, les fintechs et les opérateurs télécoms. Récemment, nous avons intégré dans notre Avatar-ID le Single Sign-On (SSO), ainsi que la signature légalisée digitale, en nous appuyant sur la blockchain.


Où et de quelle façon est développée votre intelligence artificielle (IA) ?

L. M. : L’IA que nous utilisons est développée en interne. Nous disposons de modèles souverains, ce qui est un point crucial car nous touchons à une discipline extrêmement sensible, celle de l’utilisation des données à caractère personnelle. Le jumeau numérique n’est pas hébergé sur nos serveurs mais seulement sur votre propre téléphone qui conserve l’intégralité de vos données, lesquelles sont cryptées et verrouillées par une clé que nous conservons. Cette clé est la seule chose que nous conservons sur nos serveurs. À chaque fois que vous voulez l’utiliser, nous interrogeons notre serveur, récupérons la clé et transmettons les données. Le tout est validé par le client, de façon biométrique.

©Thinkneo

Comment sont ventilées vos activités en termes géographique et sectoriel ?

Sarah Ksibi : La biométrie est encore l’une des rares choses que nous n’arrivons pas à dupliquer, qu’il s’agisse d’un visage, de l’empreinte digitale ou de celle de la paume d’une main. Notre solution s’adresse donc au monde entier, même si les contraintes changent d’un marché à l’autre en fonction de leur maturité digitale. À ce jour, nous travaillons avec les autorités sénégalaises sur des sujets liés à l’eGov, et nous sommes aux côtés de l’opérateur Ooredoo en Tunisie et de banques tunisiennes. Thinkneo accompagne aussi les entreprises à faire évoluer leur parcours client, et facilite l’accès aux services essentiels des consommateurs. Notre impact est multiple. L’année dernière, nous avons rejoint le programme Soft Landing Provence Africa Connect 2025, qui accompagne les sociétés étrangères africaines désireuses de s’installer en France. Thinkneo s’inscrit aussi dans le Startup Act en Tunisie et bénéficie de la reconnaissance de la France comme « produit innovant ». Nous projetons, d’ici quelques mois, d’ouvrir une entité dans le sud de la France, qui nous permettra de rayonner sur toute l’Europe, mais aussi de l’autre côté de la Méditerranée. En ce moment, nous prospectons du côté de l’Algérie, qui se transforme rapidement, et de la Libye qui se construit à marche forcée. Ce sont des marchés émergents qui avancent très vite.


Comment convaincre les futurs clients de se doter d’un jumeau numérique en toute sécurité et en toute confidentialité ?

S. K. : Nous proposons deux business models, un modèle en SaaS où vos données sont stockées directement sur vos téléphones. Nous avons également un système propriétaire, ce qui nous permet d’éviter les API de Google ou de META. Ensuite, au Sénégal par exemple, nous installons notre solution directement dans les locaux de nos clients institutionnels. Nous ne partageons rien à l’extérieur. Aujourd’hui, 27 % des cartes d’Identité nationales africaines soumises à vérification en Afrique se sont révélées frauduleuses. La prise de selfie, le scan de la pièce d’identité, la vérification de son authenticité – via notre IA entraînée avec nos algorithmes propriétaires ou en interrogeant une base de données de l’État – permettent de garantir l’authenticité du document.

Nos algorithmes sont capables de démasquer les documents altérés, photoshopés, et de détecter les fraudes les plus sophistiquées générées par l’IA. Ils peuvent également analyser les émotions et le comportement de l’utilisateur. Nous disposons de plusieurs scénarios testés avec différents laboratoires et renforçons nos efforts en matière de R&D. Le 17 juin dernier à Vivatech, nous avons signé un partenariat avec Xitst, une start-up coréenne, pour renforcer l’analyse comportementale, vocale et émotionnelle.

©Thinkneo

Comment évolue l’usage des technologies biométriques en Tunisie ?

L. M. : L’identité numérique n’est pas encore au point. Nous sommes en train d’échanger avec les décideurs du secteur (ministère des Télécoms de Tunisie, Banque centrale, etc.), pour proposer des solutions et améliorer l’expérience utilisateur. La Tunisie est un marché particulier, doté de ressources humaines très qualifiées dans les technologies modernes, et qui affiche une certaine maturité sur plusieurs segments – comme l’HealthTech par exemple –, mais il faut désormais se départir de lourdeurs administratives. Avec Thinkneo, nous appuyons sur un point sensible qui touche à l’identité numérique, à la lutte contre l’usurpation d’identité, et à la fraude en ligne plus généralement.


Comment mesurez-vous l’impact de votre solution dans l’économie réelle ?

S. K. : Premièrement, l’onboarding génère un gain en termes de coût et de temps. Nous participons aussi à renforcer l’inclusion financière en permettant aux personnes non-bancarisées d’accéder à des services technologiques de base en toute sécurité et en toute simplicité. Par ailleurs, la cybercriminalité coûte chaque année plusieurs centaines de millions de dollars à l’Afrique. En France, les fraudes dans le seul secteur de l’assurance s’élèvent à 380 000 euros, et à l’échelle mondiale, les pertes relatives à l’usurpation de l’identité ont dépassé les 1,5 milliard de dollars pour le 1er trimestre 2026.


Quelle est votre valeur ajoutée face aux géants du secteur qui proposent déjà des solutions biométriques ?

L. M. : Pour recourir à la biométrie aujourd’hui, la plupart des Européens font appel à des solutions nées aux Etats-Unis qui demandent beaucoup de temps, car les procédures d’intégration sont lourdes, complexes et coûteuses. Notre start-up est très agile, ce qui nous permet de nous adapter rapidement aux normes réglementaires nationales et internationales, contrairement à des mastodontes comme Thalès, Idemia ou Mastercard. Cette agilité nous permet aussi de réduire les coûts et les délais. En Europe, la pression réglementaire concernant l’identification de personnes à distance est très forte, y compris pour les petits commerçants. Notre start-up utilise le Privacy by Design et respecte scrupuleusement la réglementation tunisienne et le règlement général sur la protection des données (RGPD).


Quelles sont les actualités marquantes de Thinkneo et quels sont vos objectifs à venir ?

S. K. : Nous sommes membres de la French Tech Tunis et partenaires de l’Association pour la Promotion du Numérique en Afrique (APNA). En 2025, Thinkneo a été labellisée dans le cadre du Startup Act tunisien et incubée à The Dot. En avril dernier, nous avons été récompensés « Start-up de l’année » par OVH au dernier GITEX de Marrakech. Nous venons également d’être nommés « Start-up de l’année » par la Chambre de commerce et d’industrie tuniso-française et allons concourir lors du prochain tournoi international des Chambres de commerce françaises internationales. Cet engouement nous encourage. D’autant que nous cherchons à lever des fonds car nous arrivons à une étape cruciale de notre développement où nous devons renforcer notre R&D. Et puis, nous allons bientôt passer à la phase de commercialisation dans le sud de la France, dans la région de Marseille…




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