Cette liste des acteurs décisifs de l’assurance africaine prend sens à la lumière des marchés eux-mêmes, chacun avec ses volumes, ses rythmes et ses logiques de croissance. L’Afrique du Sud, tout d’abord, joue dans une catégorie à part. Avec plus de 48 milliards de dollars de primes en 2024, le seul marché sud-africain surpasse le reste du continent pris dans son ensemble. Les volumes, la profondeur actuarielle et le niveau des standards techniques y déplacent la concurrence sur un terrain particulier, celui de la sophistication des offres, de la rentabilité et de la défense de positions déjà établies.
Le Maroc, deuxième marché africain
La zone CIMA (Conférence interafricaine des marchés d’assurance) obéit, à l’inverse, à une logique différente. Plus étroite, plus réglementée et plus fragmentée, elle reste dominée par quelques places fortes – notamment la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Sénégal et le Gabon. La dynamique y procède avant tout du durcissement prudentiel et de la consolidation progressive des acteurs les moins capitalisés.
Le Maroc suit, pour sa part, une trajectoire encore différente. Deuxième marché africain (63,1 milliards de dirhams de primes collectées en 2024, selon l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale/ACAPS), il présente un degré de structuration, de supervision et de lisibilité supérieur à celui des autres espaces francophones. Il progresse également sur des segments plus spécialisés, à l’image du takaful, un produit « charia-compatible » encore marginal mais en forte accélération (+44 % en 2024). Dans ce cadre, la compétition oppose des groupes déjà installés, engagés dans une course à la sophistication, à la densification de leurs offres et aux gains de parts de marché.
L’Afrique de l’Est anglophone, elle, obéit à une autre logique encore. Le sujet central y tient moins à la taille qu’à la qualité des arbitrages stratégiques. La recomposition y passe par les cessions ciblées, les recentrages de portefeuille et le retour à une discipline financière plus stricte. Cofondateur du courtier en assurances Olea Group, Olivier Canuel y voit, plus largement, le marché le plus sous-estimé du continent à horizon 2030, et ce notamment « pour la combinaison de dynamiques qu’on y observe rarement ailleurs simultanément : croissance démographique, émergence d’une classe moyenne réelle, régulateurs qui réforment activement, appétence pour les solutions digitales très supérieure à d’autres régions ».
Le cas de l’Afrique Centrale
Le Nigéria, enfin, concentre à lui seul les tensions les plus spectaculaires du secteur. Avec une pénétration de 0,4 % du PIB pour près de 240 millions d’habitants, le pays incarne l’un des plus grands écarts du continent entre potentiel théorique et profondeur réelle. Mais au-delà, c’est l’Afrique centrale qui inquiète le plus Olivier Canuel : « L’écart entre potentiel et capacité réelle d’exécution y est probablement le plus visible ».

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